Hugo l’interview, animée par Yves-Pol Deniélou, mise en scène de Charlotte Herbeau

Hugo l’interview, animée par Yves-Pol Deniélou, mise en scène de Charlotte Herbeau

_MG_0117Cela se passe dans une belle petite salle voûtée en pierre claires mais très peu adaptée au théâtre.  Victor Hugo (Yves-Pol Deniélou) répond avec délicatesse et humour, lors d’une interview, aux questions en voix off de la journaliste d’une émission radio, Un jour, une légende. On pense parfois à L’Heure bleue de Laure Adler sur France-Inter…

Victor Hugo (1802-1885) est là, à quelques mètres de nous, le plus souvent debout, bien droit avec une belle barbe rousse, en costume et gilet noir  qui laisse paraître la chaîne en or d’une montre à gousset.  Il répond, en grand pro de la parole, avec une grande précision et une excellente diction, aux questions posées.  La quarantaine, calme et très à l’aise, et jamais hautain; plutôt bienveillant, même quand les questions sont un peu franches

C’est, vous l’aurez compris, un intelligent montage, bien réalisé par le comédien lui-même, à partir d’extraits de textes en prose, de poèmes, entre autres: La Légende des siècles, Les Misérables, Dernier jour d’un condamné, Choses Vues, Actes et Paroles, etc. qu’il avait déjà joué au festival d’Avignon 2016. On trouve ici le Hugo passionné de langue française, d’abord l’enfant de la maison des Feuillantines qu’il évoque avec nostalgie, le romancier, le poète, l’essayiste épris de liberté,  l’auteur de théâtre,  admirateur de William Shakespeare plus finalement que de Molière: avec  son souhait qu’il y ait dans ses drames, un «mélange sur la scène de tout ce qui se mêle dans la vie». Mais aussi le mari, le père, et l’émigré à Guernesey, l’amoureux de Juliette Drouet et de bien d’autres femmes, comme en témoignent ici des extraits de sa correspondance avec Louise Colet (1856),  George Sand, (1864). Tous ces textes, écrits dans une très belle langue et bien portés en solo par Yves-Pol Deniélou, nous renvoient parfois, plus d’un siècle et demi après leur écriture, à l’actualité française la plus récente! Impressionnant.

Côté mise en scène, ce montage méritait mieux que ce travail honnête mais un peu rudimentaire. Quitte à faire dans le réalisme d’une émission de radio, pourquoi ne pas avoir convoqué la journaliste sur le plateau. Question de budget, ne faites pas le naïf, du Vignal ! Sans doute, mais cela aurait donné plus de vérité à ces questions, souvent mal formulées et trop écrites, et à ces réponses trop longues de cet interview qui gagnerait encore en puissance avec quelques aérations musicales.

Mieux vaut oublier ces lumières rouges pléonastiques et ces bruitages intempestifs qui auraient leur place dans une fiction mais pas ici évoquant une fiction, comme ce grincement de roues de charrette pour Le Crapaud, ce fameux poème de La Légende des siècles.  Par ailleurs, on ne comprend pas trop ce que vient faire à la fin cet extrait trop long de Chantecler (créé en 1910 et d’une inspiration déjà surréaliste avant la lettre) d’Edmond Rostand, choisi pour clore cette émission par Victor Hugo qui n’a pu, bien entendu, le connaître… 

Cela dit, grâce à l’excellence du jeu d’Yves-Pol Deniélou, ce petit-mais grand-spectacle mérite le détour, malgré la médiocrité de la salle. Et il donne envie de relire cet écrivain exemplaire à plus d’un titre. Une pensée pour ce grand spécialiste de Victor Hugo que fut Jacques Seebacher, mort il y a dix ans, et qui l’aurait sans doute bien aimé. Reste à souhaiter à Yves-Pol Deniélou d’être invité par un théâtre, national ou pas, pour jouer sur un vrai plateau cet Hugo, l’interview. Il le mérite amplement.

Philippe du Vignal

Théâtre Essaïon, 6 rue Pierre au lard (à l’angle du 24 rue du Renard)  Paris IVème, les lundi et mardi à 19h 30, jusqu’au 1er mai.

 

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