Harlem Quartet, d’après Just above my Head de James Baldwin, mise en scène d’Elise Vigier

Harlem Quartet,  d’après Just above my Head de James Baldwin, traduction de Kevin Keiss, adaptation d’Elise Vigier et Kevin Keiss,  mise en scène d’Elise Vigier

 

©Patrick Berge

©Patrick Berge

James Baldwin (1924-1987) fuit les Etats-Unis en 1948, horrifié par le racisme et l‘homophobie. Et il écrira en France l’un de ses derniers romans, Just above my Head (1979), hanté par ses  souvenirs et ses révoltes.
En 1975,  Hall Montana vient d’apprendre la mort par overdose de son frère Arthur, lors d’une tournée de concerts à Londres. Il se souvient alors de sa famille et de ses amis, une communauté noire américaine à Harlem, dans les années cinquante- soixante. Et, pour clamer sa douleur, Hall raconte… Cela se passe entre le présent du récit et une série de flash-back renvoyant à différents épisodes de la vie d’Arthur et de la tribu où  il évolue. Nous allons suivre le fil rouge complexe de la mémoire du narrateur: les histoires croisées douloureuses d’un quatuor de jeunes gens,  Hall et Arthur Montana, Jimmy et Julia Miller. Autour de ce quatuor, s’en organisent d’autres,  comme Les Trompettes de Sion, un groupe de gospels  où  Arthur débute comme chanteur, avant de rencontrer un succès international. L’amour est au rendez vous : entre Arthur et Jimmy, entre Hall et Julia, mais  il y aussi des violences, abus sexuels, haine raciale, et peur des homophobes chez Arthur qui se découvre homosexuel…

 Elise Vigier a choisi un dispositif scénique simple: campé à l’avant-scène, Hall raconte et à mesure qu’il se souvient, le mur fait de châssis coulissants s’ouvre derrière lui, sur des scènes dialoguées : repas familiaux, nuits d’amour, chants choraux, et prêches à l’église. Pour tout décor, des films tournés à Harlem et projetés sur écran. Pendant le récit de Hall, de longs plans-séquence revisitent les lieux du roman : appartements, rues, bars, église, routes… et les manifestations pour les Droits civiques…

 En arrière-plan, la musique joue un rôle principal avec deux  interprètes, et les six acteurs —tous noirs,fait exceptionnel en France— chantent des gospels avec plus ou moins de bonheur! Composée pour l’occasion par Saul Williams, accompagné de Manu Léonard et Marc Sens,  la musique mêle sonorités traditionnelles et contemporaines, et soutient les comédiens qui endossent chacun plusieurs rôles. Ludmilla Dabo interprète Julia, une fillette évangéliste qui prêche dans les églises, puis qui devient une jeune femme émancipée, à la voix chaude aux  tonalités de blues, pour exprimer douleur et colère. « La musique peut devenir une chanson mais commence par un cri,  et le cri est partout », dit Hall. Cri qu’on retrouve dans la partie narrative de la pièce, une  prose écrite dans une langue sensuelle et dense, avec le rythme singulier du jazz qui dit la colère mais aussi l’amour pour son frère. 

Ces deux heures vingt ne vont pas sans quelques longueurs, et les parties chantées ne semblent pas toujours bien assumées, mais le spectacle nous ouvre les pages d’un roman. Il nous plonge dans l’univers des Afro-Américains, à l’orée des luttes pour les droits civiques auxquelles James Baldwin participé  aux  Etats-Unis de 1957 à 1970, avant son retour en France où il est mort. Harlem Quartet nous incite à découvrir ce grand  auteur pour qui «l’œuvre provient de la même profondeur qui voit surgir l’amour, le meurtre et le désastre ».

 Mireille Davidovici

Théâtre des Quartiers d’Ivry-Centre Dramatique National du Val-de-Marne, Manufacture des Œillets, 1 place Pierre Gosnat, Ivry-sur-Seine, jusqu’au 30 mars.  

 

Just above my Head est publié, dans la traduction de Christiane Besse, sous le titre Harlem Quartet, aux éditions Stock.


