La Rage des petites sirènes, texte de Thomas Quillardet, mise en scène de Simon Delattre

Festival Odyssées en Yvelines

 

 : J – M Lobbé

J – M Lobbé

La Rage des petites sirènes de Thomas Quillardet, mise en scène de Simon Delattre

 Olive et Olga, deux sœurs sirènes, décident de partir à l’aventure pour vivre leur odyssée  et sur leur route, elles feront des rencontres fondatrices : une bernique, une dorade, une anguille, un banc de harengs et jusqu’à un chat-sirène.

Le thème du spectacle : interroger le lien qui unit les sœurs entre elles, et leur relation au monde. Elles rêvent ainsi de rester longtemps  ensemble mais il est souhaitable de suivre le chemin qu’on désire,  et on entrevoit l’image d’une prochaine séparation…

 Elise Combet, marionnettiste et Elena Bruckert, comédienne, sont à l’initiative de  cette création par Simon Delattre, curieux de mettre en images scéniques la relation sororale. L’univers aquatique lui a servi de toile de fond, et il a demandé  à Thomas Quillardet  d’écrire d’une pièce sur les sirènes qui n’ait rien à voir avec les films de Walt Disney. Sur le plateau, elles chantent, intrépides et joyeusement désinvoltes. La scénographie est inspirée par l’esthétique des tableaux de David Hockney avec ses piscines; ici, un bassin gonflable  pour  y faire vivre des marionnettes d’animaux marins et des queues de sirènes….

 Les actrices, vives et joueuses manipulent  ces personnages, jusqu’à une queue de sirène, une prothèse qu’elles s’attachent ou retirent, selon les circonstances. L’échange verbal avec les poissons, contribue aux métamorphoses des sœurs. La Rage des petites sirènes s’adresse à tout public à partir de six ans, car nul n’échappe, petit ou grand, au traumatisme  d’une séparation: la sœur est à la fois une attache affective et un obstacle à toute libération.

 Magnifique est la scénographie des couleurs : bleu indigo des piscines, bleu sombre de la nuit et lumière propre au théâtre d’ombres. Un filet semble recouvrir les fonds marins translucides à l’intérieur de la piscine renversée. Avec des queues de sirène scintillantes, accessoire glamour revalorisé et une bernique attachante, et rivée sur le sol, ici, une mini-pyramide gonflable…

 Olive n’a pas la bougeotte et aime bien se tenir sur son banc de sable les jours de grande marée, et elle avoue à sa sœur qu’elle préfère rebrousser chemin. Quand Olga la met en garde contre l’ennui et l’habitude, Olive lui répond qu’elle voyage dans sa tête, en regardant les vagues : «J’invente des sons, des images, des odeurs. Je fais une odyssée dans ma tête.» Mais Olga partira-c’est son destin-la tête pleine de souvenirs : la baie de Saint-Brieuc, ses algues préférées, l’île de Bréhat et un coucher de soleil sur Binic…

Un spectacle malicieux et revigorant grâce en particulier, à ces belles sirènes-comédiennes.

Véronique Hotte

Théâtre de Sartrouville (Yvelines)/Centre Dramatique National, en tournée dans le département, jusqu’au 14 mars.
 www.odyssees-yvelines.com

Le texte est publié aux éditions Heyoka Jeunesse (Actes Sud-Papiers).

 


Archive pour février, 2018

L’Oiseau-migrateur, texte de Delphine Lanza, Dorian Rossel, Marie-Aude Thiel, Hervé Walbecq, mise en scène de Dorian Rossel

Festival Odyssées en Yvelines

 L’Oiseau-migrateur, texte de Delphine Lanza, Dorian Rossel, Marie-Aude Thiel, Hervé Walbecq, mise en scène de Dorian Rossel

 

©J – M Lobbé

©J – M Lobbé

Dessins délicats à la craie sur un tableau bleu, sons et musique: un éloge de la poésie à travers les prestations inspirées de deux performeurs lunaires, Hervé Walbecq et Marie-Aude Thiel dont  l’imagination tient  le public émerveillé. Le spectacle de L’Oiseau-migrateur prend ainsi son envol dans notre ciel intérieur. Ecoute et compréhension de l’autre : une entreprise inédite quand cet autre est un oiseau. L’histoire appartient au dessinateur et comédien Hervé Walbecq qui, enfant, fit la connaissance peu banale d’un verdier, un oiseau jaune et gris trouvé dans les bois. Il s’en fait l’interprète  avec ce  récit graphique et poétique, en compagnie de Marie-Aude Thiel, clownesse et musicienne. Ces amis sont tels des oiseaux tombés de leur nid, et le metteur en scène Dorian Rossel s’est amusé de leurs facéties. Ainsi, à travers un imaginaire polysémique et presque sans paroles, L’Oiseau-migrateur est une invite au voyage, une initiation à la migration, à la fois, intérieure et extérieure à soi, depuis un territoire connu, jusqu’à d’autres dits inconnus ou bien étrangers.

