Macbeth de William Shakespeare, adaptation et mis en scène de Stéphane Braunschweig

 

Macbeth de William Shakespeare, traduction de Daniel Loayza et Stéphane Braunschweig, mise en scène de Stéphane Braunschweig

 

©ELIZABETH CARECCHIO

©ELIZABETH CARECCHIO

Cette tragédie du grand Will écrite vers 1599, retrace le règne sanglant de ce Macbeth qui, au XIème siècle, fut le sauveur de l’Ecosse; un criminel dévoré d’ambition mais que le sentiment de culpabilité  fera sombrer peu à peu, lui et son épouse, dans la folie absolue. Au début, il y a un orage furieux et trois sorcières disent qu’elles vont bientôt rencontrer Macbeth et lui annoncer qu’il va devenir roi et que Banquo aura des enfants qui le deviendront. On annonce à Macbeth que le roi l’a nommé thane de Cawdor. Le roi Duncan proclame héritier son fils Malcolm,  et dit qu’il va passer passer la nuit chez Macbeth. Sa Lady le pousse à tuer le roi, et Macbeth accepte. Ils  vont enivrer ses proches du roi pour qu’il se taisent, et ensuite les accuser du meurtre le lendemain.

Macbeth poignardera le roi endormi. Lady Macbeth enduira de sang les proches de Duncan ivres pour les rendre coupables. Le lendemain matin, Macduff, arrive au château. Le portier l’introduit, et il découvre le corps du roi. Et Macbeth tue aussi  ses proches par précaution, avant qu’ils n’aient le temps de protester de leur innocence. Les deux fils de Duncan, Malcolm et Donalbain s’enfuient. Macbeth  prend le pouvoir mais Banquo rappelle ce qu’ont prophétisé les sorcières. Macbeth  qui a alors très peur  de perdre le pouvoir, veut faire assassiner Banquo et son fils Fléance. Mais Banquo seul mourra, et Macbeth en proie à des hallucinations voit alors son fantôme  à sa place. Lady Macbeth effrayée demande aux convives de  partir…

Macbeth demande aux sorcières de lui dire la vérité. Elles lui disent de folles prophéties  non réalisables rassurent Macbeth, mais  quand il demande si les descendants de Banquo règneront, il voit des rois qui ressemblent à son ami assassiné. Les sorcières disparaissent ensuite. On annonce à Macbeth que Macduff s’est enfui en Angleterre. Il fait alors assassiner sa femme et son fils.

Traumatisée, et rongée par la culpabilité, Lady Macbeth  est atteinte de somnambulisme  et veut laver le sang de ses crimes qu’elle croit voir sur ses mains. En Angleterre, Macduff que soutiennent les nobles écossais, apprend la mort de ses proches et va alors marcher avec son armée contre Macbeth… Armé qui se camoufle sous des branches d’arbre. Lady Macbeth en proie à la folie se suicidera et lui; lucide et désespéré, ne voit plus aucun sens à la vie et commence à avoir peur, mais en même temps pense aussi qu’il n’a rien à craindre. Dans la bataille Macbeth retrouve Macduff. Macbeth de son côté, sent bien que la mort approche, et Macduff effectivement  réussira à  le tuer. Malcolm dit simplement qu’enfin l’ordre règne et qu’il est devenu roi.

Cette tragédie du grand Will avec plus d’une vingtaine de personnages-très difficile à monter- fait toujours rêver de nombreux metteurs en scène mais peu sont arrivés à en donner une version crédible… Dans la dizaine de Macbeth que nous avons vue, nous avons encore le souvenir de celle de Jean Vilar, surtout pour l’interprétation: il jouait le rôle-titre avec la grande Maria Casarès. Et celle de Matthias Langhoff sur le grand plateau nu à Chaillot. Et enfin, pas entièrement réussie mais très impressionnante, la réalisation dans une vraie forêt près de Montbéliard, d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine (voir Le Théâtre du Blog).