Archive pour 23 mars, 2018

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset, mise en scène de Matthias Fortune Droulers et Anne -Sophie Liban

 

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset, mise en scène de Matthias Fortune Droulers  et Anne-Sophie Liban 

 1a635a6a79Cette piécette (1845) de l’auteur romantique est encore très souvent jouée et avec succès. Laurent Delvert l’a montée l’an passé à la Comédie-Française (voir Le Théâtre du Blog). Louis Do de Lenquesaing en avait aussi réalisé une mise en scène dans une petite salle du Théâtre de l’Odéon que Benoît Jacquot en 1993 avait filmée pour la télévision.
Ici, cela se passe non pas dans un hôtel particulier, mais, comme souvent dans les réalisations actuelles, dans un appartement sans style-du genre coloc-avec quelques meubles disparates, une chaîne Hi-Fi,  et une collection de bonnets de laine accrochés chacun à un clou sur un mur d’agglo.

Très vite, on comprend que l’on va assister à une joute amoureuse à la fois des plus virulentes et des plus subtiles. Un Comte fait beaucoup d’efforts pour séduire une Marquise mais sans aucun succès: elle, à la fois coriace, assez caustique mais aussi intéressée malgré elle, résiste et lui fait vite comprendre qu’il n’a rien à gagner ce petit jeu: «Croyez-vous que ce soit bien divertissant de passer sa vie au milieu d’un déluge de fadaises? Lui, visiblement amoureux, commence quand même à être exaspéré, le ton monte, et il fait semblant de vouloir partir mais est aussi tenace qu’elle peut être teigneuse. Et il a la réplique acide: «Il faut apparemment qu’on vous aime en hébreu.»

Pour le moment, un partout, et la balle au centre! On va donc assister pendant une petite heure à des allers et retours de moqueries, humiliations mais aussi flatteries, tendresses et accès de réelle émotion savamment distillées. Et les chances du Comte sont encore bien minces dans cette histoire d’amour… Mais bon, il va bien falloir avancer. « Il faut savoir arrêter une grève dès que satisfaction a été obtenue »comme disait Maurice Thorez en 1936. Et c’est aussi vrai, nous rappelle Alfred de Musset, dans les conflits amoureux… -Ah, mais si vous m’aviez dit cela en arrivant, dit la Marquise, nous ne nous serions pas disputés. Ainsi, vous voulez m’épouser? – Mais certainement, j’en meurs d’envie, réplique le Comte. Je donnerais mon sang pour qu’il me soit permis d’avoir la plus légère espérance.» – (…) Et voici mon second proverbe, c’est qu’il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. Or, voici trois quart d’heure que celle-ci, grâce à vous, n’est ni l’une, ni l’autre. Et que cette chambre est parfaitement gelée. Par conséquent, vous allez me donner le bras, et nous allons aller dîner chez ma mère.” Quel formidable dialogue, quelle intelligence des rapports amoureux!

 Cette mise en scène créée au festival de Taulignan (Drôme) il y a deux ans, est assez rodée. Anne-Sophie Liban, magnifique marquise contemporaine en minijupe de cuir noir et escarpins orange est impressionnante de vérité: elle a tout pour séduire, et elle sait très bien le faire. Gestuelle impeccable (merci, l’Ecole Jacques Lecoq) et diction tout aussi impeccable. A ses côtés, Matthias Fortune Droulers, (costumé de façon vulgaire, on se demande bien pourquoi) joue le Comte, mais, à quelques degrés en dessous. Pas aussi à l’aise, il semble servir parfois de faire-valoir à Anne-Sophie Liban. Et pourquoi, dans une scène peu crédible, se déshabille-t-il vers la fin?

Bref, malgré de très bonnes scènes, avec une musique contemporaine, il y a, après les premières scènes comme du mou dans ce travail qui manque un peu de rythme, et on sent par moments que personne n’a dirigé les acteurs, sauf eux-mêmes, ce qui n’est jamais très efficace. Il faut aller beaucoup plus loin-il est encore temps de resserrer les choses-et donc retravailler cette mise en scène qui  peut sans doute avoir son petit succès cet été en Avignon…

Philippe du Vignal  

Spectacle vu le 14 mars au Ciné-Théâtre 13, 1 avenue Junot, Paris XVIII ème. T: 01 42 54 15 12.