 Peu de mots, mais des dessins et de la musique, le thème du fil à tracer et que l’on suit est fondateur : le fil blanc cassé de la ficelle qui marque un territoire à soi, et le fil blanc d’un tracé à la craie qui invente graphiquement tout un monde de rêves. Un espace marin avec sa baleine et quelque chose sur sa tête, un objet ou petit animal, fait écho à un espace intime celui de la chambre de l’enfant où se poste l’oiseau : terre, ciel et eau  s’approchent par l’intermédiaire de deux grands cubes  dans un espace plus ou moins grand, selon les situations.

 La ligne du dessin, inspirée d’un dessin animé italien, évoque un bonhomme actif. La ligne se construit et se déconstruit, s’efface et se modifie,  « Le dessin, raconte Dorian Rossel, est un éloge de la désuétude, du silence et du presque rien essentiel. » Le cheminement ardu mais patient, est décrit ici avec humour : quand il faut traverser des zones humides de marais et de marécages, une jolie trouvaille : un accessoire scénique subjugue les spectateurs, amusés et surpris du subterfuge évocateur. Des éponges trempées que l’on retire d’une bassine, sont placées avec précaution sur le parcours des protagonistes. Alors que le trajet du Petit Poucet est fait traditionnellement fait de cailloux, quand les interprètes empruntent ce sillon et marchent sur les éponges gorgées d’eau, s’écoule un filet conséquent, et en même temps, se fait entendre un bruit d’écrasement humide. Les dessins sur les cubes invitent à voyager dans l’imaginaire des artistes, avec des graphismes qui ouvrent à la capacité d’invention et de création de chacun pour des scénarios et histoires à venir.

 Une aventure scénique délicate et propice aux voyages révélateurs et réparateurs.

 Véronique Hotte

Théâtre de Sartrouville (Yvelines)-Centre Dramatique National,  Festival Odyssées en Yvelines, en tournée dans le département, du 17 janvier au 16 mars. www.odyssées-yvelines.com

Scène nationale de Cavaillon-La Garance/ Cavaillon, du 9 au 14 avril.

Le Grand R, Scène nationale/ La Roche-sur-Yon, du 16 au 20 avril.

Théâtre Forum Meyrin / Meyrin (Suisse), du 23 au 27 avril.

 

White dog d’après Chien blanc de Romain Gary, mise en scène de Camille Trouvé

 

White dog d’après Chien blanc de Romain Gary, adaptation de Brice Berthoud et Camille Trouvé, mise en scène de Camille Trouvé

693876_a6c55ae180e746aeb19bde8ec58351c3~mv2_d_2362_3543_s_2Rien d’angélique dans le chien présenté par les marionnettes des Anges au plafond! Sur scène, de grands châssis de papier blanc. Derrière, se profilent les ombres des comédiens qui tracent des lettres en contrejour. L’un d’eux incarne Romain Gary, et émerge de cette page blanche pour nous conter l’histoire de ce toutou recueilli par l’écrivain, alors qu’il séjournait avec sa femme, Jean Seberg, en Californie. Bientôt des marionnettes de taille humaine prendront le relais, actionnées et doublées par les comédiens.

Au centre du récit, le chien. Imposant, un peu plus grand que nature, avec des poils de papier blanc, il  se blottit avec un regard expressif auprès de ses nouveaux maîtres. Brice Berthoud manipule à vue le chien, et les avatars de Jean Seberg et Romain Gary. Il les fait dialoguer et imite aussi jappements et grognements canins. Mais l’animal doux et affectueux va se transformer en bête féroce en présence des Noirs. «Je me trouvais soudain confronté avec l’image d’une brutalité première, tapie au sein de la nature et dont on préfère oublier la présence souterraine entre deux manifestations meurtrières, écrivait Romain Gary, et, ce qu’on appelait jadis l’humanitarisme, s’est toujours trouvé pris dans ce dilemme, entre l’amour des chiens et l’horreur de la chiennerie.»

De cet incident domestique, il tire Chien blanc,  roman où l’animal, dressé par des Blancs contre les Noirs, devient la métaphore du conditionnement social qui transforme les hommes en bêtes furieuses intolérantes. Un chien ne naît pas raciste, il le devient. De même les hommes.  «Qu’ont ils fait de nous ?» se demande l’auteur, devant les violences interraciales aux États-Unis. L’assassinat de Martin Luther King, le 4 avril 1968 à Memphis, a mis le feu aux poudres. Réticent à s’engager directement, comme son épouse qui milite, elle, aux côtés des Black Panthers, il le fera avec la plume dans Chien blanc, (1969), après son divorce d’avec Jean Seberg. Publié un an après, le livre sera adapté à l’écran par Samuel Fuller  avec Dressé pour tuer.

