Dom Sganarelle de Jean Philippe Ancelle, mise en scène de Jean-Philippe Ancelle et Michel Pilorgé

Dom Sganarelle de Jean-Philippe Ancelle, mise en scène de Jean-Philippe Ancelle et Michel Pilorgé 

 DSC_4221Un plateau vide, avec juste une servante à la lumière blafarde, un paravent, quelques costumes sur un porte-manteaux, trois chaises pliantes, une petite table et un jeu d’orgues pour faire varier la lumière. Un acteur, Philippe Leroy attend son copain Michel Claude qui est en retard à leur répétition. La soixantaine tous les deux, ils ont joué un peu partout mais n’ont jamais eu de grands rôles, et jamais atteint la célébrité. Pourtant autrefois encore jeunes et beaux, ils ont, disent-ils, triomphé avec le Dom Juan de Molière, l’un dans le rôle-titre, l’autre dans celui de Sganarelle.

Et ils ont eu envie de rejouer ce chef-d’œuvre mais avec ces deux personnages seulement et vérifier si cela pouvait tenir la route. Alors ils répètent une heure et demi sur un plateau que leur a gentiment prêté une heure et demi (sic) un de leurs vieux copains, directeur de théâtre. Jean-Philippe Ancelle a choisi  quelques-unes des plus belles scènes où apparaissent certains des personnages masculins: Dom Juan, Sganarelle, le Pauvre dans la forêt et la voix enregistrée du Commandeur. Aucune femme pour des raisons évidentes; c’est donc à un petit aperçu de Dom Juan avec explication un peu lourde du texte-du genre Dom Juan pour les nuls mais pas très éléboré, et l’évocation des grands comédiens plus très jeunes qui ont pourtant joué le rôle-titre : Louis Jouvet, Jean Vilar, Jean Debucourt, Michel Piccoli… Avec des allusions aux autres personnages de la célèbre pièce qu’il vaut donc mieux connaître avant de venir…

Ils parlent aussi d’eux, de leur métier, des autres comédiens avec la vacherie  professionnelle bien connue mais aussi de Dom Juan et un peu de leur vie. Ainsi, Philippe apprendra par son portable qu’il n’a pas coupé (pas très professionnel mais bon!) que la femme avec qui il vit depuis vingt ans le quitte. A la fin… que l’on attendait, le directeur de la salle  qui a depuis son bureau, a écouté leur répétition grâce à un retour-son, leur proposera (au téléphone, sic!!!) de prendre leur spectacle. Ah ! Ah ! Ah !…

On retrouve ici le vieux procédé du théâtre dans le théâtre né au XVIème, et depuis largement utilisé par Shakespeare, Corneille, Molière, Marivaux… et par de nombreux auteurs de comédies musicales.  Mais l’auteur ne nous épargne pas ici les clichés dont les metteurs en scène contemporains ont usé et abusé : les derniers trois coups servant autrefois d’interphone entre les différents régisseurs qui ne se voyaient pas avant de commencer le spectacle, la servante allumée sur le plateau, l’arrivée de personnages par la salle… Tous aux abris!

Point positif : Jean-Philippe Ancelle et Michel  Pilorgé ont une bonne diction, et en entend bien le texte. Mais les célèbres scènes de cette formidable pièce sont comme répétées: ils n’ont en effet pas vraiment le temps de les incarner, puisqu’elles sont souvent interrompues par leurs commentaires et digressions et par le récit de la vie professionnelle de ces personnages de vieux cabots qui n’ a rien d’exaltant! Soyons honnêtes,  il y a à la toute fin, la très belle scène de la mort de Dom Juan…  Mais le texte de Jean-Philippe Ancelle est d’une rare indigence: tout sonne faux ici et ces quatre-vingt minutes sont bien longues! On s’ennuie donc assez vite. «Aucun apitoiement, dit la note d’intention, mais plutôt de la tendresse et de l’humour donnent le ton de ce dialogue impitoyable. » Mais de cela  nous n’avons rien vu, et le compte n’y est pas !

Dans la pièce, les deux compères se demandent bien pourquoi dans cette histoire, leur copain et directeur de salle s’intéresse à leur prestation. Mais la réalité dépasse la fiction: comment cet ovni a-t-il pu atterrir au Théâtre du Ranelagh où nous étions exactement… treize pauvres spectateurs dont quatre dames plus très jeunes, à avoir tenté l’aventure en empruntant le trottoir verglacé de la rue des Vignes. Si, par le plus grand des hasards, cela vous intéressait quand même, c’est à 19h, et les places sont de 30.8 € à 35.2 €!!!  Sans commentaires!

Philippe du Vignal

Théâtre du Ranelagh, 5 rue des Vignes, Paris XVIème. T : 01.42.88.64.44, jusqu’au 8 avril.