 

Vêtir ceux qui sont nus de Luigi Pirandello, mise en scène de Marie-José Malis

Vêtir ceux qui sont nus de Luigi Pirandello, mise en scène de Marie-José Malis

photo de répétition. © Willy Vainqueur

photo de répétition. © Willy Vainqueur

Ersilia Drei a tout pour faire une cible parfaite : jeune fille sans famille, chassée de son travail pour n’avoir pas réussi à empêcher la mort accidentelle de la petite fille dont elle s’occupait. Sans argent, donc jouet des hommes qu’elle rencontre jusqu’au dégoût, elle n’aura plus d’autre issue que le suicide, mais on la sauvera.  Du pain béni pour la presse à sensation (« Trahie par son fiancé, une jeune fille se donne la mort!») mais aussi pour le romancier en quête d’un nouveau  thème ou matériau…

Dans Vêtir ceux qui sont nus, le célèbre auteur sicilien travaille à complexifier cette trame pathétique et gratte les couches successives d’information, pour accéder à une couche plus profonde  et y trouver la vérité.  Mais chaque récit, chaque révélation repasse un nouveau coup de peinture sur la vie d’Ersilia: «Je dis des choses vraies». Et tout est vrai mais… à un moment donné. Sa vérité, elle la garde, et son histoire, comme sa personne même, les autres s’en empareront.

Mais sans doute pour avoir été aux portes de la mort-et parce que Sylvia Etcheto porte le rôle-Ersilia reste la plus forte. Elle amènera Nota, un écrivain (Olivier Horeau), à s’interroger sur ce qu’est l’acte d’écrire, et obligera le lieutenant Lespiga et le consul de Smyrne, à ré-envisager toute leur vie, autour de ses manques à elle. On n’ose pas dire «repenser», quand on entend Lespiga répéter : «Je ne pensais pas, je ne pensais pas». A le voir, on s’en doutait- et Julien Geffroy se délecte et nous avec lui-cet officier fait preuve d’une sottise et d’un entêtement incroyables à vouloir réparer l’irréparable. Un journaliste (Pascal Batigne)  représente l’opinion publique, tout comme  madame Onoria, la logeuse publique (Sandrine Rommel) qui exécute avec virtuosité les voltefaces qu’il lui dicte. Mais les acteurs n’en restent pas à des figures : elle, avec une sensualité épanouie, et lui, la tête dans les nuages, apportent la touche de comédie qui rapproche Luigi Pirandello d’Eduardo de Filippo. Jean-Louis Coulloc’h (le consul) fait une entrée tardive, et en apportant un dernier dévoilement, nous fait passer de la brutalité des certitudes bourgeoises et donc du théâtre bourgeois, à un écroulement tragique.

La force d’Ersilia ? Sa quête de dignité : «une petite robe décente» pour mourir, puisque sa vie ne lui appartient pas, ce quelque chose lui donne une existence. Et la force de l’auteur, malgré la vulgarité et l’égoïsme de ses personnages (le mot qu’on entend le plus: moi) est de ne jamais les condamner totalement…
«C’est la vie», la réalité de la vie, plutôt qu’une morne résignation à ce qu’elle a de plus moche. Chacun entre ici, avec le poids des ses fautes que Luigi Pirandello ne minimise pas. Et il les examine presque en scientifique, mais écarte la question de la culpabilité. C’est la vie, il faut le savoir, et y penser.

