Le Garçon du dernier rang de Juan Mayorga, mise en scène de Paul Desveaux

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Le Garçon du dernier rang de Juan Mayorga, mise en scène et scénographie  de Paul Desveaux

  Un professeur de littérature, parmi les copies de classe terminale médiocres, décèle une once de talent dans le récit du garçon silencieux assis au dernier rang. Tom raconte comment il a réussi à s’introduire chez les parents de Rapha, son camarade d’école. Le maître, intrigué, voit, dans cette rédaction, une amorce de satire sociale et l’encourage à poursuivre, le conseille, lui prête des livres, le critique. Tom persévère, son écriture progresse et il s’incruste petit dans la famille dont il relate les faits et gestes. Surtout intéressé par la mère :  » la femme qui s’ennuie le plus au monde ».

Maître et élève se piquent au jeu d’un voyeurisme partagé, malgré les mises en garde de la femme du professeur qui commence, elle aussi, à s’intéresser à cette aventure littéraire en gestation, et qui s’y trouvera finalement mêlée. Elle dirige une galerie d’art contemporain qui est en faillite, et  cela occasionne entre elle et son mari, des discussions sur l’esthétique du moment.  

Juan Mayorga, pour ménager la tension dramatique, a découpé sa pièce en séquences, à la manière d’un scénario de film. Il les ponctue avec les commentaires et directives du professeur à Tom, ou avec des dialogues entre l’enseignant et sa femme. Peu à peu, la narration glisse de l’espace de la page, à celui de la scène : action et dialogues se superposent au texte et l’écriture devient alors un jeu théâtral. Pour répondre à cette construction en strates, la scénographie s’ouvre progressivement en profondeur et en hauteur. Les murs de la maison deviennent transparents, et Tom pénètre de plus en plus loin dans l’appartement et l’intimité familiale.

  Comme au cinéma, la mise en scène multiplie plans et cadrages et joue sur la profondeur de champ, sans avoir recours au relais de la vidéo. La notion de « point de vue  » que le professeur veut inculquer à son élève est la clef de cette dramaturgie. Il y a celui qui regarde (Tom), ceux qui regardent l’observateur et les personnages, une famille de cadres moyens supérieur exposés, à leur insu, par la plume quasi-ethnologique de l’écrivain en herbe, aux regards critiques des voyeurs (y compris du public).

Le professeur et sa femme ne sont pas épargnés par Juan Mayorga qui en profite pour se moquer de l’art contemporain et du sabir des textes de présentation dans les catalogues.  La mise en scène épouse la complexité de la dramaturgie avec une précision méticuleuse et privilégie la satire sociale, en par des signes renvoyant à l’esthétique de la moyenne bourgeoisie libérale. La culture adolescente est aussi très présente : projection de plans de skateboard,  séquences d’American Beauty, musiques de Paul Kalkbrenner comme Berlin calling et d’Elliott Smith, avec Between the bars. Clins d’œil aux films américains (grande affiche de Ken Park de Larry Clark au mur de la chambre de Rapha). À l’aune d’une sensibilité adolescente, la représentation du monde adulte devient une caricature.

Reste le portrait en creux d’un jeune homme énigmatique.  Mais le soin apporté à la réalisation rend le spectacle explicite et convenu. On regrette un manque d’ambigüité dans le rapport entre la narration de Tom et la réalité. Quelle est la part d’invention, de fiction dans son récit? La transparence du dispositif scénique nous prive de ce mystère.

Malgré ces quelques réserves, le spectacle nous offre une plongée dans le monde adolescent, confronté à celui des adultes. Il épingle avec humour les conflits générationnels et conjugaux. Sous le regard aigu d’un garçon singulier interprété par Martin Karmann  qui joue ici avec son vrai père… Sam Karman.

Mireille Davidovici  

Théâtre Paris-Villette 11 Avenue Jean Jaurès, Paris XIXème, jusqu’au 24 mars. T. : 01 40 03 72 23.

Les 16 et 17 avril,  Le Tangram , Scène Nationale d’Evreux-Louviers (Eure).

La pièce est éditée  dans la traduction de Dominique Poulange et Jorge Lavelli, chez Les Solitaires Intempestifs.

 


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