Des deux cent cinquante pages du roman, Camille Trouvé et Brice Berthoud ont tiré un spectacle d’une heure et demi, dense, étonnant de beauté et de justesse. La compagnie Les Anges au plafond n’en est pas à sa première incursion dans l’univers humaniste de Romain Gary. Avec R.A.G.E. (Romain Ajar Gary Émile) et avait abordé la double identité de l’écrivain.  Ses créations reposent essentiellement sur le  papier, « notre matière de prédilection, dit Camille Trouvé. Ça se déchire, ça se froisse, comme les humains. C’est fragile et peut s’écrouler comme un château de cartes. » 

Comme sortis des pages du livre, les personnages évoluent dans un espace animé grâce à un dispositif de filins et un plateau tournant. Les poupées grandeur nature sont parfois relayées par de petites figurines découpées dont les ombres inquiétantes se projettent sur les châssis. Des feuilles de papiers s’envolent ou se déploient pour faire écran… Un univers scénique en noir et blanc, à l’image d’un monde en proie à la ségrégation.

Narration et réflexions de l’écrivain ponctuent les actions prises en charge par les marionnettes, rythmées d’un bout à l’autre par la batterie inventive et stimulante d’Arnaud Biscay, fortement teintée du jazz des années 1960… Pour les parties musicales chantées, le compositeur s’est notamment inspiré de Gil Scott-Heron, l’un des pères fondateurs du Spoken Word, du standard Strange Fruit. Arnaud Biscay chante aussi bien qu’il joue et en connivence totale avec ses partenaires.

 C’est après l’attentat du Bataclan à Paris, le 13 novembre 2015, que naquit ce projet : «Chien Blanc nous a saisis à la gorge, dit Camille Trouvé, est-ce qu’ici les communautés se déchirent comme aux Etats-Unis? Peut-on désapprendre la haine?» Le spectacle pose ces questions en douceur et avec grâce, sans désamorcer l’inquiétude des temps qui courent. Un spectacle à ne pas manquer…

 Mireille Davidovici

Le Mouffetard-Théâtre des Arts de la marionnette, 73 rue Mouffetard, Paris Vème T.01 84 79 44 44, jusqu’au 11 février. 

Et du 15 au 21 mars, au Festival MARTO, Scène Nationale de Malakoff (Hauts-de-Seine).
Les  6 et 7 avril, La Ferme du Bel-Ebat, Guyancourt (Yvelines) ; du 10 au 14 avril, Le Bateau-Feu, Dunkerque (Nord) ; du 17 au 19 avril, Le Tangram Evreux ( Eure).
Les 17 et 18 mai, Théâtre de l’Hôtel de Ville, Saint-Barthélémy d’Anjou (Maine-et-Loire) ; les 24 et 25 mai, Le Trident, Cherbourg (Basse-Normandie).
Et les  5 et 6 juillet, Théâtre du Cloître, Bellac (Haute-Vienne).

Marys’s à minuit de Serge Valetti, mise en scène de Catherine Marnas

© France 3 / Culturebox

© France 3 / Culturebox

 

Marys’s à minuit de Serge Valetti, mise en scène de Catherine Marnas

 Nous ne connaissions pas ce remarquable monologue que Serge Valetti écrivit en 1984, et qui fut créé quatre ans plus tard à Grenoble. Et il y a vingt ans, Catherine Marnas l’avait aussi mis en scène avec déjà Martine Thinières. Sur le plateau, cinq robes de mariée sur des mannequins tristement couverts d’une housse de plastique, quelques mange-disques rouges Penny à piles avec une poignée des années soixante, et des 45 tours éparpillés sur le sol. Maryse, une femme, à l’âge indéterminé, en pantalon rouge, avec par dessus, une curieuse robe faite de lambeaux de tissu, a les cheveux d’un curieux roux rosé ( en fait bien sûr, une perruque qu’elle ôtera à la toute fin). Vêtements, attitude un peu prostrée; à côté d’elle, une grande poupée : on devine tout de suite chez elle, un grande difficulté à assumer sa solitude et un profond mal-être…

Cela commence doucement comme une confidence mais avec des mots crus… :« Il m’a dit que j’avais de beaux yeux… Qu’est-ce que ça veut dire, ça ? C’est comme quand l’autre, l’autre jour, il m’a dit que j’avais de jolies jambes… Qu’est-ce que ça veut dire, ça ? S’il essaie d’insinuer par là qu’il veut me sauter, il n’a qu’à dire :-Je veux te sauter ! De toute façon, il ne faut pas me prendre pour une bonbonne, quand je baise, je ferme les yeux, alors ! Il aurait pu dire que je sentais bon, le safran par exemple, parce que ça, je n’y peux rien, j’irais même jusqu’à dire que ça augmente, mon odeur de safran, juste avant l’acte… On parle toujours de l’acte, il faudrait voir à ne pas en parler, sans savoir quoi en dire de bien spécifique. Je me comprends.”