Une pensée partagée avec le public : récits, constats, questions, réflexions… Ce qui se dit ici, et  ce que disent ses personnages, nous est souvent adressé avec amitié par les comédiens. Et cela n’enlève rien au suspense ; quelle autre fin, pourrait-on donner à la pièce,  poussée à l’extrême de la logique, féministe et humaniste de l’auteur, et quoi qu’on puisse dire de son pessimisme et  de ses positions politiques: en 1924, il adhéra au fascisme mais ne s’engagea jamais activement en politique…

Dans un espace commun, le sol, les portes et installations techniques, tout sert, investi, ouvert en grand jusqu’à la rue, ou replié sur quelques points d’intimité. Le texte pris au mot, vrai, respire largement, et le public aussi, rendu partie prenante du spectacle vivant. Marie-José Malis a tenu à partager les répétitions et représentations avec les jeunes de l’École des actes*, qui  apportent leur connaissance de l’exclusion à cette représentation plus de quatre heures et une liberté d’aller et venir que le  public n’ose s’accorder. Même si les comédiens lui proposent, comme à eux-mêmes, des moments de trêve, d’intensité moindre dans la continuité du spectacle, avant de remonter dans les sommets des émotions. Cela aussi, c’est un geste d’amitié. Une expérience à vivre, donc.

Christine Friedel

Théâtre de la Commune (Seine-Saint-Denis)/Centre Dramatique National d’Aubervilliers. T. : T.01 48 33 16 16, jusqu’au 28 mars.

*L’Ecole des actes, pour tous ceux qui ne sont pas comptés, laissés de côté une école pour tous avec ou sans diplômes, avec ou sans papiers, jeunes ou plus expérimentés. Un programme spécial pour les jeunes du département ayant pour but la recherche d’un stage, d’un emploi, d’un métier, avec activités théâtrales, connaissance de soi et des autres. Ainsi, pendant six semaines, des temps seront exclusivement consacrés aux jeunes, pour les jeunes, et entre jeunes, et d’autres, avec tous les participants de l’école. Gratuit et ouvert à tous de seize à vingt-cinq ans, ce parcours repose sur un principe de partage et d’entraide : ni élève ni professeur, et chacun partage ce qu’il connait pour qu’ensemble, nous connaissions plus! » (Voir Théâtre de la Commune, janvier 2017, à la création de Institution, pièce d’actualité n°8). La patrie d’un peuple libre est ouverte à tous les hommes de la terre. »
« Les institutions ont pour objet de mettre dans le citoyen, et dans les enfants même, une résistance légale et facile à l’injustice. (Saint-Just) »

B. Traven texte et mise en scène de Frédéric Sonntag

B. Traven texte et mise en scène de Frédéric Sonntag

B. Traven Qui est B.Traven ?  Emboîtant le pas de nombreux biographes, Frédéric Sonntag enquête sur cet écrivain mythique aux multiples patronymes. B.Traven aura passé sa vie loin des «grandes capitales littéraires du monde moderne», à brouiller les pistes : pour lui, seuls ses livres devaient témoigner de son existence : «L’histoire individuelle n’a d’importance, qu’à partir du moment où  elle influence la vie collective». Ses romans furent traduits dans le monde entier et adaptés au cinéma, sans que personne ne sache qui se cachait derrière sa machine à écrire.

Après George Kaplan, (2013 ) Benjamin Walter (2015) (voir Le Théâtre du Blog) Frédéric Sonntag, artiste associé pour trois ans au Nouveau Théâtre de Montreuil, boucle sa Trilogie Fantôme, où il parle de personnages à l’identité incertaine. La biographie, imaginaire de B. Traven, se nourrit aussi d’interrogations sur notre aujourd’hui, à partir de rencontres improbables avec d’autres personnages qui ont fait l’histoire politique et artistique du vingtième siècle.

Frédéric Sonntag nous entraîne d’Europe en Amérique, sur les traces d’un écrivain bien réel mais au parcours à entrées multiples. Est-il né : Traven Corsvan Croves, le 3 mai 1890 à Chicago ? Ou Charles Trefny, à Saint-Louis (Missouri) le 2 juillet 1880 ? Otto Max Feigen, le 23 février 1882, à Swiebodzin (Pologne), d’un père maçon? Ou encore Ret Marut,  le 25 février 1882 à San Francisco, militant anarchiste pendant l’éphémère République des Conseils à Munich en 1918, liquidée ensuite par l’armée allemande ? On dit aussi qu’il serait le fils illégitime du Kaiser Guillaume II et d’une chanteuse d’opéra. Dernier en date de ses pseudonymes : Hal Croves qu’il emprunta, en se faisant passer pour un agent de B. Traven, pendant le tournage du Trésor de la Sierra Madre adapté et réalisé par John Huston (1947).  Pseudonyme sous lequel il épousa en 1957, Rosa Helena (sa cadette d’au moins trente ans). Sa veuve perpétue à son tour «l’industrie du mystère » autour de lui.  Comme le découvrent un couple de reporters américains venus lui l’interroger à Mexico, en 1977…

