The Propelled Heart chorégraphie d’Alonzo King

AKLB The Propelled Heart photo3 © Queen B Wharton

© Queen B Wharton

«Tout est danse»,  dit Alonzo King, invité à une rencontre sur le thème Danse et société : comment la pratique artistique favorise-t-elle le vivre ensemble? organisée par la fondation B.N.P. Paribas. Et il précise que la danse vient de l’union entre musique et mouvement, union visible dans la nouvelle création de son Alonzo King Lines Ballet, créée pour la première fois en France, à Chaillot. Cette pièce, frappe d’emblée par l’excellente technique des douze interprètes, en majesté sur scène, et de la chanteuse charismatique Lisa Fischer qui a participé aux concerts des Rolling Stones et de The Police avec Sting, nous emmène avec une maîtrise parfaite, à la découverte de sonorités inhabituelles. Mais  fallait-il trois micros pour cette voix exceptionnelle dans ce théâtre qui a une bonne acoustique ?

Les danseurs, autour de Lisa Fischer, sorte de mère nourricière, sont accompagnés par des cris d’animaux dans la première partie mais ont du mal à trouver une unité et à se coordonner avec la chanteuse. La musique de Jean-Claude Maillard et Lisa Fischer, pleine d’effets sonores et trop présente  sauf aux moments de vocalise, écrase les tableaux dansés de la première partie de cette   heure trente . Il y a plus de cohérence  après l’entracte, avec de beaux mouvements de groupe au sol, et de fulgurants solos et duos  aux gestes étirés d’une grande beauté plastique. La compagnie est basée depuis 1982 à San Francisco et on y retrouve la diversité ethnique de cette ville, mais nous sommes restés un peu déçus par cette création dont nous attendions beaucoup. Le public, le soir de la première, lui a réservé un accueil enthousiaste.

Jean Couturier

Théâtre National de la danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVIème, jusqu’au 16 mars.

       


Archive pour 12 mars, 2018

Dîner en Ville de Christine Angot, mise en scène de Richard Brunel

Dîner en Ville de Christine Angot, mise en scène de Richard Brunel

©Jean-louis Fernandez

©Jean-louis Fernandez

 Marqueur social et rituel d’intégration, le dîner en ville tient une place importante dans la panoplie de la bourgeoisie. Classe sociale qui a tout: le pouvoir, l’argent et un raffinement supérieur avec goût et connaissance des arts. Et  qui veut tout, absorbant ce qui lui résiste, quitte à l’expulser après digestion, ce que font les rapaces nocturnes, «en boulettes de réjection qui contiennent les éléments durs et non digérés des proies qu’ils avalent en entier». Esprit et amabilité règnent, masquant à peine les petites cruautés qu’il faut bien supporter ; si l’on veut «en être». Dialogues serrés et situations aisément reconnaissables : gaffes et griffes d’amour-propre, poison de l’argent dans un couple non homogène comme celui d’une grande et riche actrice et d’un ingénieur du son au chômage, ennui consubstantiel à la soirée, à laquelle on ne mettra pas fin pour autant, les “heureux du monde“ attendant  sans espoir qu’il se passe quelque chose…

Les conversations de ce spectacle créé à la Comédie de Valence-Centre Dramatique National, resteraient banales… sans l’excellente qualité du travail des acteurs. Emmanuelle Bercot joue, tout en finesse, une grande actrice mêlée à ce monde et Valérie de Diedrich donne une originalité à Marie, remarquable professeure de médecine mais maladroite et frustrée. Noémie Devaley-Ressigner campe, elle, une directrice de Scène Nationale, vaillante quand on essaye de la flatter, et qui agite un petit drapeau social. Djibril Pavadé, en ingénieur du son au chômage, apporte le petit caillou dans la chaussure, nécessaire à ce groupe trop policé pour être honnête.  Et en maître de cérémonie-remarquable langue de peste-Jean-Pierre Malo concentre ici dans son jeu l’essence de cette bourgeoisie qui confisque l’art. Rigueur impériale, ironie d’une forme impeccablement dessinée, il renvoie l’image d’un esthète dont Pierre Bergé aura été le modèle abouti. Bref, un quintette d’acteurs dirigé à la perfection par Richard Brunel, et sans concession à une psychologie rédemptrice : le texte ne s’y prête pas, et c’est un bon point.  Ces gens-là disent qu’ils s‘aiment, on les croit, peu importe… Mais ils savent blesser et humilier ceux qui ne sont pas des leurs.