Au fil des paroles, on sait donc vite qu’elle est follement amoureuse d’un certain Raphaël, un sosie  de Jean-Louis Maclaren. Mais elle ne le voit que par intermittence et pas depuis deux jours !
Elle lui a écrit une lettre  qu’elle n’a pas postée pour, comme elle dit, lui faire les pieds. “Les premiers mois, dit-elle, on s’entendait bien, il me faisait des caresses suggestives. “Il me disait : « Je vais te faire des caresses suggestives!» Je le regardais avec mes yeux mi-clos et il souriait comme un cheval. Ça me suggérait des choses, mais je ne sais pas s’il savait vraiment ce que ça me suggérait, parce que s’il l’avait su, il aurait arrêté sur le champ et il se serait mis à penser que j’étais folle au point de ne pas pouvoir me regarder dans une glace, de ne pas pouvoir marcher le long des voies ferrées comme je l’ai vu faire souvent au cinéma.”

Et Maryse nous dira qu’elle va régulièrement consulter un médecin-en fait un psychiatre-ce dont elle n’est pas dupe comme elle le dit joliment: “Oh ! Parce qu’il ne faut pas me raconter des histoires à moi ! J’ai bien vu qu’il y a marqué : ASILE, alors il a beau me raconter n’importe quoi, je sais bien où je suis quand je vais là-bas, puisque c’est marqué dessus. C’est pas mes oignons. C’est pour pas qu’il me touche le zizi, Maclaren! Avant qu’il comprenne qu’en fait Maclaren, c’est Jean-Louis Maclaren, que j’appelle comme ça, Raphaël, il pourra se lever tôt. Je brouille les pistes, c’est normal, sinon ce serait trop facile, comme ça elle croit que je parle de quelqu’un d’autre”.

Elle a mal et sait qu’encore une fois, il ne viendra pas la chercher ce soir. Et qu’il ne lui fera pas l’amour. Mais cela ne l’empêche pas de rêver encore et toujours, avec son langage à elle, brut de décoffrage, où on sent un immense désarroi. Et de temps en temps, elle se passe un disque comme pour s’aider à y croire encore. «J’irais fermer les volets de la fenêtre de la cour parce qu’on s’apprêterait à faire du bruit toute la nuit et je ne voudrais pas que les voisins entendent, surtout sa mère qui habiterait toujours en dessous, même qu’elle serait devenue un peu sourde du temps, mais ça ferait rien, ce serait une habitude que j’aurais prise et que je ne pourrais pas m’empêcher de quitter. Pour la vue et pour le bruit, dans les deux sens. Ne pas être réveillée par ce putain de pianiste et qu’il ne puisse pas nous entendre lui non plus. Il aurait même peut-être déménagé, ce qui rendrait encore plus dérisoire ma volonté de fermer les volets. Je reviendrais de la fenêtre et il me regarderait et on saurait qu’on peut y aller. Je lui mettrais ma main dans le pantalon, là où c’est chaud. Je regarderais encore une fois son oreille et puis il me transporterait dans la chambre avec un petit sourire entendu… Et toute la nuit ça irait, ça irait, ça irait… !

Elle semble revenue de toutes ses illusions et n’aura jamais d’enfant de ce Raphaël mais dans sa grande solitude, elle garde juste l’espoir qu’il revienne. Et il faut aussi qu’elle se libère par la parole, qu’elle se raconte avec ses mots à elle, et c’est une priorité absolue : elle en a un besoin vital : «Et puis la vie risque de passer et je n’y aurais vu que du feu »…  Dans un délire à la fois ancré sur la réalité de sa vie quotidienne mais aussi sur toute la poésie d’une histoire personnelle qu’elle veut ainsi transcender et nous faire partager.

Maryse est là, effondrée mais encore vivante et pleine d’une sorte d’innocence, comme le Ravi de la crèche provençale. Elle essaye aussi de faire preuve d’une grande lucidité, quand elle veut comprendre pourquoi sa belle histoire d’amour est tombée à l’eau. Martine Thinières, est ici très bien dirigée par Catherine Marnas (on avait pu voir dans Lignes de faille montée aussi par elle il y a quelques années, voir Le Théâtre du blog). Toujours précise et juste, vraiment impeccable.  elle  réussit, sans jamais tomber dans le pathos ou la facilité, à nous faire entrer dans le texte de Serge Valetti. Une belle réussite que cette mise en scène…

Philippe du Vignal

Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine, Place Renaudel, Bordeaux, jusqu’au 9 février. T. : +33 (0)5 56 33 36 80

Marys’s à minuit fait partie des Six solos de Serge Valetti publiés à l’Atalante Editions, 11 et 15, rue des Vieilles-Douves 44000 Nantes.

 

Hic et nunc d’Estelle Savasta, mise en scène et composition musicale de Camille Rocailleux

Festival Odyssées en Yvelines

 Hic et nunc d’Estelle Savasta, mise en scène et composition musicale de Camille Rocailleux

© J-M Lobbé

© J-M Lobbé

 Suivre le voyage initiatique d’un Candide des années 2018, tel est le défi d’Estelle Savasta et Camille Rocailleux. Une aventure savoureuse que celle de Candide, si on la met à la portée de l’enfance d’aujourd’hui, familière des codes du monde contemporain toujours pressé. De l’insouciance et de la crédulité, à la sagesse d’une expérience gagnée, le cheminement est long, sinueux et difficile, et c’est un apprentissage en soi pour un jeune homme d’aujourd’hui (Elie Triffault) en bermuda, chaussures de tennis et sweat à capuche.

