Les Bacchantes d’Euripide, mise en scène de Bernard Sobel

 

Les Bacchantes d’Euripide, mise en scène de Bernard Sobel, en collaboration avec Michèle Raoul-Davis

 

©Photo H. Bellamy

©Photo H. Bellamy

Le grand dramaturge grec écrivit cette pièce à la fin de sa vie la fin en 408 avant J. C. , en même temps qu’Oedipe à Colonne. On peut y voir comme Michèle Raoul-Davis: «une grande pièce sur le théâtre, la nature de l’illusion théâtrale et ses effets (…)  et sur l’identité, identité de nature, d’âge, de sexe, de position sociale et d’origine.» Mais bon, elle n’a pas la virulence tragique des Troyennes, de Médée ou même d’Hécube. On peut y voir toute la violence, la folie et le fanatisme s’emparer d’un pays dit civilisé… Comme aussi la naissance du théâtre occidental, à partir des cérémonies en l’honneur du dieu de la vigne. Chacun peut y retrouver les siens…

Cadmos, roi de Thèbes  a confié à Penthée son petit-fils le gouvernement de la cité. Et Dionysos, le fils de Zeus et de la mortelle Sémélé, lui, est revenu sous les apparences d’un mortel dans sa ville natale de Thèbes, et  veut se venger de ceux qui nient sa divinité, comme justement Penthée, son cousin. Le devin Tirésias, par calcul, respecte ce Dionysos qui va ensorceler les femmes de la ville et les conduire dans la forêt. Le vieux Cadmos autorisera ce culte dans l’intérêt de sa famille… Devenues  délirantes,  ces femmes se livreront à la destruction et à des orgies, mais à la grande colère de Penthée qui veut rétablir l’ordre. Travesti en femme, il va aller les voir mais découvert et battu par ces bacchantes, il sera tué par Agavé, sa mère qui découvrira ensuite qu’elle a tué son fils! Et cette terrible histoire peut sonner comme une victoire de la décadence et de la sauvagerie.

Cela commence par un beau petit film projeté sur le grand mur de pierres blondes du fond de scène, sur la fabrication dans un atelier de décors, de morceaux de colonne doriques qui seront ensuite assemblés. Et qu’on apercevra entassés derrière ce mur, par deux ouvertures. A la fin,  ces superbes colonnes de marbre… en polystyrène seront broyées par les mâchoires d’engins de chantier dans un boucan infernal. Evocation d’une Antiquité à jamais disparue, et dont nous n’avons conservé que quelques traces ? On ne sait trop mais en tout cas, cela se laisse voir avec plaisir… Mais ensuite malheureusement, les choses se gâtent et, entre ces deux parties filmées, on a droit à une bien mauvaise adaptation-nous avons vérifié-qui ne rend pas compte de la violence et de la poésie qui existe dans le texte en grec ancien avec des références mythologiques que la plupart des spectateurs ne connaissent pas. Prudent, Bernard Sobel a joint un glossaire au programme mais mieux vaut le lire avant la représentation…

Et la mise en scène ? Du genre appliqué, sans aucune audace et donc vite ennuyeuse. La pièce-c’est vrai-est très difficile à monter. Le grand Klaus Michael Grüber  en avait fait  fait une remarquable et forte adaptation, pleine de poésie, avec Michael Koenig et Bruno Ganz, à la Schaubühne en 1974, et il en existe une belle captation que la grande Madeleine Marion montrait  toujours en exemple à ses élèves comédiens. Et nous n’avons pu voir la récente mise en scène de Sara Llorca.
Ici, on sent chez Bernard Sobel l’influence de Klaus Michael Grüber mais il ose encore-sans doute pour faire moderne?-se servir des vieux trucs  roublards du théâtre contemporain, comme le jeu des protagonistes par moments dans la salle! Quant aux pauvres bacchantes aux longues chevelures végétales-quatre seulement!-il les fait se rouler dans l’allée centrale entre les gradins. Tous aux abris !

Vincent Minne (Dionysos), Matthieu Marie qui joue à la fois Penthée et sa mère Agavé) et Claude Guyonnet (Cadmos) font le boulot mais Jean-Claude Jay (Tirésias) avait ce soir-là quelque mal avec son texte… Impossible en tout cas de se laisser embarquer une minute dans cette histoire et aucun des personnages n’est vraiment crédible. Et on oubliera les costumes franchement ratés comme ces  jupes en tissu écossais des Bacchantes… Bref, il y aurait fallu plus d’impertinence pour dire toute la violence, le sexe et la sauvagerie qui sous-tendent cette pièce, y compris et surtout dans la scénographie. Désolé, mais cette mise en scène démonstrative et assez sèche, ne fonctionne pas bien et on n’y retrouve pas la force d’Hécube que Bernard Sobel avait montée autrefois. On ne vous conseille donc pas le déplacement, que vous connaissiez la pièce ou non…

Philippe du Vignal

 Les Bacchantes, sans doute  la dernière pièce d’Euripide et  la dernière mise en scène de Bernard Sobel qui y voit une correspondance forte avec ce que nous vivons aujourd’hui : la fin d’un monde et la difficile naissance du nouveau. Une faille anthropologique. Fin du (bref) siècle classique grec et fin pour nous-les politiques de droite l’ont dit et répété-du programme du Conseil National de la Résistance : non, le théâtre n’a plus à être un service public, pas plus que l’eau, l’électricité, ou la Poste, privatisées à tout va. Commencement d’un chaos d’on ne sait quoi encore.

Entre un Dionysos doucereux et un Penthée un peu raide, que vont choisir les bacchantes, ces petites paysannes fascinées par le demi-dieu? Mais peut-on être dieu à demi ? Difficile !  Elle sont comme celles du Dom Juan de Molière, avides de nouveauté et tentées par l’irrationnel… Quant à la vengeance de Dionysos contre Thèbes, elle est trop cruelle : enivrer les femmes de cette cité ingrate qui n’a pas rendu au nouveau dieu le culte qu’il demandait, jusqu’à les assoiffer de sang, et faire d’Agavé l’ogresse de son propre fils ? Cette fin “gore“ réjouirait les adolescents avides de sanglantes histoires, tout comme la poésie sauvage des noms de cette Grèce encore barbare. Ils seraient déçus de ne pas savoir, à la fin, qui sont les bons et les méchants, ce qui leur donnerait à penser peut-être même l’idée de dialectique. Valable aussi pour les adultes : comment interpréter ce mystère ?
Pas d’accord, avec notre ami Philippe du  Vignal :  cela vaut la peine d’y aller voir.

Christine Friedel

Théâtre de l’Épée de Bois, Cartoucherie de Vincennes. T. : 01 48 08 39 74, jusqu’au 11 février.

 

 

 


Un commentaire

  1. rené gaudy dit :

    D’accord avec Philippe Duvignal. Rien ne passe de la pièce d’Euripide, surtout pas le dionysisme, éloge de la danse, du vin, de la nature, de la femme.
    Jean-Claude Jay catastrophe: incapable de dire son texte et pourtant ce n’était pas le même soir.
    Déception, car le dernier spectacle de Sobel (Grabbe) était bon.

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