Un autre atout du spectacle: des châssis discrètement mobiles, ouverts ou fermés par un grand rideau gris : un décor rigoureux imaginé par Gala Ognibene (le vide de la mondanité?) “design“, dirait l’esthète qui a «déjeuné avec Andrée Putman», remarquable architecte d’intérieur et designer française des années soixante-dix.  ce dîner en ville, sans table ni repas, serait le théâtre du monde, du moins de ce monde-là… s’il n’y avait une sorte de gêne intéressante. En fantôme, mais avec un regard, Christine Angot est présente, comme en porte-à-faux. Elle fait bien partie de ce monde, le succès aidant, et l’appétit des bourgeois pour les artistes étant ce qu’il est. Incluse, et prise au piège des bonnes manières, et d’une certaine fadeur. Et en même temps, non. Un dîner de choix… mais où les non-dits n’ont pas la puissance de ceux d’un Harold Pinter !

Christine Friedel

Théâtre de la Colline, rue Malte-Brun, Paris XXème jusqu’au 1er avril. T. : 01 44 62 52 52.

 

Dans le cercle des hommes du Nil , mise en scène d’Hassan El Geretluy

© Nabil Boutros

© Nabil Boutros

 

Dans le cercle des hommes du Nil, chorégraphie d’Ibrahim Bardiss et Dali El Abd, mise en scène d’Hassan El Geretluy

 Dans la pénombre, entrent lentement les danseurs et musiciens en robe blanche, de l’école Medhat Fawsy, une troupe de Mallawi (Haute-Egypte). Ils se placent en demi-cercle au son des darbouqua pour leurs spectacles conçus partir du tahtib ou art du bâton, une pratique séculaire, à la fois danse et art martial, peut-être issue de l’époque pharaonique. Pour retrouver la mémoire de ce tahtib, dit Hassan El Geretly, l’école Medhat Fawsy, du nom d’un grand maître, s’inspire des joutes traditionnelles encore pratiquées dans les mariages, avec de nouvelles formes, sous la direction de chorégraphes contemporains.

© Nabil Boutros

© Nabil Boutros

Le spectacle se compose de plusieurs tableaux, dont certains uniquement musicaux. Les hommes à l’aise dans leur galabiya, ample robe à six pans aux différentes tonalités de blanc, brandissent ensemble leur bâton et le font siffler d’un coup sec, en circonvolutions ou arabesques. Puis se succèdent solos et duels impressionnants où ils évitent de justesse de se toucher. Le son des bâtons violemment heurtés se mêle à la musique. Très présente et surtout fondée sur des percussions, elle suit ou impulse les rythmes, selon le style des danseurs. Se joignent parfois  à l’orchestre, deux mizmar, des instruments à anche double de la famille des hautbois, au son aigrelet.

 Ces joutes étonnantes et  danses harmonieuses, mises en scène avec une grande précision, sous les beaux éclairages de Camille Mauplot, se présentent comme des rituels mais sans folklore, restitués à l’aune d’une esthétique contemporaine. On est séduit par la grâce à la fois virile et féminine de ces danseurs, par la synchronisation de leurs gestes et le juste dosage entre mouvements et musique…

 Mireille Davidovici

Musée du quai Branly-Jacques Chirac, 37 quai Branly, Paris  VII ème, jusqu’au 18 mars. T. 01 56 61 70 00.

 Projection d’un documentaire sur l’art du bâton, le 16 mars.

 

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