 Le voyage individuel prend son élan  dans l’amour qu’il a pour  la jeune Cunégonde (facétieuse Pauline Larivière) qui chante à merveille des airs baroques et subtils. En tenue de sport, elle se prépare à un affrontement direct avec la vie alentour… Même si le monde est vaste, et absurde parfois, dangereux souvent, notre héros, lui,  ne cesse d’avancer et d’en parcourir les espaces et les jours, afin de trouver sa  fameuse plénitude terrestre, hic et nunc.

Les personnages que créent les acteurs sont justes et précis, et affrontent les obstacles de la vie avec patience et esprit de déduction, et une sagesse tranquille. Lui est pris par  une quête existentielle et sa Cunégonde, moqueuse, semble s’amuser, le temps d’un chant lyrique qui s’envole. Mais le jeune homme, chemin faisant, acquiert humour et ironie. C’est une création à la croisée du langage théâtral et musical. Avec un jeu de gros cubes modulables de dimension variable et à l’emploi inattendu selon les situations. Le surface de graphisme, ou porteur de lumière colorée, siège où méditer pour faire retour sur soi, devient aussi un lieu aussi où trôner, debout.

Accompagné d’ une musique en direct et des chants, le texte suit une ligne à la fois épique et intime. Bruits, sons, paroles échangées  entre les personnages et avec le public : les acteurs ne cessent d’aller et venir, bouger, s’accroupir, s’asseoir et se relever. Avec un enthousiasme  intarissable, la vie va à travers les aventures racontées et les points de vue échangés jusqu’à la paix retrouvée, et la culture d’un jardin paisible pour en obtenir des produits bio en en respectant la terre.

 Véronique Hotte

 Théâtre de Sartrouville en Yvelines/ Centre Dramatique National, en tournée dans les Yvelines, jusqu’au 16 mars. www.odyssees-yvelines.com

La Passerelle, Scène nationale des Alpes du Sud/Gap, du 19 au 20 février.

Comédie Poitou Charentes/ Centre Dramatique National Poitiers, le 2 mars.

Nos Educations sentimentales, texte et mise en scène de Sophie Lecarpentier

Nos Educations sentimentales, librement inspiré de L’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert et de Jules et Jim de François Truffaut, texte et mise en scène de Sophie Lecarpentier

© Maëlle Grange

© Maëlle Grange

Le spectacle reprend un thème qu’avait déjà traité Sainte-Beuve dans Volupté, puis Honoré de Balzac avec Le Lys dans la vallée puis Gustave Flaubert qui réinventera le roman d’apprentissage avec L’Education sentimentale. « C’était l’histoire d’un jeune homme, (sous-titre du  livre), dit Sophie Lecarpentier, et nous en faisons l’histoire d’une bande d’amis, rassemblés autour de lui. Se dessine alors le portrait d’une génération de quarantenaires qui cherchent un idéal, et ne le saisissent que rarement, qui rêvaient de contribuer à l’histoire de leur  temps, mais qui se sont seulement condamnés à en faire partie. Comme dans un tableau impressionniste, on croque des moments de vies: des fêtes, discussions politiques, fous rires, histoires d’amour et de famille, renoncements,  disputes, envies, mais aussi désirs, passions velléités, ambitions… »

Frédéric Moreau, un jeune héritier de dix-huit ans arrive à Paris et voudrait y construire sa vie mais il ne sait pas trop à quoi se consacrer. Il y retrouve des amis, fréquente aussi, entre autres, Rosanette, Madame Dambreuse mais tombera très amoureux de Marie Arnoux, l’épouse d’un riche marchand d’art, une femme d’abord inaccessible. Il caresse un projet de grand voyage. Ne sachant que faire les premiers jours, il rôde sur les places de Paris, joue au tennis et se voit marchand de tableaux. Il retrouve son vieux copain Henri qu’il héberge, se rend à un bal costumé. « Ce qui compte dans le temps présent, ce n’est pas le travail, c’est le regard ! »

Puis Frédéric et Marie vont à la piscine. Rose, une amie, trente sept ans veut un enfant mais son compagnon n’en veut pas : «L’idée d’être père est grotesque, inadmissible. Un jour on se réveille et on est devenu vieux. On ne devrait pas accepter ce qu’on n’aime pas! » On retrouve Rose séparée, sans enfant redevenue gaie….

La mise en scène de Sophie Lecarpentier est précise et fluide, avec un bon rythme, et elle a réussi des effets réalistes avec des projections d’images. La scénographie réduite au strict minimum avec rideaux blancs et quelques accessoires,  permet de passer facilement de l’extérieur à l’intérieur des appartements contemporains. Stéphane Brel, Valérie Blanchon, Xavier Clion, Vanessa Koutseff, Solveig Maupu et Julien Saada, bien dirigés,  sont à l’aise et passent sans difficulté d’un personnage à l’autre; il y aussi en voix off, un narrateur (Frédéric Cherboeuf).

