La Rage des petites sirènes, texte de Thomas Quillardet, mise en scène de Simon Delattre

Festival Odyssées en Yvelines

 

 : J – M Lobbé

J – M Lobbé

La Rage des petites sirènes de Thomas Quillardet, mise en scène de Simon Delattre

 Olive et Olga, deux sœurs sirènes, décident de partir à l’aventure pour vivre leur odyssée  et sur leur route, elles feront des rencontres fondatrices : une bernique, une dorade, une anguille, un banc de harengs et jusqu’à un chat-sirène.

Le thème du spectacle : interroger le lien qui unit les sœurs entre elles, et leur relation au monde. Elles rêvent ainsi de rester longtemps  ensemble mais il est souhaitable de suivre le chemin qu’on désire,  et on entrevoit l’image d’une prochaine séparation…

 Elise Combet, marionnettiste et Elena Bruckert, comédienne, sont à l’initiative de  cette création par Simon Delattre, curieux de mettre en images scéniques la relation sororale. L’univers aquatique lui a servi de toile de fond, et il a demandé  à Thomas Quillardet  d’écrire d’une pièce sur les sirènes qui n’ait rien à voir avec les films de Walt Disney. Sur le plateau, elles chantent, intrépides et joyeusement désinvoltes. La scénographie est inspirée par l’esthétique des tableaux de David Hockney avec ses piscines; ici, un bassin gonflable  pour  y faire vivre des marionnettes d’animaux marins et des queues de sirènes….

 Les actrices, vives et joueuses manipulent  ces personnages, jusqu’à une queue de sirène, une prothèse qu’elles s’attachent ou retirent, selon les circonstances. L’échange verbal avec les poissons, contribue aux métamorphoses des sœurs. La Rage des petites sirènes s’adresse à tout public à partir de six ans, car nul n’échappe, petit ou grand, au traumatisme  d’une séparation: la sœur est à la fois une attache affective et un obstacle à toute libération.

 Magnifique est la scénographie des couleurs : bleu indigo des piscines, bleu sombre de la nuit et lumière propre au théâtre d’ombres. Un filet semble recouvrir les fonds marins translucides à l’intérieur de la piscine renversée. Avec des queues de sirène scintillantes, accessoire glamour revalorisé et une bernique attachante, et rivée sur le sol, ici, une mini-pyramide gonflable…

 Olive n’a pas la bougeotte et aime bien se tenir sur son banc de sable les jours de grande marée, et elle avoue à sa sœur qu’elle préfère rebrousser chemin. Quand Olga la met en garde contre l’ennui et l’habitude, Olive lui répond qu’elle voyage dans sa tête, en regardant les vagues : «J’invente des sons, des images, des odeurs. Je fais une odyssée dans ma tête.» Mais Olga partira-c’est son destin-la tête pleine de souvenirs : la baie de Saint-Brieuc, ses algues préférées, l’île de Bréhat et un coucher de soleil sur Binic…

Un spectacle malicieux et revigorant grâce en particulier, à ces belles sirènes-comédiennes.

Véronique Hotte

Théâtre de Sartrouville (Yvelines)/Centre Dramatique National, en tournée dans le département, jusqu’au 14 mars.
 www.odyssees-yvelines.com

Le texte est publié aux éditions Heyoka Jeunesse (Actes Sud-Papiers).

 

 

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