Carmen(s) chorégraphie de José Montalvo

 

Carmen(s) chorégraphie de José Montalvo.

 

©Patrick Berger

©Patrick Berger

Créer un spectacle à partir du célèbre opéra de Georges Bizet, créé en 1875 à l’Opéra-Comique à Paris, reste un défi. Comment être original ? Ici José Montalvo multiplie les Carmen,  incarnées par des danseuses au style différent. Nous retrouvons son écriture chorégraphique qui, comme dans Y Olé, (voir Le Théâtre du blog), se caractérise par la confrontation de plusieurs types de danse. Les hommes viennent du hip-hop ou de la break danse, et les femmes selon leur origine : coréenne, japonaise, espagnole, etc. ont d’autres techniques. Le thème principal: la liberté pour  elles de vivre leur vie et leur sexualité à leur guise.

 Le spectacle s’ouvre sur une très belle scène où chaque danseuse, en un lent rituel, se déshabille puis vient se camper face public, en culotte et soutien-gorge rouges. Une manière d’affirmer sa liberté. Les tableaux successifs sont relayés  par des images vidéo en fond de scène, ce qui n’apporte rien de neuf à l’œuvre…Et pourquoi projeter en gros plan leurs images quand elles expriment leur avis sur Carmen ?  Comme si leur parole ne suffisait pas… «Carmen, c’est la liberté de faire ce que tu veux. Carmen, c’est écouter son instinct».

Cet hymne à la liberté imaginé par José Montalvo qui, dans ses spectacles, développe la mixité des expressions artistiques, est servi ici avec énergie par de remarquables danseurs. En particulier, les deux interprètes coréennes, qu’il avait remarquées au Théâtre national  de Séoul et distribuées dans un précédent spectacle, se meuvent avec une grâce particulière, et les garçons, issus du hip-hop, surprennent par leur aisance. «Carmen, dit José Montalvo, me permet de relancer, d’approfondir et de porter plus loin ma réflexion sur les métissages esthétiques, le voyage des imaginaires, qui constituent mon écriture chorégraphique.»

La musique de Georges Bizet contribue au bel équilibre de ce spectacle d’une heure vingt qui apporte un rayon de soleil dans le sombre hiver parisien. Mais on aurait aimé que José Montalvo, nommé l’an passé directeur de la maison des Arts de Créteil, mette dans cette création un peu plus de folie et prenne un peu plus de risques…

Jean Couturier   

Théâtre National de la danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVIème, jusqu’au 23 février.      

 

    


Archive pour 5 février, 2018

La Rage des petites sirènes, texte de Thomas Quillardet, mise en scène de Simon Delattre

Festival Odyssées en Yvelines

 

 : J – M Lobbé

J – M Lobbé

La Rage des petites sirènes de Thomas Quillardet, mise en scène de Simon Delattre

 Olive et Olga, deux sœurs sirènes, décident de partir à l’aventure pour vivre leur odyssée  et sur leur route, elles feront des rencontres fondatrices : une bernique, une dorade, une anguille, un banc de harengs et jusqu’à un chat-sirène.

Le thème du spectacle : interroger le lien qui unit les sœurs entre elles, et leur relation au monde. Elles rêvent ainsi de rester longtemps  ensemble mais il est souhaitable de suivre le chemin qu’on désire,  et on entrevoit l’image d’une prochaine séparation…

 Elise Combet, marionnettiste et Elena Bruckert, comédienne, sont à l’initiative de  cette création par Simon Delattre, curieux de mettre en images scéniques la relation sororale. L’univers aquatique lui a servi de toile de fond, et il a demandé  à Thomas Quillardet  d’écrire d’une pièce sur les sirènes qui n’ait rien à voir avec les films de Walt Disney. Sur le plateau, elles chantent, intrépides et joyeusement désinvoltes. La scénographie est inspirée par l’esthétique des tableaux de David Hockney avec ses piscines; ici, un bassin gonflable  pour  y faire vivre des marionnettes d’animaux marins et des queues de sirènes….

 Les actrices, vives et joueuses manipulent  ces personnages, jusqu’à une queue de sirène, une prothèse qu’elles s’attachent ou retirent, selon les circonstances. L’échange verbal avec les poissons, contribue aux métamorphoses des sœurs. La Rage des petites sirènes s’adresse à tout public à partir de six ans, car nul n’échappe, petit ou grand, au traumatisme  d’une séparation: la sœur est à la fois une attache affective et un obstacle à toute libération.

 Magnifique est la scénographie des couleurs : bleu indigo des piscines, bleu sombre de la nuit et lumière propre au théâtre d’ombres. Un filet semble recouvrir les fonds marins translucides à l’intérieur de la piscine renversée. Avec des queues de sirène scintillantes, accessoire glamour revalorisé et une bernique attachante, et rivée sur le sol, ici, une mini-pyramide gonflable…

 Olive n’a pas la bougeotte et aime bien se tenir sur son banc de sable les jours de grande marée, et elle avoue à sa sœur qu’elle préfère rebrousser chemin. Quand Olga la met en garde contre l’ennui et l’habitude, Olive lui répond qu’elle voyage dans sa tête, en regardant les vagues : «J’invente des sons, des images, des odeurs. Je fais une odyssée dans ma tête.» Mais Olga partira-c’est son destin-la tête pleine de souvenirs : la baie de Saint-Brieuc, ses algues préférées, l’île de Bréhat et un coucher de soleil sur Binic…

Un spectacle malicieux et revigorant grâce en particulier, à ces belles sirènes-comédiennes.

Véronique Hotte

Théâtre de Sartrouville (Yvelines)/Centre Dramatique National, en tournée dans le département, jusqu’au 14 mars.
 www.odyssees-yvelines.com

Le texte est publié aux éditions Heyoka Jeunesse (Actes Sud-Papiers).

 

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