On se perd agréablement dans ces fragments de vies qui ont été inspirés à la metteuse en scène et à ses six comédiens, par le roman de Gustave Flaubert et le film de François Truffaut mais aussi par les  œuvres d’Eric Rohmer, Marguerite Yourcenar et Rainer Maria Rilke…

Edith Rappoport

Théâtre 13 Jardin, Paris 103 A boulevard Auguste Blanqui, Paris XIIIème,  jusqu’au 18 février. T. : 01 45 88 62 22.

 

Mamie Rôtie texte d’Yvan Corbineau, mise en scène d’Elsa Hourcade

©TCARON

©TCARON

 

Mamie Rôtie texte d’Yvan Corbineau, mise en scène d’Elsa Hourcade

Nous n’avions pu encore voir ce spectacle créé il y a plusieurs années et déjà très réputé et qui s’est joué un peu partout en tournée. C’était l’occasion ou jamais : il passait à Houilles, au Centre culturel de la Graineterie, dans la rue Gabriel Péri de notre enfance, celle où notre grand-mère justement achetait ses plants de fleurs, et pas très loin de la pâtisserie Ampilhac, de  la boucherie Foucault, de la quincaillerie del Bracio, de la charcuterie Leclerc, de la boutique de vêtements Cochet,  tout un monde à jamais disparu mais aussi de la boucherie Poiget, elle encore là,  tout comme la cellule du Parti Communiste Français, toujours au même endroit, plus d’un demi-siècle après…

 Yvan Corbineau, comédien et auteur, a été élève de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg. Il a écrit ce monologue où il parle de sa vieille grand-mère qui n’allait plus très fort. Elle reste dans son lit, ne bouge plus et ne parle plus. Ici jamais visible mais figurée par une sorte de gros édredon. Et quand il va la voir dans sa maison de retraite jusqu’à sa mort, en juin 2008, il invente tout un monde à lui pour la distraire. Ici, avec tout un monde d’objets burlesques comme ces grandes cartes postales qui circulent sur un fil, de petites pancartes, mais aussi des papiers découpés qu’il fait glisser et qu’il assemble en ombres sur la vitre d’un rétroprojecteur,  ou avec des projections d’images de vacances. Vous avez dit naïf ? Pas tant que cela, et  d’une belle poésie.

  L’acteur-auteur dit aussi de petits textes où il joue volontiers sur le langage: «Ma mie rôtie, ma mie jolie… ma mie, c’est cuit, ma mie et puis? », avec devinettes, comptines, petites chansons, air de trompette. Et il a imaginé  aussi un théâtre d’objets animés ou pas, comme ce merveilleux lit en bois miniature, ou ces formidables petits écriteaux qui, comme par magie, s’enflamment-créés par  Balthazar Daninos-en interaction avec ce poème où affleure parfois la nostalgie d’un monde de l’enfance entre cruauté et douceur de vivre, qui va se refermer. Le narrateur sait bien en effet que les jours de Mamie Rôtie sont maintenant comptés et que, dans ce cas, la tendresse n’est pas un luxe, même si certains passages sont pleins d’un humour assez acide. Malgré quelques baisses de tension, on ne décroche pas…

La fin avec l’évocation de la mort de Mamie rôtie est vraiment émouvante, et on sentait que le public avait les larmes aux yeux. C’est juste un grand spectacle, avec de fort jolis bricolages qui auraient bien plu à Claude Lévi-Strauss. Pour le bricoleur, écrivait-il dans La pensée sauvage (1962) «La règle de son jeu est de toujours s’arranger avec les “moyens du bord”, c’est-à-dire un ensemble à chaque instant fini d’outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l’ensemble n’est pas en rapport avec le projet du moment, ni d’ailleurs avec aucun projet particulier, mais est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d’enrichir le stock, ou de l’entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures. » Ce qui n’est pas incompatible avec la rigueur scénique dont fait preuve Yvan Corbineau dans le déroulement de cette Mamie Rôtie. En tout cas, si vous le croisez sur votre route, cela vaut le coup d’y aller voir…  Nous avons aussi le plus grand besoin de ce genre de spectacle, à mille kilomètres des grandes machines des théâtre nationaux (suivez notre regard!) à la fois coûteuses et souvent guère passionnantes…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 27 janvier à La Graineterie, Pôle culturel municipal et centre d’art, 27, rue Gabriel-Péri, Houilles (Yvelines). T. : 01 39 15 92.

La Parcheminerie, les 7, 8 et 9 février,  23, rue de la Parcheminerie. la Parcheminerie – Rennes T.:
02 99 63 13 82.

Centre Arc-en-ciel  à Lievin  (Pas-de-Calais) avec Culture Commune, Scène nationale du bassin minier du Pas de Calais, les 20 et 21 mars.

