Un Mois à la campagne d’Ivan Tourgueniev, mise en scène d’Alain Françon

Un Mois à la campagne d’Ivan Tourgueniev, nouvelle traduction et adaptation de Michel Vinaver, mise en scène d’Alain Françon

 

©Michel Corbou

©Michel Corbou

La pièce, écrite en 1850, fut créée en 1879 seulement, à cause des censeurs qui n’appréciaient pas que l’auteur parle des états amoureux de cette jeune bourgeoise, mariée et mère d’un petit garçon de dix ans. Le texte avec des monologues intérieurs, déjà très moderne, est d’une grande richesse, Et Constantin Stanislavki qui l’avait mis en scène, appréciait beaucoup cette pièce, la plus connue de son auteur et fondée, disait-il, « sur les méandres les plus subtils de l’expérience amoureuse». Ivan Tourgueniev avait déjà eu des ennuis avec cette même censure pour Le Pain d’autrui (1848), à cause d’une critique virulente des bourgeois russes.

Natalia Petrovna, bientôt trente ans- elle en aurait  quarante maintenant-s’ennuie auprès de son mari Arkadi, un riche propriétaire qui ne s’occupe pas beaucoup d’elle. Surveillée par sa belle-mère autoritaire et prête, mais sans le savoir elle-même, à connaître une histoire d’amour…Situation théâtrale classique: un inconnu, nouveau venu dans un milieu qui n’est pas le sien, rebat les cartes du jeu et les relations familiales s’en trouvent vite bouleversées… Aleskseï, un  bel étudiant de vingt-et-un ans engagé comme précepteur de Kolia, le fils d’Arkadi et de Natalia, ne parle pas le français, ce qui est pourtant fréquent en Russie à l’époque dans les bonnes familles mais il a de quoi séduire. Aimable, cultivé et poli, il sait aussi chasser, fabriquer des cerfs-volants et des feux d’artifice. Bref, il a tous les atouts en main pour être aimé par le petit Kolia mais aussi provoquer le désir de Vera, une orpheline de dix-sept ans qui verra vite une rivale en Natalia, la séduisante bourgeoise, qui, elle aussi, est attirée sans se l’avouer, par ce beau jeune homme qui n’a rien des hommes qui l’entourent.

Sans doute pas très consciente de ce qui lui arrive-Natalia va pousser la jeune et pauvre Véra à épouser Afanasi, un ami de son mari, plus très jeune pour l’époque soit quarante-huit ans, mais riche, ce qui mettrait Vera à l’abri du besoin. Natalia a quelques remords mais elle l’avouera à Alekseï, séduit par sa sincérité. Vera voit qu’elle n’intéresse pas Alekseï, et dit qu’elle épouserait bien finalement le vieil ami d’Arkadi qui, lui, croit à tort-enfin, on ne sait pas trop !-que Rakitine la trentaine, (remarquable Micha Lescot), un ami de la famille cherche à séduire Natalia. Alekseï prend alors conscience de la situation ; un peu dépassé par  tout cela, il se décidera alors à partir… Bref, la villégiature de ce mois à la campagne touche à sa fin  mais Alexei aura réussi à semer une belle pagaille amoureuse dans cette petite communauté.
  Ici, peu d’événements, pas de coup de théâtre. Mais des dialogues ciselés et une fine analyse des émotions amoureuses qui annonce bien sûr, les pièces d’Anton Tchekhov. La pièce, peu souvent jouée à cause d’une importante distribution, est pourtant passionnante malgré un début un peu lent, et a pour pivot, le personnage de Natalia qui a tout pour séduire une actrice  comme Jeanne Moreau, Isabelle Huppert qui l’avait jouée en 89 dans une mise en scène de Bernard Murat, Clotilde de Bayser,  ou Delphine Seyrig  ou encore Emmanuelle Riva, au cinéma.

Alain Françon a, comme toujours, réuni une solide distribution: Jean-Claude Bolle Reddat, Laurence Cote, Catherine Ferran, Philippe Fretun, India Hair, Micha Lescot, Guillaume Lévêque, et Anouk Grimberg qui fait le boulot-mais sans avoir vraiment l’âge du rôle de Natalia-et ne nous a pas toujours paru crédible. Parfois même un peu en force avec sa voix si particulière pour imposer ce personnage de femme autoritaire qui se découvre amoureuse.
 Mais bon, ce soir de première n’était visiblement pas le bon jour, et les comédiens étaient déstabilisés par une colonne centrale mal arrimée et que les régisseurs ont eu le plus grand mal à faire remonter dans les cintres! Pathétique! Il faudra aller revoir ce spectacle mais ailleurs que dans cette salle médiocre où on entend mal-sans doute un peu à cause de châssis fermant en partie la scène-curieuse et bien peu efficace scénographie!-et où on voit mal ce qui se passe sur le plateau, en particulier quand les personnages sont assis au sol…Ici, tout ou presque nous parait lointain et comme presque extérieur!

Alain Françon, ancien directeur du Théâtre de la Colline et remarquable metteur en scène, mérite mieux que ces conditions médiocres et on comprend qu’il ne soit pas venu saluer avec ses comédiens! On comprend mal aussi qu’un théâtre national n’ait pas accueilli la mise en scène de cette pièce écrite il y a deux siècles et demi, qui a de si belles fulgurances, et qui sonne de façon si actuelle…

Philippe du Vignal


Théâtre Dejazet, 41 boulevard du Temple,  Paris IIIème. T: 01 48 87 52 55, jusqu’au 28 avril.

Le texte est édité chez  L’Arche Editeur

 

 

 

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...