 

 


3 commentaires

  1. Jean-Philippe Ancelle dit :

    Merci d’avoir été assez fair-play pour publier mon commentaire, et intégralement. Pour ce qui est de vos collègues, jusqu’à présent ils ont unanimement fait l’éloge du spectacle et nous avons recueilli à ce jour onze très bons papiers. Quant au public, il nous manifeste également son enthousiasme et les critiques sur BilletRéduc, par exemple, sont majoritairement en notre faveur, même si certains, après les premières représentations, se sont montrés plus circonspects. JPA

  2. Merci de votre commentaire; juste ce mot pour vous préciser que je ne pense pas détenir la vérité. On verra ce que pensent mes confrères et le public de votre spectacle…Je vous signale que j’ai beaucoup fréquenté les théâtres, et notamment un théâtre national;parlez-en à votre régisseur que je connais bien…
    Pour le reste, autant en emporte le vent.
    cordialement

    Philippe du Vignal

  3. Jean-Philippe Ancelle dit :

    Il est vrai qu’il fallait du courage pour venir au théâtre avec de telles conditions météorologiques. Et monsieur du Vignal n’en a pas manqué. Mais si c’était pour écrire ça, il eût mieux fait de rester au chaud chez lui! Car il semble n’avoir pas tout compris : « Et ils ont eu envie de rejouer ce chef-d’œuvre mais avec ces deux personnages seulement (…) ». Nous disons exactement le contraire!.. « Ils parlent aussi d’eux, de leur métier, des autres comédiens avec la vacherie professionnelle bien connue (…) » Où a-t-il vu ça? Nous citons deux grands comédiens, leurs noms d’ailleurs modifiés, pour leur rendre hommage, c’est tout!…  » Philippe apprendra par son portable qu’il n’a pas coupé (pas très professionnel mais bon!) que la femme avec qui il vit depuis vingt ans le quitte »… Pas du tout. Philippe reçoit, en effet, un coup de fil de sa femme, mais leur rupture est consommée depuis plusieurs jours déjà. La chose est claire, pourtant. Quant au téléphone « pas coupé », monsieur du Vignal a aussi un déficit de vision. J’ai passé l’âge de recevoir des leçons de professionnalisme!… « A la fin… que l’on attendait, le directeur de la salle qui a depuis son bureau, a écouté leur répétition grâce à un retour-son, leur proposera (au téléphone, sic!!!) de prendre leur spectacle. Ah ! Ah ! Ah !… »… M. du Vignal est bien le seulà avoir deviné la fin, qui n’est pas du tout ce qu’il décrit! Quant au fait de communiquer par téléphone portable, quoi de plus courant aujourd’hui??? Même d’un bureau à un autre! « Mais l’auteur ne nous épargne pas ici les clichés dont les metteurs en scène contemporains ont usé et abusé : les derniers trois coups servant autrefois d’interphone entre les différents régisseurs qui ne se voyaient pas avant de commencer le spectacle, la servante allumée sur le plateau, l’arrivée de personnages par la salle… Tous aux abris! » Ah bon, les trois coups au théâtre, c’est un cliché? Ah! Ah! Ah!… D’ailleurs, je signale à l’historien du théâtre » que la signification des fameux trois coups puise son origine bien avant ce qu’il indique et avait une valeur symbolique autrement plus intéressante que ce qu’il dit. Mais, passons… Une servante sur une scène de théâtre c’est un cliché? Ah! Ah! Ah! Ça fait combien de temps que M. du Vignal n’a pas mis les pieds dans un théâtre hors représentation? Ça a fait bien rire mon régisseur! Enfin, il n’y a nulle arrivée de personnageS par la salle, mais seulement d’un personnage, qui est en retard pour la répétition, dans un théâtre où il est supposé n’y avoir pas de spectateurs, et c’est donc parfaitement justifié. Et ce qui est justifié n’est plus un cliché, figurez-vous. Au fait, il est un « cliché » que M. du Vignal n’a pas remarqué, c’est la règle des trois unités qui est ici appliquée!… »Point positif : Jean-Philippe Ancelle et Michel Pilorgé ont une bonne diction, et en entend bien le texte. Mais les célèbres scènes de cette formidable pièce sont comme répétées: » Non, elles ne sont pas COMME répétées, elles SONT répétées! « ils n’ont en effet pas vraiment le temps de les incarner, puisqu’elles sont souvent interrompues par leurs commentaires  » Cette remarque est un non-sens: lorsqu’on répète, on ne cesse de s’interrompre, ce qui n’empêche pas d’incarner le personnage, exactement comme au cinéma! Ce n’est pas une question de temps… Enfin, c’est tellement élémentaire… « le récit de la vie professionnelle de ces personnages de vieux cabots qui n’ a rien d’exaltant!  » Premièrement, ce ne sont pas des vieux cabots, mais des comédiens comme il y en a des milliers. Deuxièmement, l’allusion (et non le récit) à leur vie professionnelle est justement la justification de leur répétition!  » Mais le texte de Jean-Philippe Ancelle est d’une rare indigence: tout sonne faux ici  » L’indigence de mon texte n’a dégale que celle ce cette critique faite uniquement de jugements de valeur et d’approximations. Et si tout sonne faux, c’est que tout est vrai. Comme disait Pierre Daninos, « la réalité dépasse la fiction ». Cliché dont use M. du Vignal un peu plus loin pour parfaire son entreprise de démolition, et signaler avec un tact exemplaire la présence de dames « plus très jeunes » dans le maigre public, comme s’il était lui-même un perdreau de l’année… Bref, on aura compris que certains points de vue délivrés au cours de la pièce ont copieusement irrité l’idéologie de ce monsieur qui doit détenir la Vérité et qui eût été plus avisé de ne rien écrire plutôt que ce torchon.

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