Et in Arcadia ego,musique de Jean-Philippe Rameau, livret d’Eric Reinhart, mise en scène de Phia Ménard

©-Pierre Grosbois.

©-Pierre Grosbois.

 

Et in Arcadia ego, création lyrique et chorégraphique, musiques de Jean-Philippe Rameau, direction de Christophe Rousset, livret d’Eric Reinhart, mise en scène de Phia Ménard

À partir d’un montage des plus belles pièces vocales et chorales du compositeur, la metteuse en scène Phia Ménard nous emmène dans un conte surréaliste, et bouscule les traditions de l’Opéra-Comique dont le bâtiment vient de faire peau neuve. La mezzo-soprano Lea Desandre, chante en solo, accompagnée de l’ensemble baroque des Talens Lyriques, dirigé par Christophe Rousset, et des chœurs de chambre Les Eléments.

Et in Arcadia ego (Moi aussi, j’ai vécu en Arcadie) : une épitaphe en latin sur un tombeau représenté dans deux tableaux de Nicolas Poussin dont une des versions (1628-1630) se trouve en Angleterre. L’autre Les Bergers d’Arcadie (1637-1638) est au Louvre. Ces bergers découvrent le tombeau d’un homme ayant vécu il y a bien des siècles en Arcadie, région de Grèce au centre du Péloponnèse, montagneuse surtout au Nord et baignée à l’Est par la mer Égée, et  réputée être un pays paradisiaque …

Une fois les extraits de partitions de Jean-Philippe Rameau choisis par Christophe Rousset, le chef d’orchestre, Eric Reinhart a écrit pour la soliste et les chœurs, un nouveau livret dont le texte est projeté, en prologue et pendant les entractes, sur le rideau de scène. Trois tableaux : l’enfance, l’âge adulte et la vieillesse de Marguerite. L’héroïne imaginée par le librettiste, retrace son existence, au jour de sa mort, le 8 février 2.088: «Je suis une vieille dame, j’ai quatre-vingt-quinze ans. Pourtant, si vous pouviez jeter un œil à l’intérieur, là, dans ma tête, mon cœur, mes rêves, vous verriez, j’ai toujours vingt-trois ans. Tout vient tout juste de commencer.»

La simple lecture du texte provoque une émotion comme cette mise en scène inventive. L’enfance s’ouvre sur un monde glacé et le froid envahit la salle; un très grand nounours, façon  Pokemon, trône au milieu du plateau, entouré de lys géants qui tombent des cintres. Comme le réchauffement climatique de la planète, la chaleur humaine va faner ces fleurs, et s’affaisser le corps du nounours. Phia Ménard, une adepte de la transformation, nous surprend surtout avec cette ouverture, comme avec le final: un immense linceul en polyane noir, gonfle lentement jusqu’à couvrir la totalité du plateau. La mort étend son empire… La metteuse en scène a voulu travailler ce matériau pour créer des contraintes et  une surprise. 

Cette scénographie innovante a gêné quelques spectateurs, partisans d’une lecture plus classique de cette œuvre et qui n’ont pas goûté pas la liberté que Phia Ménard prenait avec l’œuvre du célèbre compositeur… puisque ce n’est plus le même texte. Mais pour elle, «le théâtre est le dernier endroit de liberté de cette société».

Lea Desandre incarne avec conviction cette Marguerite, en parfaite harmonie avec le chœur et l’orchestre. Il faut remercier Olivier Mantei, directeur de l’Opéra-Comique, de nous avoir offert cette découverte… iconoclaste. Le librettiste semble en effet avoir pris au pied de la lettre une  phrase rapportée du célèbre compositeur: «Il suffit que l’on entende ma musique, les paroles ne sont rien dans un opéra».

Jean Couturier

Opéra-Comique, Place Boieldieu, Paris IIème, jusqu’au 11 février. www.opera-comique.com 

 


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