 Ici, sur le plan technique, c’est du beau travail, comme les techniciens des grands théâtres savent faire mais cette mise en en scène tourne à vide. Cela commence mal. Dans un haut décor de murs aux carrelage blanc, les trois sorcières enceintes assises sur un seau débitent leur texte sans y croire-on les voit ensuite accoucher d’un bébé en plastique! (Rien ici, décidément ne nous sera épargné!) Et il faut ensuite se pincer pour croire une seconde à un climat de guerre civile. Et  quelques fracas de tonnerre n’y suffisent pas. Une fois de plus, Stéphane Braunschweig a cédé à sa fascination de concevoir lui-même un beau décor-ici envahissant et sans doute coûteux-qui bouffe littéralement les acteurs. Mais de véritable scénographie qui les aiderait dans leur jeu…Que nenni ! Et il n’y a guère d’empathie avec le public des personnages qui se trouvent souvent en fond de scène.

On a ainsi droit à une salle à manger d’apparat, avec des motifs dorés sur les murs blancs-ceux de la Royauté à Versailles, ou de la République à l’Elysée? Mais un peu nouveau riche-avec un grande toile représentant  une femme dénudée mais assez mal peinte (volontairement?), deux cheminées en marbre côtés cour et jardin.  Il y a aussi une grande salle toute carrelée de blanc qui figurera un temps une cuisine avec grand réfrigérateur et évier en inox; sur le mur, une barre magnétique pour couteaux (histoire de bien montrer que la tuerie n’est jamais loin?). Un déor qui a dû coûter fort cher, à la limite du scandaleux pour un théâtre national! Des nuages  passent par moments sur ces murs blancs: la vidéo a encore frappé comme partout sur les plateaux de l’hexagone. Quant à la forêt, elle est figurée en fond de plateau, par une rangée ridicule de hauts sapins… Et plusieurs fois, ce qui n’arrange rien et qui casse un rythme déjà défaillant, un rideau noir descend le temps de changer le décor, alors que tout pourrait se faire à vue !

Tout est triste et atone dans cette réalisation où le metteur en scène a situé cette tragédie du pouvoir dans le monde contemporain, et en faisant de son terrible personnage, un dictateur africain. Une idée mais le compte n’y est pas… Chloé Réjon, épouse de Stéphane Braunschweig,  et Adama Diop font le boulot mais ce couple mythique ne fonctionne pas bien: on ne la « voit » pas vraiment en Lady Macbeth et lui,  n’a rien de monstrueux. Et pendant presque trois longues, longues heures (avec un entracte inutile, où on s’ennuie, les scènes défilent, ternes.  On ne sent pas un instant, la violence, la cruauté du pouvoir  ni la fureur des règlements de compte entre grands de ce royaume. Quant au texte-assez charcuté, notamment les scènes avec les sorcières, dans l’adaptation (sic) du metteur en scène-on l’entend comme de loin! Les fameuses tirades de Macbeth, comme aussi la très belle scène du Portier, ou celle de Lady Macbeth errant somnambule, deviennent ici inodores et sans saveur. Et Stéphane Brausnchweig ne nous aura même pas épargné une scène au balcon parmi le public, comme on en a vu des centaines! Quel académisme et quelle tristesse ! Et ce ne sont pas les modernisations de la pièce, avec des phrases un peu vulgaires mais pas vraiment crues comme dans le texte original, ou cette allusion au Brexit, qui sauveront cette création…  dont on ne comprend  vraiment pas  les intentions de mise en scène…

Que peut-on sauver du désastre? Parfois quelques belles images comme ce Macbeth en treillis militaire assis dans son fauteuil doré, ses bottes de combat laissées sur le beau parquet XVIIème… Mais c’est bien tout et on reste sur sa faim.  Et mieux vaut ne pas y emmener des lycéens ou des étudiants: c’est à les dégoûter à jamais du théâtre contemporain. Depuis la première, même si le metteur en scène a sans doute resserré un peu les choses, on ne voit pas bien comment ce spectacle pourrait réussir à prendre son envol: il y a ici trop d’approximations et  aucun parti-pris dans cette mise en scène trop sage, aseptisée, faute sans doute d’une véritable dramaturgie  qui nous  surprendrait. Il aurait sans doute aussi fallu un autre cadre que celui de l’Odéon… Dommage !

