Helen K., texte et mise en scène d’Elsa Imbert

 

Helen K., texte et mise en scène d’Elsa Imbert (spectacle jeune public, à partir de huit ans)

helen KLe principe de la Comédie Itinérante est un projet de développement artistique et culturel du territoire initié par la Comédie de Saint-Etienne. Avec comme but, « faire découvrir des auteurs vivants, et partager un théâtre d’aujourd’hui qui parle d’aujourd’hui ». Mais aussi proposer des temps de rencontre avec les artistes.
Helen K. est l’histoire de Miracle en Alabama de William Gibson qui se joue actuellement au Théâtre La Bruyère (voir Le Théâtre du Blog): celle réelle d’Helen Keller, une petite fille qui, bébé, devint aveugle, sourde et muette à la suite d’une scarlatine et qui, grâce à la ténacité d’Annie Mansfielfd Sullivan, une jeune éducatrice passionnée, réussira à recouvrer en partie la parole. Annie la prendra entièrement en charge avec une grande amitié, et malgré son handicap, Helen  intégrera une Université et fera de brillantes études supérieures.
Ici, il ne s’agit pas d’une adaptation de la nouvelle de William Gibson mais plutôt d’une réécriture de cette histoire par Elsa Imbert, assistant d’Arnaud Meunier, le directeur de la Comédie de Saint-Etienne. « Au delà de la question du handicap, dit la metteuse en scène, l’histoire d’Helen Keller m’intéresse également, parce qu’elle nous montre à quel point l’apprentissage du langage transforme notre perception du monde. Le langage vient éclairer le monde noir et silencieux d’Helen. » A part ces bonnes intentions, que se passe-t-il sur le plateau? Quelques branches d’arbre  ancrées dans des cubes-pas très beau et encombrant-et une table pour seul décor, et pour ce Miracle en Alabama, on dira de poche, trois comédiens au lieu d’une dizaine, comme dans l’adaptation de Marguerite Duras.
Au début, on se dit que ce n’est pas une sotte idée que cette adaptation où Elsa Imbert veut aborder la question du handicap devant des enfants, ce qui nous renvoie en somme, dit-elle comme dit, un texte bien pâlichon, une mise en scène et une direction d’acteurs aux abonnés absents. Maybie Vareilles se sort tout juste de ce rôle difficile de miss Sullivan, et Stéphane Piveteau qui joue plusieurs personnages, annone son texte et n’est pas crédible une seconde! Seule, Leïla Ka, danseuse qui interprète la petite Helen sourde et muette, a une belle gestuelle et finit par s’imposer.

Quant au jeune public, les plus petits semblent regarder sans trop comprendre le message sur le handicap qu’on voudrait leur faire passer, et les plus âgés trouvaient  ces cinquante cinq minutes plus que longuettes et visiblement s’ennuyaient. Il y a juste une minute-particulièrement réussie-d’une danse sur une table avec Helen et Miss Sullivan. Mais l’ensemble n’est guère convaincant et ne mérite pas qu’on s’y attarde… Dommage pour les enfants de Chambon-sur-Lignon, ce formidable village marqué par une tradition protestante, qui fut un des piliers de la Résistance et qui sauva de très nombreux Juifs pendant la dernière guerre. Il possède depuis quelques années un beau lieu de mémoire dont nous vous reparlerons.

Philippe du Vignal

Spectacle vu à la salle polyvalente de Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire),  le 2 mars.

La Chaise-Dieu, auditorium Cziffra, Place Lafayette, le 9 mars, 14 h et 20 h 30. T.: 04 71 00 01 16.
Sainte Sigolène, Auditorium-Maison de la musique, avenue de Marinéo, le 16 mars à 16 h 30 et 20 h 30.

 Saint-Didier-en-Velay salle polyvalente, complexe sportif de La Péchoire, le 13 mars à 14 h et 20 h. T.:  04 71 61 14 07.

Pélussion, salle des fêtes, rue de la Maladière, le 15 mars, 14 h et 20 h. T: 04 74 87 62 02

Costaros Salle polyvalente le 17 mars, 20 h 30. T: 04 71 57 88 00 Saint-Etienne, La Comédie/La Stéphanoise, les 21 mars,  à 15 h et 19 h, les 22,  23 mars, à 10 h et 14 h, et le 24 mars, à 17 h. T.: 04 77 25 14 14

 

           

  


Archive pour 6 mars, 2018

En Acte(s) : quatrième édition

En Acte(s) : quatrième édition

 «Une sorte de laboratoire, indissociable de la création et de la représentation  et dont le texte est le cœur» : Maxime Mansion définit ainsi ce festival fondé en 2014 par sa compagnie En Acte(s). Il part du principe que les auteurs, comme les acteurs et metteurs en scène, ont besoin d’un espace de travail pour affiner leur recherche dramatique.

Règle du jeu, immuable et imposée: une commande passée à de jeunes écrivains (mais aussi à certains plus expérimentés) d’un texte, d’une heure au plus, pour cinq comédiens maximum. Un metteur en scène accompagne chaque auteur pendant l’écriture (deux ou trois mois) puis dispose de douze jours pour mettre la pièce en jeu, avec des acteurs de son choix. Plateau nu, texte su, sans régie technique : son et lumière, si nécessaires, sont pris en charge par les comédiens. Vingt-six pièces ont déjà vu le jour, lors des précédentes éditions. En Acte(s), reçu cette année au T.N.P. à Villeurbanne, en présente dix-sept, en alternance et regroupées sur trois samedis. La troisième semaine, ont été invités des textes venus de pays africains, des départements et territoires français d’Outre-Mer, de Belgique et du Québec… et un spectacle bilingue, en créole réunionnais et en français.

