Hunter, le chant nocturne des chiens texte et mise en scène de Marc Lainé

Hunter, le Chant nocturne des chiens, texte et mise en scène de Marc Lainé

 

 

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

Sur le plateau, des châssis en contreplaqué brut laissent entrevoir  par une grande baie vitrée-miroir  le salon et une chambre d’une maison. A jardin, un fond vert pour faire jouer un  acteur  en incruste dans l’image filmée en nuit américaine, d’un lotissement avec des rangées de maison cossues. A milieu du plateau,  des rails de travelling  avec une caméra.  Un technicien  manipule à vue une machine à fumée, des comédiens passent, le musicien s’installe, des aboiements résonnent…

 Comme avec Vanishing Point, Marc Lainé mêle habilement vidéo en direct  et jeu face public, avec une histoire inspirée des séries B et des films d’horreur. Claire (Bénédicte Cerutti) et David (David Migeot), un couple de petits bourgeois sans histoire que l’on peut voir buvant un verre, découvrent un soir une jeune fille, Irina, cachée dans leur jardin, pourtant fermé par un portail cadenassé. Terrorisée, elle raconte qu’elle s’est échappée et elle mord David quand il tente de s’ approcher d’elle.
 Le père d’Irina, un vieux monsieur à l’accent anglais (Geoffrey Carey) appuyé sur sa canne, la retrouve et la ramène, sans s’éterniser.  Le couple se demande s’il doit porter plainte car cette affaire ne leur semble pas nette. On découvrira que la jeune fille et son frère sont séquestrés par le père et qu’un terrible secret pèse sur la famille.

©Jean Couturier

©Jean Couturier

 Pour son auteur, Marc Lainé, cette pièce est une «métaphore de la sauvagerie contenue en chacun de nous, et littéralement liée au sexe masculin» et son originalité réside dans le fait «d’interroger cette sauvagerie au féminin». Il traite ainsi de la monstruosité du désir, et de l’amour dévorateur. Contrairement aux films d’horreur, la mise en scène n’impose pas d’images insupportables et la métamorphose se fait sur scène et en direct dans une esthétique faite maison, par exemple, en faisant maquiller à vue les personnages et en révélant les trucages. Ainsi, on  ne peut avoir peur et  Marc lainé essaye de jouer le second degré avec des clins d’œil aux films de série B. Mais avec une technique bien maîtrisée: quand les comédiens sont dans le salon ou dans leur chambre, un grand écran au-dessus du plateau diffuse leurs faits et gestes.

 Le montage en direct, saccadé, juxtapose plusieurs plans et on voit simultanément les différents endroits de la maison. Avec une scénographie astucieuse:  une penderie dans une chambre avec fond ouvrant sur l’extérieur, un tableau qui laisse apparaître le visage d’Irina comme en plein cauchemar, ou un grande baie vitrée se transformant en miroir! La musique de Gabriel Legeleux (alias Superpoze), interprétée en direct avec sons électro, airs de piano, et chansons, apporte une ambiance à la David Lynch. Marie-Sophie Ferdane, déjà rayonnante dans Vanishing Point, se métamorphose ici en créature inquiétante, à la fois faible et forte, humaine et animale. Mais, malgré le talent des comédiens, l’histoire, malheureusement, reste bien creuse et les raccourcis vers le rêve, bien faciles. En fait, onirisme et émotion font ici défaut, et à cause d’une étrangeté forcée et d’un second degré mal assumé, on ne sait comment recevoir ce spectacle. Avec une forme brillante parfois même virtuose, Hunter reste donc un exercice de style… Dommage !

Julien Barsan

Spectacle vu au Théâtre National de la danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVI ème.
Le 30 mars, à L’Avant-Seine 88 rue Saint-Denis, Colombes (Hauts-de Seine). T. : 01 56 05 00 76.

 

 


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