Six films au féminin, présentés par Altermedia

 

Six films au féminin, présentés par Altermedia au Cinéma Saint-André-des-Arts.

260d4653f9Art et essai : Caroline Chomienne a fait ses preuves depuis longtemps. Cinéaste, danseuse, et femme. Inutile d’ajouter : engagée. En marge des grands circuits commerciaux, elle construit une œuvre précieuse et populaire, sous la bannière républicaine: liberté, égalité, fraternité.

Pilier de l’association Altermedia, créée par Félix Guattari et actuellement présidée par Gérard Mordillat, Caroline Chomienne intègre dans ses films la devise et le fonctionnement de ce phalanstère du cinéma. Il faut aller voir son site : ateliers, production, formation aux métiers du cinéma-avec de grands professionnels-rencontres pour ceux, et surtout celles qui débutent dans le métier sans pouvoir s’appuyer sur un réseau, et pour les amateurs, jeunes ou non. Une sorte d’anti-Fémis, l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son, établissement public d’enseignement supérieur. Altermedia est plutôt un complément indispensable à  cette école «de classe» à tous les sens du terme. Les locaux mêmes de l’association, comme ceux d’un coin du vieux Paris populaire qui aurait glissé à Saint-Denis, en plus de raconter une vie en commun, créative et mouvante, peuvent servir de décor à ces histoires.

La Leçon de danse répond à une commande : travailler à la prévention du viol. On se méfie souvent des films à programme, et l’on a tort. Ce film nous fait partager la joie qu’a une jeune danseuse, à passer sa première audition professionnelle, l’euphorie d’une soirée trop arrosée, et puis l’inconscience cynique des garçons qui utilisent la drogue du viol pour se payer une fille…Bon, en aidant une autre fille, la danseuse blessée trouvera sa résilience, et les spectateurs (masculins en particulier) eux auront une réponse à la question du consentement : non, accepter de boire un verre avec des copains, ce n’est pas consentir à une relation sexuelle multiple.

Cuba no Cuba si évoque l’envie d’un ailleurs : un séduisant peintre cubain exilé va «voir ailleurs»,  laissant tomber sa galiériste amoureuse pour tanguer entre deux jeunes cousines… Les filles auront leur revanche, risquée. Que faire, sinon partir ? Véra, danseuse et reçue à l’Opéra après des mois d’un travail rigoureux et exigeant, s’enfuit. Vers la danse métisse de Norma Claire, filmée précisément dans la maison d’Altermedia à  Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

 En arrière-plan, au coin des rues, danses urbaines, “Demoiselles de Saint-Denis“ en robes tournoyantes aux couleurs de fleurs… Véra, elle aussi “sidérée“ par une agression sexuelle, s‘en sortira en dansant sa vie, en s’inventant un style libre et unique., L’adolescente de Chica se cherche, à travers la danse, la musique, son admiration pour le Cirque Plume… Et la drogue. Frôler la mort l’entraîne vers un retour à ses racines : sa grand-mère tzigane, jouée par la grande Cristina Hoyos, va la remettre au monde. La danse, toujours : comme art, comme création, comme troisième dimension donnée à l’image, comme liberté….

 Dans Coucher de soleil sur le 9-3, on ne danse pas, mais c’est la poésie qui danse, en noir et blanc, entre jardins ouvriers, femme peintre et trafics étranges… Il y a quelque chose de rhomérien dans ce monde de sentiments fluides.

Ces films parlent de l’art, montrent la création en train de se faire et des artistes au travail : peintres, chorégraphes… Avec sa famille de cinéma, la scénariste Corinne Atlas, la chorégraphe Andrea Sitter, Yann Dedet au montage, Paolo Carnera à l’image, avec des acteurs amis et tout ceux qui viennent les rejoindre, Caroline Chomienne crée des films audacieux et simples, courts parfois et qui prennent leur temps. La chance du cinéma impécunieux : être contraint à la liberté. Si l’on ne peut tourner assez de plans, le montage sera d’autant plus “à pic“, et fort. Inutile de reconstituer un monde de toutes pièces, on filmera sur leur visage, la vérité de personnes que l’on connaît intimement. Tout bénéfice, si l’on ose dire : de si près, cette famille devient la nôtre.

Manque une chose à ce cinéma original, bien ancré dans son monde via ses ateliers et formations : qu’il soit plus largement diffusé, et qu’on cesse de s’imaginer que les spectateurs n’attendent que des “blockbusters“. Oui, ces six films au féminin, on les attendait, sans le savoir…

Christine Friedel

Films vus au cinéma Saint-André des Arts,  30 rue Saint-André des Arts, Paris VIème. contact@cinesaintandre.fr

 

 

 

 

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