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon, Paris VIème jusqu’au 10 mars.

 


Archive pour 31 janvier, 2018

Soirée française Serge Lifar et Roland Petit, par le ballet et l’orchestre de l’Opéra de Rome

Soirée française Serge Lifar et Roland Petit, par le ballet et l’orchestre de l’Opéra de Rome

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Eleonora Abbagnato, directrice du ballet de l’Opéra de Rome redonne vie à ces pièces historiques  Suite en blanc, créée en 1943 sous l’Occupation allemande par Serge Lifar, alors directeur de la danse à l’Opéra de Paris, se compose de solos, duos, trios, scènes d’ensemble de la chorégraphie classique par des interprètes en tutu ou en collant blancs. La musique d’Edouard Lalo accompagne les différents tableaux, très bien dansés, malgré leur difficulté technique, par les jeunes danseurs de la troupe et par Eleonora Abbagnato, sous le regard attentif de Claude Bessy, ancienne directrice de l’école  à l’Opéra de Paris et ici, maîtresse de ballet.

 Serge Lifar confia au jeune Roland Petit le rôle-titre dans L’Amour Sorcier. Quelque temps après, il quitte l’Opéra et, au lendemain de la Libération, soutenu par Jean Cocteau, Boris Kochno et Christian Bérard, il crée les Ballets des Champs-Elysées. En 1945, il signe sa première chorégraphie : Les Forains, musique d’Henri Sauguet, décors et costumes de Christian Bérard. Souvent qualifié d’artiste plus proche du théâtre que du ballet, et esprit novateur, il présentera au public marseillais en 1972, Pink Floyd ballet, sur une musique jouée en direct par le fameux groupe rock qui commençait à être mondialement connu, les Pink Floyd, à qui en ce moment, une exposition  après Londres et Milan, rend hommage à Rome. *

Cette pièce, reprise ici sur une musique enregistrée et avec Luigi Bonino comme maître de ballet, révèle toute la sensualité provocatrice de Roland Petit. Rayons de lumière laser et fumigènes enveloppent les quarante-cinq danseurs, tout de blanc vêtus. Très jeunes et appliqués mais… peut-être pas assez fous. Une reprise remarquable de cette chorégraphie qui mériterait d’être découverte par un large public au-delà de l’Italie… Et qui témoigne du talent de Roland Petit, malgré ce qu’en a dit Serge Lifar dans Ma vie (1965) qu’il écrivit pour se défendre des accusations de collaboration avec  les Allemands : «Quelques jours se sont à peine écoulés, quand j’apprends que Roland Petit, alors à peine petit sujet dans la troupe de l’Opéra, et qui fut mon élève et mon protégé, réclame ma place de maître de ballet. (…) Mais j’appris que, cette fois, Jacques Rouché, (alors directeur de l’Opéra depuis trente ans et jusqu’en 1945) n’avait pas faibli et que, répondant au désir du corps de ballet, il avait envoyé promener l’impétrant, en lui jetant : “Mon petit, cette place n’est pas pour vous vous. Il faut d’abord gagner la gloire de Lifar. Employez-vous y donc“.  

Roland Petit comprit la leçon, et sa carrière dépassa peut-être celle du maître. Et c’est un vrai bonheur de voir ces représentants du patrimoine culturel français associés, devant un public d’abord curieux, puis conquis.