Pour découvrir le 7 février au soir Le Bulldozer et l’olivier
Chapiteau Raj´ganawak  et  le 10 février
3 rue Ferdinand Gambon, Saint-Denis ( Seine-Saint-Denis).

Paris – Péniche Adelaïde , le  11 février à 16h, 46 quai de Loire, Paris 19ème.

 

Longueur d’ondes- Histoire d’une radio libre, mise en images de Paul Cox, et mise en scène de Bérangère Vantusso

Festival Odyssées en Yvelines (XI ème édition) au Centre Dramatique National-Théâtre de Sartrouville (Yvelines)

 

Crédit photo : J-M Lobbé

Crédit photo : J-M Lobbé

Longueur d’ondes- Histoire d’une radio libre, mise en images de Paul Cox, et mise en scène de Bérangère Vantusso

En mars 1979, au cœur du bassin sidérurgique de Longwy,  Radio Lorraine Cœur d’Acier, l’une des premières radios libres françaises commence à émettre . Cette RLCA devient ainsi le média privilégié du combat des ouvriers pour préserver leur emploi menacé par la fermeture imminente de leur usine et contre les délocalisations à venir.

 Sauvegarde d’une dignité sociale,  cette radio s’est élevée au-dessus des luttes nécessaires du jour, pour devenir une radio effectivement «libre». Les femmes d’ouvriers, les personnes âgées et les jeunes gens-et pas seulement la C. G. T., fondateur actif de la radio – ont jeté  leur dévolu sur cet outil de communication afin de s’exprimer et de se dire en racontant,  ou de raconter en se disant. Que signifient encore dans les années 1970, le syndicalisme et le militantisme ? Les paroles de sidérurgistes se font entendre grâce aux archives sonores collectées. Marcel Trillat et Jacques Dupont, des journalistes professionnels aident à cette création. Afin de donner à connaître les pratiques d’une ville et d’une région auxquelles la population du bassin de Longwy est confrontée, tel le refus de nombreux médecins de  prescrire la pilule aux femmes désinformées  au lieu d’avoir recours à un avortement.

 Les travailleurs, leurs épouses et enfants, leurs voisins, et aussi des inconnus ont créé leur radio, donnant la parole à ceux qui ne l’avaient pas, ainsi les immigrés qui ont pu s’exprimer en langue arabe dans une émission qui se chargeait de la traduction.Un accès à la culture et à l’Histoire, une parole donnée enfin à l’autre et aux autres. Inventée avec humanité, belle écoute et désir de partage, les habitants de Longwy, décidés, ont défendu leur radio avec élan et force contre le cynisme. Soit l’incarnation vive d’une insoumission collective, via la parole et la réflexion. Une expérience démocratique fondatrice, un apprentissage inouï, des souvenirs inoubliables et de belle mémoire pour la metteuse en scène Bérangère Vantusso. Ce sentiment de libération collective éprouvé par l’enfant qu’elle était alors en 1979, est comme saisi à nouveau par elle aux rassemblements de Nuit Debout.

 Ainsi, la dernière création Longueur d’ondes a pu naître de cette mémoire heureuse d’une histoire vécue de la Lorraine jusqu’à sa transmission aux jeunes générations. Sans oublier les tristes épisodes de l’intervention des forces de l’ordre et du brouillage pour mettre fin à ces émissions de nature… profondément subversive! La forme du spectacle s’inspire de l’art du conte,  que Bérangère Vantusso a découvert au Japon, avec le kamishibaï, roman graphique que l’on effeuille en parlant à un castelet où on a glissé un jeu facétieux de planches dessinées.

Le narrateur nippon s’appuie sur les planches pour faire avancer son récit, et Paul Cox pour Longueur d’ondes assure la peinture et le graphisme du projet scénique. Images et récit s’entrelacent, s’interpellent et se répondent en une vision poétique.Dans un studio d’enregistrement artisanal mais bien concret, avec des sons d’archives, des tubes d’époque et des entretiens réalisés et conservés. Avec le papier pour support des images et des mots, les syllabes s’inversent- drôle de matériau de récit-les mots changent de sens : leur/travail devient travailleur.

La lutte ouvrière est historique et éveille à une conscience de soi, personnelle et collective, à la fois intérieure mais aussi dans un échange avec l’autre. Hugues de La Salle et Marie-France Roland sont de magnifiques performeurs, didactiques, heureux d’en découdre avec la scène et le public, s’efforçant de clarifier leur propos, dansant avec les planches qu’ils font glisser, inventant la vie.

 Véronique Hotte

Théâtre de Sartrouville, séances dans les lycées, jusqu’au 14 mars. www.odyssees-yvelines.com

Studio-Théâtre de Vitry-sur-Seine, du 23 au 26 mars.
L’Hectare, Scène conventionnée de Vendôme, du 9 au 10 avril. NEST-Centre Dramatique National de Thionville-Lorraine, du 14 au 19 avril.

