La Maladie de la mort, libre adaptation d’après le récit de Marguerite Duras d’Alice Birch, mise en scène de Katie Mitchell

©Stephen Cummiskey

©Stephen Cummiskey

La Maladie de la mort, libre adaptation d’après le récit de Marguerite Duras d’Alice Birch, mise en scène de Katie Mitchell

Ce  livre (1982) s’achève sur ces mots qui corroborent le titre éponyme : « Ainsi cependant, vous avez pu vivre cet amour de la seule façon qui puisse se faire pour vous, en le perdant avant qu’il soit advenu. » Katie Mitchell, à la façon d’une performance cinématographique en direct, met ici en scène l’histoire d’un homme qui paie une femme pour passer plusieurs semaines avec lui dans un hôtel près de la mer, afin de l’aider à apprendre à aimer.

Echec et mat pour l‘homme dont la partenaire lui indiquera la cause de son mal : une incapacité à sentir et à vivre,  qui le confine dans une solitude infinie. Elle n’est pas une prostituée et lui rend visite la nuit mais ne doit jamais prendre la parole, sans qu’il ne l’y autorise. Cette performance participe d’un thriller psychologique, où on sent la proximité d’une menace encore énigmatique. La femme elle, approuve cet étrange contrat … Mais il y une forte somme d’argent en échange.

La narration s’accomplit via une troisième personne. Irène Jacob, enfermée dans une cabine insonorisée d’enregistrement installée à jardin, en décalage avec le plateau, désigne la femme par « Elle» et l’Homme par «Vous». Aucune authenticité, aucune correspondance émotionnelle ni sexuelle entre eux. L’homme ici s’inscrit d’emblée dans un voyeurisme dont il ne peut se départir, et  assiste sans être vu, à des films pornos qu’il peut regarder sur son portable, seul moyen pour lui d’atteindre le plaisir : « Le petit Robert, il se tenait plus. Il voulait à toute force les voir, Antoine et la patronne en train de s’emmancher… voyeur par nature. » (Louis-Ferdinand Céline, Mort à crédit)

Le spectacle participe donc d’une création théâtrale et d’un film tourné sur le plateau. Décor:  une chambre d’hôtel accueillant ces amants de quelques jours. Avec dans le fond, une fenêtre aux rideaux tirés ou non, donnant sur l’océan. Trois caméras filment simultanément l’action sur scène  et les images sont projetées sur un grand écran au-dessus de la scène. Ecran qui capte tous les regards : le  public prend alors la place de l’homme voyeur et regarde ce qu’il choisit de regarder, du corps nu et juvénile de la femme (Laetitia Dosch), aussi libre et aussi naturelle qu’il est possible de l’être, dans une telle situation d’impudeur. Elle s’habille et se déshabille, talons hauts ou chaussures de sport, cheveux libres ou bonnet, pantalon ou robe courte, la jeune femme va et vient… On voit aussi, par intermittence, une petite fille: elle, enfant errant dans sa campagne brumeuse d’origine et éprouvant plus tôt qu’il n’aurait fallu les affres de l’existence, ce qui expliquerait son indifférence et sa froideur d’adulte…

«Si je devais filmer le texte, écrivait Marguerite Duras, je voudrais que les pleurs sur la mer soient montés de telle sorte qu’on voie le fracas de la blancheur de la mer et le visage de l’homme presque en même temps. » Quand la femme quitte l’hôtel et rejoint la mer qu’elle observait depuis la fenêtre de la chambre où réside l’homme, elle contemple les vagues frangées d’écume blanche, la montée et la descente des marées, attendant son fils pour lequel elle «travaille».

Le spectacle sur le plan technique est très maîtrisé, et les scènes sont filmées avec précision, sans erreur. Quand l’homme nu, dans la salle de bain, s’emploie à retirer la lame de son rasoir, on pense à la douche emblématique de Psychose (1960) d’Alfred Hitchcock, avec Anthony Perkins, dont le visage rappelle celui de Nick Fletcher, cet homme atteint d’une incapacité à vivre et à donner.

Véronique Hotte

Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, Paris XX  ème,  dans le cadre de la programmation hors-les-murs du Théâtre de la Ville, jusqu’au 3 février. T: 01 46  07 34 50.

 

 

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