Miracle en Alabama de William Gibson, adaptation et mise en scène de Pierre Val

 

Miracle en Alabama de William Gibson, adaptation et mise en scène de Pierre Val

 

Photo Lot

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William Gibson est né en 1948 en Caroline du Sud. Il a six ans quand son père meurt accidentellement. Sa mère va s’installer dans sa famille, en Virginie.. Lui, introverti, il devient un lecteur acharné et elle a beaucoup de mal à l’élever seule: elle décide alors de l’envoyer en pension, à des milliers de kilomètres de chez lui, en Arizona! Il découvrira alors la « beat generation » et toute la contre-culture .

Sa mère meurt quand il a dix-huit ans et il s’enfuit au Canada pour éviter d’être envoyé  faire la guerre au Viêt nam. Il reprend des études, voyage beaucoup et se marie. En 1977, il  retrouve  sa vieille passion pour la science-fiction et découvre le mouvement punk, mais se défie du capitalisme comme de la contre-culture, et commence à écrire des nouvelles influencées par la cybernétique et la réalité virtuelle sur la race humaine dans un futur imminent. Son premier roman, Neuromancien fut un grand succès littéraire, et il devient la figure de proue du cyberpunk.  Ce   livre est le premier de Sprawl Trilogy. Suivront Comte Zéro et Mona Lisa s’éclate, sur des thèmes comme les changements technologiques et leurs conséquences sur l’homme.

Bridge trilogy, (Lumière virtuelle, Idory, All Tomorrow’s Parties) se situe dans un futur proche.William Gibson écrivit également quelques éléments d’anticipation pour Alien qui furent intégrés au film. Miracle en Alabama est à l’origine, une nouvelle The Miracle worker, que Marguerite Duras avait adaptée* (Arthur Penn en fit aussi un film en 1962), un texte tiré de l’autobiographie d’Helen Keller (1903) Sourde, muette, aveugle : histoire de ma vie.

Cela se passe en Alabama, en 1887. Cette conférencière et militante politique était sourde et aveugle à deux ans, donc coupée du monde extérieur. Désespérés, ses parents feront appel à Annie Sullivan, une institutrice  tenace  qui prendra en charge l’éducation d’Helen et qui l’ouvrira au monde. Ce qui pose la question de la perception, de l’origine du langage et de son apprentissage. Et, bien entendu, cela n’ira pas sans conflit-parfois violent-entre cette éducatrice atypique qui veut avoir les mains libres pendant plusieurs semaines, et les parents d’Helen soucieux de garder l’affection de leur enfant. Mais aussi très inquiets des méthodes radicales utilisées par Miss Sullivan… On ne vous dévoilera pas la fin, mais les parents seront finalement à la fois éblouis et émus de voir que leur petite fille réussit à retrouver le tout début d’une expression orale.
Sur le plateau, un décor très simple censé représenté la salle à manger de la famille mais aussi la petite dépendance où Miss Sullivan vit avec la petite fille. La mise en scène de Pierre Val qui joue aussi le Père, tient la route et Valérie Alane, Julien Crampon, Stéphanie Hédin, Marie-Christine Robert font leur boulot, mais Lila Mekki, bien dirigée, est exceptionnelle de vérité, dans ce rôle pas facile de cette enfant difficile.
Mais bon, c’est toujours le même constat: comment faire passer l’essentiel d’une nouvelle au théâtre. Marguerite Duras pense que chaque roman ou nouvelle, possède  « un espace imaginaire propre ». Mais elle ne donnait pas, bien entendu, les clés pour le transposer sur un plateau. Ce qui n’a jamais empêché les metteurs en scène, de théâtre comme de cinéma, de tenter l’expérience et parfois à s’en sortir au mieux… Comme entre autres Jean Bellorini avec Tempête sous un crâne, une adaptation tiré surtout des dialogues des Misérables de Victor Hugo. Krzysztof Warlikowski  lui choisit de faire un spectacle à partir d’A la Recherche du temps perdu de Marcel Proust. « Il ne s’agit pas, dit-il, d’une adaptation, ce qui serait impossible. (…) Ce sont des tableaux, nés d’une investigation personnelle sur l’univers de Proust, au fil de découvertes ».

Et comment faire ressentir toute la saveur d’un récit, avec les  indispensables dimensions d’espace et surtout de temps, quand on l’adapte  pour le théâtre. Là est toute la difficulté et cela pose d’abord une question de rythme et de mise en place des dialogues. Ici, certaines scènes ont tendance à s’installer et on a parfois l’impression que  l’on a affaire à un théâtre d’un autre âge, et cette adaptation rame un peu surtout à la fin, et dégouline de bons sentiments… Un spectacle honnête dont on ne ressort pas vraiment convaincu. Mais il y a l’excellente interprétation de Lilas Mekki…

 Philippe du Vignal

Théâtre La Bruyère  5 rue La Bruyère, Paris IXème. T. : 01.48.74.76.99.
Séances sur-titrées pour sourds et malentendants, le 22, 17 et 31 mars.

Adaptation publiée par L’Avant-scène du théâtre n°279, du 1er janvier 1963.

 

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