 En ce premier samedi de mars, un spectateur assidu aura ainsi pu voir cinq pièces d’affilée, prises en charge par cinq équipes différentes. Une plongée dans le vif des préoccupations d’aujourd’hui, les textes devant «faire écho à l’actualité » qui ne manque pas de thèmes préoccupants !  Par exemple, le chômage et la difficulté pour les jeunes d’entrer dans la vie active et de s’insérer dans notre société,  comme dans Un coin tranquille de Thibault Fayner. Y rôde le fantôme d’une grand-mère à la mémoire qui flanche…La  mise en scène d’Anne-Laure Sanchez peine à rassembler les monologues épars de ce corpus, quoique très bien écrits, suscités par la mort de l’aïeule.

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cheznous ©michelcavalca

 Dans la pièce de Julie Ménard, Ouvreuse, l’intolérable présence des sans-abri et la maladie mentale d’un frère nourrissent la révolte d’une jeune femme, ouvreuse à l’occasion mais surtout pilier de bar. L’inertie du monde lui semble intenable, et elle va se laisser déborder -trop de rancœur et trop d’alcool- et à la fin, personnage et pièce partiront à la dérive… Malgré l’interprétation vigoureuse de Valentine Vittoz, mise en scène par Lucie Rébéré.

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les morts intranquilles_©michel Cavalca

 

L’actualité, vécue en direct -la visite de président de la République française au Burkina Faso- a conduit Aristide Tarnagda à convoquer des figures historiques dans Les Morts intranquilles. Dans un bar de Ouagadougou, tenue par une femme à poigne, la télévision diffuse l’intervention d’Emmanuel Macron à l’université  et l’humiliation scandaleuse que le Français infligea à son homologue burkinabé, Roc Marc Christian Kaboré. La bière aidant, les langues vont bon train entre les clients du débit de boisson. La tenancière (Alizée Bingöllü), elle aussi ne mâche pas ses mots quant aux dirigeants de la soit disant « patrie des hommes intègres ». Quand arrive l’heure de la fermeture, la conversation de bistrot glisse progressivement vers la tragédie. Un personnage jusque là resté muet dans un coin vient confesser son crime. Il s’agit du président déchu, Blaise Compaoré, revenu d’exil à l’appel d’un fantôme : son presque frère, Thomas Sankara, dont il a le sang sur les mains. Assassiné en 1987, il hante la conscience du fratricide… Comme il hante la mémoire de ses compatriotes, portée par les belles envolées lyriques d’Aristide Tarnagda. Les comédiens, dirigés par Sylvie Mongin-Algan donnent une couleur surprenante à cette langue effervescente, autrement que le feraient des interprètes africains, ce qui ne manque pas d’intérêt. L’auteur propose ici une suite à Sank ou la Patience des morts, centré sur le personnage de Thomas Sankara. On entre ici dans un tout autre registre que celui des œuvres précédentes et on entend, dans cette écriture, l’urgence de la révolte.

 

irrépressible ©Michel cavalca

irrépressible ©Michel cavalca

Les commandes gagnent parfois à être un peu détournées, comme l’a fait Kevin Keiss qui, avec Irrépressible, convoque un trio de cœurs brisés. Des jeunes gens se cherchent à travers leurs manques : d’amour, de perspective sociale et de lendemains qui chantent… Marine, Antoine et Gaspard disent leur peine à vivre et leur désir de combler une béance de sens. Sous la direction de  Baptiste Guiton, Juliette Savary s’engage à fond dans l’incarnation d’une personnalité complexe, autour de laquelle se structure une action dramatique bien menée.

Dans la plupart de ces textes, les personnages féminins, qu’ils émanent d’auteurs ou d’autrices, offrent de beaux rôles aux actrices. Dans l’ensemble, cette brochette d’une vingtaine de comédiens, relativement jeunes pour la plupart, défend avec conviction ces textes à l’encre parfois encore fraîche…. Les organisateurs d’En Acte(s) et les compagnies assument ici avec générosité les risques de toute commande d’écriture. Un véritable marathon s’engage alors chaque semaine pour les acteurs et, malgré la fragilité de ces textes vite troussés, le travail de plateau, sans régie ni décor, reste rigoureux.

 Chantier ouvert au public, ce festival met en présence et en valeur comédiens et auteurs. Que deviendront ces spectacles embryonnaires et ces textes tous édités dans un recueil publié pour l’occasion ? L’avenir le dira. Mais cela aura été un moment de rencontres pour plusieurs compagnies théâtrales et un possible tremplin pour les auteurs …

 Mireille Davidovici

Spectacles vus le 3 mars au Théâtre National Populaire, 8 place Lazare-Goujon, Villeurbanne (Rhône). T. : 04 78 03 30 00

 Du  6 au 10 mars : Bokono d’Antonin Fadinard, mise en scène d’Olivier Borle; La Disparition de Guillaume Cayet, mise en scène de Michel Raskine ; Et après de Marilyn Mattei, mise en scène de Julie Guichard ; On dit que Josépha de Gwendoline Soublin, mise en scène de Philippe Mangenot ; Il faut sauver Amour/Anna de Judith Zins, mise en scène de Maïanne Barthès.

Du 14 au 17 mars Kisa mi le de Daniel Léocadie et un spectacle sonore avec les textes de Maxime Brillon (Canada) Jeanne Diama (Mali), Iuvan (Belgique) Aïssa- Boucary Maïga (Mali), Kostadis Mizaras(Grèce), Kibsa-Anthony Ouedraogo (Burkina Faso) Kiswinsida Ali Ouedraogo (Mali)

Un recueil des dix-sept pièces présentées est publié à l’occasion de la manifestation par l’édition EN ACTE(S).

 

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