La Femme®n’existe pas de Barbara Métais-Chastanier, d’après La Colonie de Marivaux, mise en scène de Keti Irubetagoyena

©© Natalie Beder

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La Femme®n’existe pas de Barbara Métais-Chastanier, d’après La Colonie de Marivaux, mise en scène de Keti Irubetagoyena

La pièce en un acte de Marivaux, peu jouée, paraît écrite à la louche, ou à la truelle, moins fine en apparence que L’Île des esclaves (très jouée). Ne pas s’y fier: bien carrée, elle pose clairement les problèmes. D’abord, celui de hommes. Pour eux, du moins les “masculinistes“, la simple revendication d’égalité leur paraît une insoutenable domination féminine ; pour les autres, ils en restent à la rigolade. Ensuite, celui des classes: toute organisation féministe s’y heurte à un moment ou un autre et Arthénice peut se lancer avec madame Sorbin dans le combat : «Unissons-nous et n’ayons qu’un même esprit toutes les deux.» Mais Arthénice reste la représentante de la noblesse, et sa commère, de la bourgeoisie commerçante. Se pose aussi la question de l’organisation : tout pouvoir est-il abus de pouvoir ? Et, tout simplement, comment se parler en assemblée générale, quelles concessions faire, ou ne pas faire, au départ?

 Marivaux ne se prive pas, lui, de miser sur les défauts dits « féminins » (coquetterie et autres),  et l’on voit bien ici que la question est celle de toute Constituante. Et enfin, brièvement, celle de la colonisation. «Depuis qu’il a fallu nous sauver avec eux (les hommes) dans cette île où nous sommes fixées, le gouvernement de notre patrie a cessé. »  -«Oui, il en faut un tout neuf, et l’heure est venue», répond Madame Sorbin. L’heure «de sortir de l’humilité ridicule qu’on nous a imposée depuis le commencement du monde». Mais à quel prix ? Aucune île n’est déserte, et il y aura des “sauvages“ à combattre et à éliminer…Le spectacle commence par un récit: comment l’armée américaine a déporté les habitants du petit archipel des îles Bikini pour y tester, quelques mois après Hiroshima, une nouvelle bombe atomique et comment l’astucieux Français Louis Réard, fabricant de maillots de bains, s’est emparé du nom Bikini, pour sa publicité: «la bombe anatomique».

Barbara Métais-Chastanier et Keti Irubetagoyena ont pris en main La Colonie comme un outil solide et performant. Deux grandes banderoles publicitaires sur: La femme®longue durée (épouse) et La femme®à usage unique (prostituée) seront saccagées un peu plus loin par des silhouettes paramilitaires habitées des comédiennes. Interpellation du public comme assemblée constituante, bricolages divers et variés, elles font feu de tout bois… qui, parfois prend, très vif, par exemple, quand elles règlent par téléphone, un lourd et vieux téléphone de campagne ou presque de tranchées, le dialogue entre madame Sorbin et son mari ou Arthénice et son prétendant. Mais parfois le feu ne prend pas: l’espace scénique trop vaste disperse le propos et les temps de suspension ne redynamisent pas la réflexion, quoi qu’en pensent peut-être l’autrice et la metteuse en scène.

Mais il reste des moments et des aspects délicieusement intelligents-faisons confiance à ces chercheuses pointues, drôles et sensibles. Les personnages masculins sont presque absents du plateau, mais les garçons y sont présents, quand elles leurs confient des rôles de femme, avec la tendresse et le respect que les hommes devraient avoir envers les femmes. Comédiens et comédiennes à égalité d’énergie avec hauts et bas, et de drôlerie.  Ici, l’on voit que le féminin peut l’emporter sur le masculin, sans douleur.  On a oublié quelque chose: l’amour. Eh ! Oui, l’amour de la petite Lina Sorbin pour Persinet, à la fois caillou dans la chaussure pour cette longue marche des filles, et baume qui guérira l’ampoule… Et madame Sorbin a encore quelque chose à dire à son vieux mari… La question reste ouverte: si, à la fin, les femmes rentrent dans le rang, cela ne clôt rien : « Et, quand même nous n’y réussirions pas, nos petites-filles réussiront »…

Christine Friedel

Théâtre de l’Échangeur, 59 avenue du Général de Gaulle, Bagnolet (Seine-Saint-Denis).  T. 01 43 62 71 20, jusqu’au 10 mars.

 

 

 

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