Camille Claudel, de l’ascension à la chute, écrit et mis en scène de Wendy Beckett,

 

Camille Claudel, de l’ascension à la chute, écrit et mis en scène de Wendy Beckett, chorégraphie de Meryl Tankard

© Christine Coquilleau

© Christine Coquilleau

 La sculptrice Camille Claudel (1864-1943) a fait l’objet de plusieurs films: Camille Claudel de Bruno Nuytten il y a trente ans avec Isabelle Adjani, à partir du livre de Reine-Marie Paris, la petite-fille de Paul Claudel qui fit redécouvrir l’œuvre de sa grande-tante. Puis, entre autres Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont, avec Juliette Binoche, et le très beau Rodin de Jacques Doillon l’an passé, avec Izïa Higelin.
Mais aussi de plusieurs ballets et  de spectacles de théâtre, Camille de Sophie Jabès (voir Le Théâtre du Blog) et celui de Charles Gonzales qui reprend actuellement son Camille Claudel au Théâtre de Poche-Montparnasse…

 Cette sœur de l’écrivain, fut très jeune passionnée par la sculpture ; soutenue par son père mais pas du tout par sa mère, qui s’y opposera durement à sa passion. Elle devint vite la collaboratrice et la maîtresse d’Auguste Rodin (mort en 1917) dont elle aurait eu deux enfants. Et elle participera à plusieurs sculptures-entre autres ses très fameux Bourgeois de Calais. Et l’artiste l’admirait beaucoup: «Mademoiselle Claudel est devenue mon praticien le plus extraordinaire, je la consulte en toute chose.»
Mais après une dizaine d’années de passion amoureuse, Rodin qui vivait déjà avec Rose Beuret dont il avait deux enfants, va s’éloigner de Camille et ils se sépareront en 1892.  Paul Claudel dans une lettre évoquera un avortement clandestin de sa sœur la même année, ce qui l’aurait précipité dans la folie. Très connue et appréciée comme sculptrice, elle aura cependant moins de commandes et vivra dans la solitude, la saleté et la misère. Elle sombrera vers 1905 dans la paranoïa, persuadée que son ancien amant la persécutait…  Son vieux père qui la défendait contre sa mère, mourra en 1913 et Camille ne sera même pas prévenue de son décès. Ce qui la bouleversera. Devant son état, son frère et sa famille la feront interner. D’abord à Ville-Evrard en Seine Saint-Denis, où fut aussi hospitalisé Antonin Artaud en 1939. Transférée en 1915 à l’asile d’aliénés de Montdevergues à Montfavet (Vaucluse), elle y restera jusqu’à  sa mort en 43. Sans doute atteinte psychiquement mais surtout seule et malheureuse mais parfois assez lucide pour écrire au médecin: «Ma mère, mon frère et ma sœur n’écoutent que les calomnies dont on m’a couverte. On me reproche (ô crime épouvantable) d’avoir vécu toute seule, de passer ma vie avec des chats, d’avoir la manie de la persécution! C’est sur la foi de ces accusations que je suis incarcérée depuis cinq ans et demi comme une criminelle, privée de liberté, privée de nourriture, de feu, et des plus élémentaires commodités.» Effectivement, ni sa mère qui meurt en 1929, ni sa sœur ne viendront la voir,  et Paul lui rendra visite douze fois… en trente ans.
 Un destin hors du commun, pour la sœur d’un grand écrivain, et laproche collaboratrice et amante d’un immense sculpteur. Devenue elle aussi une  artiste très appréciée qui eut ensuite moins de commandes et qui, malheureusement restera longtemps internée, elle attire toujours la curiosité… Et sa vie a fait l’objet de nombreux livres et passionne le public, mais sans doute pas toujours pour d’excellentes raisons, et son œuvre reste  mal connue.
 Au théâtre, que peut-on faire cette histoire tragique dont s’est aussi emparée l’auteure et metteuse en scène australienne Wendy Beckett dont, nous dit la note d’intention : «Le savoir théorique est aussi grand que son talent de créatrice : ayant étudié la littérature, la psychologie et la science, elle enrichit ses pièces de théâtre de toutes ces connaissances. » (…) Depuis dix ans, elle crée, met en scène et produit ses propres pièces et la qualité de son travail a incité plusieurs artistes australiens éminents à collaborer avec elle.» (sic)
Quant à la chorégraphe Meryl Tankard, elle s’est forgé une brillante carrière internationale (…) Artiste principal du renommé Pina Bausch Wuppertal Danse Theatre, à son retour en Australie dans les années 80, elle a créé des œuvres inoubliables. » (sic) Quand on s’envoie de telles brassées de fleurs sur papier glacé en six pages, cela sent toujours le roussi, comme dit le vieux proverbe cantalien! Pour évoquer cette vie tragique, un texte assez plat-parfois à la limite de la caricature et fait de petites scènes dialoguées qui se succèdent laborieusement, mise en scène aussi plate et sans intérêt, modèles de sculptures vivantes avec trois danseurs nus (mais pas vraiment, embobinés de maillot couleur chair, sans doute par souci de pudeur) et qui prennent la pose … Tous aux abris! Pour donner vie à ce pas grand chose, il y a heureusement et d’abord une jeune actrice, Célia Catalifo, tout à fait crédible avec une belle présence et une excellente diction dans le rôle pas facile de Camille Claudel, Clovis Fouin qui joue avec rigueur le jeune Paul Claudel, Swan Demarsan très juste en Auguste Rodin, et Christine Gagnepain qui réussit à donner une consistance au rôle de la mère.
Malgré ces atouts, cela ne suffit pas, et on reste vraiment sur sa faim. Donc, vous l’aurez compris, au cas où vous seriez tenté, vous pouvez vous épargner sans dommage ce grand moment de théâtre… dont on se demande comment il a pu arriver au Théâtre de l’Athénée, même dans la petite salle. On vous le disait encore l’autre jour:le  spectacle contemporain français reste plein de mystères…

Philippe du Vignal

L’Athénée-Théâtre Louis Jouvet, Paris VIIIème, jusqu’au 24 mars.
Une partie du musée de Nogent-sur-Seine (Aube), inaugurée l’an passé, est consacrée à l’œuvre de Camille Claudel.

 

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