Jean Couturier

Opéra de Rome, les 28 et 30 janvier, 1er, 2 et 3 février. Operaroma.it  
Exposition Pink Floyd, 138 via Nizza, 00198 Rome

 

Play Bach, Loom, Eddies, chorégraphie d’Yuval Pick

Play Bach, Loom et Eddies, chorégraphies d’Yuval Pick

 

event_playbach-loom-eddies-de-yuval-pick_870668Ces trois courtes pièces présentées au festival Faits d’Hiver, dans l’ordre chronologique de leur création, sont autant de jalons dans le parcours de l’artiste israélien ; ils  nous révèlent comment s’est construit son style si particulier, issu de la Batsheva Dance Company. Style que nous avions particulièrement apprécié lors de sa dernière création Acta est fabula (voir Le Théâtre du blog).

 Dans Play Bach, Thibault Desaules, Adrien Martins et Madoka Kobayashi composent une série de duos vifs et précis, sous le regard du ou de la troisième resté(e) en touche. Ils évoluent dans la symétrie d’un carré blanc cerné d’une bande noire, en diagonales ou en carrés, et leur gestuelle sinueuse contraste avec leurs trajectoires en ligne droite.  Sur des extraits de musiques de Jean-Sébastien Bach, ils changent de partenaire à chaque morceau : « La musique de Bach, dit Yuval Pick, m’a permis de travailler sur l’horizontalité et le verticalité de l’espace. »

 Très différent, Loom met en présence Julie Charbonnier et Madoka Kobayashi, dans un duo haletant. Plantées au sol, elles oscillent l’une face à l’autre, comme en miroir, sans jamais entrer en contact, le corps soulevé par la puissance de leur souffle. Une chorégraphie organique de vingt-cinq minutes fondée sur l’interaction des interprètes. Quand l’une vient à faiblir et s’écroule, l’énergie de l’autre la remet sur pied. La musique de Nico Muhly se superpose , par intermittence, au bruit des respirations, constituant un univers sonore étrange.

 Eddies rassemble les deux hommes et les deux femmes dans une chorégraphie plus fluide que les précédentes. Ces danseurs exceptionnels évoluent en électrons libres mais on retrouve cette même tension entre les corps qui s’aimantent et se repoussent sans jamais se toucher. Comme si l’espace entre eux, tour à tour se dilatait et s’expandait. Le noir du plateau et des costumes définit un univers sans limites, où les corps se déploient et s’élancent de toute leur envergure. Ils se cherchent, se rapprochent et s’éloignent les uns des autres. Une musique pop, trouée de plages de silence, rythme cette choralité qui se brise et se reconstitue. Pour notre plus grand plaisir…

 Directeur du Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape, depuis 2011, Yuval Pick mène avec son équipe des ateliers de danse auprès des jeunes de cette banlieue périphérique lyonnaise difficile, et a constitué avec eux une troupe locale.

Ces trois pièces (un trio, un duo et un quatuor) constituent chacune à sa manière un hymne au souffle vital et au mouvement.

Mireille Davidovici

Théâtre de la Cité Internationale, boulevard Jourdan Paris XlVème  dans le Cadre du festival Faits d’Hiver les 29 et 30 janvier.

Le 6 mars, Lux à Valence (Drôme) ; les 10 et 11 mars, Osaka (Japon) ; le 17 mars CCNR Biennale Musique en scène de Rillieux-la-Pape (Rhône).
Le 13 avril, Espace Culturel Tabourot des Accords, Saint-Apollinaire (Côte-d’Or).
Le 16 mai, Maison pour la  Danse, Festival des Musiques, Marseille (Bouches-du -Rhône) ; le 18 mai, Espace Paul Eluard, Montbard (Côte-d’Or).
 Et le 8 juin, Centre Chorégraphique national de Tours, Festival Tours d’Horizons (Indre-et-Loire).

 Le festival Faits d’Hiver se poursuit jusqu’au 17 février dans dix théâtres partenaires à Paris et en Île-de-France. T. : 01 72 38 83 77.  www.faitsdhiver.com

 

 

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