Baby de Jane Anderson, adapté de l’américain par Camille Japy, mise en scène d’Hélène Vincent

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Baby de Jane Anderson, adapté de l’américain par Camille Japy, mise en scène d’Hélène Vincent

 Louisiane été 1989. Un jeune couple, Wanda et Al vit sans travailn sans argent dans un camping miteux au milieu de plus pauvres qu’eux, des  “négros », comme Al les appelle. Ces petits Blancs du Sud des Etats-Unis tolèrent mal cette promiscuité mais n’ont pas le choix. Pas d’autre choix non plus que d’abandonner leur cinquième enfant à naître. Ils  répondent à une annonce de Rachel et Richard: «Enceinte? Couple marié, épanoui, cultivé et très à l’aise financièrement, veut offrir à enfant blanc en parfaite santé une vie heureuse. Différentes formes d’aide envisageables.” 

 Une transaction douloureuse aura lieu entre ces  couples de milieux socio-culturel, idées et façon de vivre si différents. Larvés ou violents, des conflits vont les opposer: ils ont des points de vue différents sur le monde, depuis des choses banales comme l’alimentation, jusqu’à des questions de société, comme la condition des afro-américains. «Vous qui êtes pour les droits civiques, comment ça se fait que vous voulez un bébé blanc», lance Al à Rachel qui s’offusque de ses propos racistes sur les Noirs, et il la met ainsi face à son inconséquence. Il s’en prendra aussi à Richard, son mari, pour les mêmes raisons.

Cinéaste, dramaturge et scénariste, Jane Anderson écrit pour le théâtre The Baby dance en 1992, avant même les débats actuels sur les mères porteuses et le trafic d’enfants. Elle en réalisera un téléfilm en 1998. «La nécessité d’écrire cette pièce s’est imposée à moi, quand l’une de mes amies m’a annoncé qu’elle s’envolait avec son mari pour le Texas, assister à la naissance de leur “bientôt » fille adoptive. Saisie par cette situation complexe, j’ai imaginé ce qui pourrait se passer quand des personnes, aux antipodes de l’échelle sociale, sont obligées de partager ce qu’elles ont de plus personnel et de plus intime.»

 Jane Anderson nous fait entrer dans le vécu et les contradictions des personnages, sans prendre position, nous laissant libres de nous faire une opinion cette histoire: «Je me dois d’amener mes personnages au bord de l’abîme (…) Ce ne sont pas des gens mauvais mais simplement des âmes blessées ». Baby n’est pas une pièce univoque, ni politiquement correcte et, à cause de l’ambigüité des protagonistes, il y a de brusques retournements de situation.  Hélène Vincent a travaillé dans ce sens, en entomologiste, observant les personnages à la loupe: «Ce travail, dit-elle, je l’envisage comme une accompagnement sensible “à fleur de peau“ ( …). J’entraînerai chacun(e) à prendre farouchement parti pour son personnage, et à se tenir jusqu’au bout, sur le ligne de crête des émotions. »

On entre de plain pied dans le mobile-home de Wanda et Al, déployé en coupe latérale au ras du cadre de scène, sur toute l’ouverture du plateau ; on ressent dans le jeu des comédiens la chaleur caniculaire, insupportable pour Wanda enceinte, comme pour Rachel, habituée, elle, à la climatisation de sa luxueuse maison californienne avec piscine. Mais rien de démonstratif dans l’interprétation. Juste de petits gestes significatifs. La rencontre entre Wanda et Rachel dans la caravane est particulièrement réussie. La présence solaire d’Isabelle Carré, son jeu à la fois retenu et émotif donnent une épaisseur existentielle à Wanda. En contrepoint, Camille Japy compose une Rachel plutôt cérébrale, mais sur les nerfs. L’irruption d’Al cristallise les tensions entre les deux femmes.

La seconde partie du spectacle après l’entracte, située dans les murs froids et impersonnels d’une clinique, est plus condensée, plus nerveuse avec l’apparition de Richard (Bruno Solo) et de son avocat (Cyril Couton), spécialiste de l’adoption et véritable maquignon qui vend des enfants sur mesure. Le contraste entre ces deux hommes d’affaires roublards, et Al (Vincent Deniard), plus naïf mais qui ne s’en laisse pas compter, est patent et la scène va vite tourner à l’affrontement physique… Au-delà d’une histoire intime, celle de ces couples autour d’un enfant à naître, la pièce soulève des questions plus profondes : qu’est-ce que le désir d’enfant et la maternité, quels sont les enjeux d’une adoption?  Mais aussi  des problèmes éthiques: l’achat d’enfant à des mères porteuses ne relève-t-il pas du trafic d’êtres humains et de l’esclavage moderne ? Baby révèle surtout la fracture sociale, dans une démocratie aussi inégalitaire que les Etats-Unis d’Amérique, et par extension, dans la nôtre…

 Mené avec rigueur, joué avec sensibilité mais sans effets de manche ni pathos, le spectacle nous tient en haleine pendant une heure vingt.

 Mireille Davidovici

 Théâtre de l’Atelier,1 Place Charles Dullin, Paris XVIIIème. T. : 01 46 06 49 24, jusqu’au 13 mai.

 

 

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