White dog d’après Chien blanc de Romain Gary, mise en scène de Camille Trouvé

 

White dog d’après Chien blanc de Romain Gary, adaptation de Brice Berthoud et Camille Trouvé, mise en scène de Camille Trouvé

693876_a6c55ae180e746aeb19bde8ec58351c3~mv2_d_2362_3543_s_2Rien d’angélique dans le chien présenté par les marionnettes des Anges au plafond! Sur scène, de grands châssis de papier blanc. Derrière, se profilent les ombres des comédiens qui tracent des lettres en contrejour. L’un d’eux incarne Romain Gary, et émerge de cette page blanche pour nous conter l’histoire de ce toutou recueilli par l’écrivain, alors qu’il séjournait avec sa femme, Jean Seberg, en Californie. Bientôt des marionnettes de taille humaine prendront le relais, actionnées et doublées par les comédiens.

Au centre du récit, le chien. Imposant, un peu plus grand que nature, avec des poils de papier blanc, il  se blottit avec un regard expressif auprès de ses nouveaux maîtres. Brice Berthoud manipule à vue le chien, et les avatars de Jean Seberg et Romain Gary. Il les fait dialoguer et imite aussi jappements et grognements canins. Mais l’animal doux et affectueux va se transformer en bête féroce en présence des Noirs. «Je me trouvais soudain confronté avec l’image d’une brutalité première, tapie au sein de la nature et dont on préfère oublier la présence souterraine entre deux manifestations meurtrières, écrivait Romain Gary, et, ce qu’on appelait jadis l’humanitarisme, s’est toujours trouvé pris dans ce dilemme, entre l’amour des chiens et l’horreur de la chiennerie.»

De cet incident domestique, il tire Chien blanc,  roman où l’animal, dressé par des Blancs contre les Noirs, devient la métaphore du conditionnement social qui transforme les hommes en bêtes furieuses intolérantes. Un chien ne naît pas raciste, il le devient. De même les hommes.  «Qu’ont ils fait de nous ?» se demande l’auteur, devant les violences interraciales aux États-Unis. L’assassinat de Martin Luther King, le 4 avril 1968 à Memphis, a mis le feu aux poudres. Réticent à s’engager directement, comme son épouse qui milite, elle, aux côtés des Black Panthers, il le fera avec la plume dans Chien blanc, (1969), après son divorce d’avec Jean Seberg. Publié un an après, le livre sera adapté à l’écran par Samuel Fuller  avec Dressé pour tuer.

Des deux cent cinquante pages du roman, Camille Trouvé et Brice Berthoud ont tiré un spectacle d’une heure et demi, dense, étonnant de beauté et de justesse. La compagnie Les Anges au plafond n’en est pas à sa première incursion dans l’univers humaniste de Romain Gary. Avec R.A.G.E. (Romain Ajar Gary Émile) et avait abordé la double identité de l’écrivain.  Ses créations reposent essentiellement sur le  papier, « notre matière de prédilection, dit Camille Trouvé. Ça se déchire, ça se froisse, comme les humains. C’est fragile et peut s’écrouler comme un château de cartes. » 

Comme sortis des pages du livre, les personnages évoluent dans un espace animé grâce à un dispositif de filins et un plateau tournant. Les poupées grandeur nature sont parfois relayées par de petites figurines découpées dont les ombres inquiétantes se projettent sur les châssis. Des feuilles de papiers s’envolent ou se déploient pour faire écran… Un univers scénique en noir et blanc, à l’image d’un monde en proie à la ségrégation.

Narration et réflexions de l’écrivain ponctuent les actions prises en charge par les marionnettes, rythmées d’un bout à l’autre par la batterie inventive et stimulante d’Arnaud Biscay, fortement teintée du jazz des années 1960… Pour les parties musicales chantées, le compositeur s’est notamment inspiré de Gil Scott-Heron, l’un des pères fondateurs du Spoken Word, du standard Strange Fruit. Arnaud Biscay chante aussi bien qu’il joue et en connivence totale avec ses partenaires.

 C’est après l’attentat du Bataclan à Paris, le 13 novembre 2015, que naquit ce projet : «Chien Blanc nous a saisis à la gorge, dit Camille Trouvé, est-ce qu’ici les communautés se déchirent comme aux Etats-Unis? Peut-on désapprendre la haine?» Le spectacle pose ces questions en douceur et avec grâce, sans désamorcer l’inquiétude des temps qui courent. Un spectacle à ne pas manquer…

 Mireille Davidovici

Le Mouffetard-Théâtre des Arts de la marionnette, 73 rue Mouffetard, Paris Vème T.01 84 79 44 44, jusqu’au 11 février. 

Et du 15 au 21 mars, au Festival MARTO, Scène Nationale de Malakoff (Hauts-de-Seine).
Les  6 et 7 avril, La Ferme du Bel-Ebat, Guyancourt (Yvelines) ; du 10 au 14 avril, Le Bateau-Feu, Dunkerque (Nord) ; du 17 au 19 avril, Le Tangram Evreux ( Eure).
Les 17 et 18 mai, Théâtre de l’Hôtel de Ville, Saint-Barthélémy d’Anjou (Maine-et-Loire) ; les 24 et 25 mai, Le Trident, Cherbourg (Basse-Normandie).
Et les  5 et 6 juillet, Théâtre du Cloître, Bellac (Haute-Vienne).

 


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