Kodak chorégraphie d’Alan Lucien Øyen

Kodak chorégraphie d’Alan Lucien Øyen

©Jean Couturier

©Jean Couturier

Entre théâtre et danse, le chorégraphe norvégien ne choisit guère son camp ! Et il se prépare à faire prochainement une mise en scène au Tanztheater de Wuppertal de Pina Bausch. Les dix artistes du GöteborgsOperans Danskompani, tous excellents comédiens et danseurs, nous emportent dans un  monde d’images. La scénographie mouvante de Leiko Fuseya évoque avec nostalgie les mythes du cinéma hollywoodien : Mickey, E.T., la cigarette des acteurs ou encore la voix sensuelle de blondes comédiennes… Des musiques comme celle d’In the Mood for love de Wong Kar Wai nous emportent dans une sorte de La La Land de Damien Chazelle (2016) et qui reçut de nombreux Oscars et où Mia,  une actrice en devenir,  sert des cafés entre deux auditions .

«La Californie est dans nos cœurs» dit un danseur. L’image d’aujourd’hui, instantanée et éphémère, visant très souvent à l’autocélébration, a remplacé la photo d’hier. «Kodak pour les moments de votre vie», affichait le slogan de la célèbre marque. La photo était jadis un art que la diffusion massive des images numériques a abâtardi. «L’important n’est pas de filmer mais de bien cadrer, la réalité n’est pas du cinéma», dit ici l’un des personnages, caméra en main. Cette réflexion  paradoxale définit le pouvoir des photographies d’autrefois, objets de fantasmes et de rêves. Différents tableaux se succèdent évoquant l’histoire d’un fils venant de perdre sa mère qui faisait de la photographie, morte d’avoir trop respiré les produits chimiques de son labo photo…et d’avoir aussi trop fumé : «Elle aimait la chambre noire, dit-il, c’est là où elle pouvait être elle-même».

Les danseurs ont des mouvements harmonieux et simples, comme dans les comédies musicales d’antan. Le surtitrage français parasite parfois l’image et nous oblige à un choix difficile. Ce spectacle-d’une heure vingt-cinq seulement-paraît un peu long mais évoque joliment la nostalgie des artistes de la fin du XXème siècle : «Des gens seuls ensemble» qui ont nourris nos imaginaires et nous ont donné le goût du spectacle. Une manière aussi de fuir la réalité de nos vies quotidienne.

Jean Couturier

Spectacle représenté au Théâtre National de la danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVIème, du 25 au 27 janvier.      

Oncle Vania d’Anton Tchékhov, traduction et mise en scène de Démosthène Papadopoulos,

Oncle Vania d’Anton Tchekhov, traduction et mise en scène de Démosthène Papadopoulos

09Le célèbre auteur russe est bien connu du public grec qui a eu souvent l’occasion de voir mises en scène pratiquement toutes ses pièces. Et nos grands comédiens ont presque tous attaché leur nom aux grands rôles tchekhoviens, comme en entre autres, celui d’Oncle Vania  qui symbolise l’effort d’un homme fier de se donner tout entier à son travail, pourvu qu’il soit reconnu. Et, autour de lui,  ses compagnons de route avec leurs  éternelles valises fortifient sa «gloire»…

Mais Démosthène Papadopoulos n’est pas toujours arrivé à trouver le ton juste, quand il veut  montrer la décadence de ces personnages. En fait, il  a un certain mal à trouver le chemin vers la modernisation de la pièce qu’il recherchait. Cet acteur, apprécié par la critique et par le public grecs, a une grande expérience de la scène, ce qui aurait pu garantir la création d’une atmosphère, puisqu’il joue aussi cet oncle Vania, loin des bienséances théâtrales mais… loin aussi du véritable personnage.

Reste seulement ici la structure de la pièce et il y a un certain aller dans la mise en scène et la direction d’acteurs. En effet, Vassilis Bisbikis (le docteur Astrof) semble mal à l’aise, Thalia Matika (Elena) est à la limite d’une sexualité extravagante et Sophia Panagou donne à Sonia une certaine austérité mais en décalage avec le reste de la troupe. Théodoros Kandiliotis (Sérebriakov), Dimitris Diakossavas (Marie), Dimitris Kapétanakos (Téléguin) et Manos Kazamias (Marine)  jouent, eux bien dirigés, ces personnages secondaires mais il n’y a guère d’unité dans le jeu. La scénographie de Stavros Litinas permet une bonne communication entre l’intérieur et l’extérieur de la maison, mais malheureusement les costumes d’Ilénia Douladiri frisent le n’importe quoi… Dommage.  

Nektarios-Georgios Konstantinidis  

Théâtre Anessis, 14 Kifissias avenue, Ambelokipi. T.: 0030 210 74 88 881  https://www.youtube.com/watch?v=uU29InQMHqQ

ΘΕΙΟΣ ΒΑΝΙΑΣ – ΘΕΑΤΡΟ ΑΝΕΣΙΣ | Official Trailer www.youtube.com Άντον Τσέχωφ Θείος Βάνιας Σκηνοθεσία: Δημοσθένης Παπαδόπουλος Ηλεκτρονική προπώληση …

 

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