La pièce est structurée autour de leurs investigations. Bien résolus à percer l’énigme B. Traven, les deux journalistes vont se trouver entraînés dans des aventures rocambolesques dignes de celles de Tintin…  Plus ils avancent, plus le mystère s’épaissit… Et l’histoire récente les rattrape, notamment la répression sanglante des manifestations étudiantes, à la veille des Jeux Olympiques à Mexico en 1968. Ce fil rouge, émaillé d’incidents, se trouve constamment interrompu par des allers et retours dans le temps et l’espace, depuis 1914, en Europe, jusqu’à 2014, au Mexique, en passant par le Hollywood des années cinquante sous le maccarthysme.  Et par un squat parisien, en 1994, un ancien cinéma qu’un collectif militant essaie de faire revivre. Mais tous les chemins de ces histoires croisées mènent au Mexique.

 On se laisse d’abord embarquer, à bord d’un transatlantique, en 1916, où Arthur Cravan, boxeur et poète mythique, fuyant la guerre, rencontre Léon Trotski en exil… Première fausse piste, (Cravan n’est pas Traven)! Mais ces deux personnages sont récurrents, parmi de nombreux autres, pendant les deux heures quarante de spectacle.

Autre fugitif échoué au Mexique en 1950 à l’instar de Léon Trotski en 1937, Dalton Trumbo, un scénariste communiste, mis à l’Index par la Commission des activités anti-américaines de Joseph McCarthy. Mais il réussit à déjouer la censure sous des noms d’emprunt et signera le scénario du Spartacus de Stanley Kubrick, ce qui permet à Frédéric Sonntag d’établir un lien avec B. Traven, ex-spartakiste ! Ce qui nous vaut aussi un bref discours de Rosa Luxemburg, ainsi qu’une séance de cinéma dans le squat parisien des années quatre-vingt-dix. La fin tragique de ce squat donnera lieu à un projet de film qui conduira une ex-membre du collectif à Mexico, en 2014, à la recherche d’un jeune homme, parti  rejoindre l’armée du sous-commandant Marcos dans l’Etat du Chiapas. Là-même où, à sa demande, les cendres de B. Traven ont été dispersées, en 1969. La boucle est bouclée.

 Au terme de cette traversée—et après bien des élucubrations, nos deux reporters pensent que leur héros pourrait être un agent secret assassin de Léon Trotski en 1940—, on en arrive à la conclusion que l’identité réelle de B. Traven doit se trouver dans son œuvre dont Le Vaisseau des morts, un manuscrit en provenance de Tampico et publié en 1926 en Allemagne. Ce roman-culte largement autobiographique conte le voyage d’un exilé qui, sans papiers  et sans argent, s’embarque sur le Yorikke, un «vaisseau des morts»,  cercueil flottant destiné au naufrage, afin que l’armateur puisse toucher la prime d’assurances. Un scénario qui se répète de nos jours sur les côtes européennes…

 Frédéric Sonntag entend donc parler de notre présent, à la lumière de cette quête habitée par des personnages mythiques fondateurs, et il déterre les luttes qui hantent encore notre imaginaire: des révolutions de 1917 en Russie et en Allemagne,  à celles, oubliées des Indiens d’Amérique du Sud, et aux révoltes estudiantines des années soixante : «dialogues et réminiscences d’une génération à l’autre offrant une réflexion sur les héritages idéologiques». Une question d’actualité au moment où on commémore les cinquante ans de mai 1968 en France.

 De courts tableaux nous transportent d’une époque, d’un lieu et d’une génération, à l’autre, grâce aux changements ultra-rapides des décors, costumes, et éclairages, accompagnés par la création musicale de Paul Levis. Cette perpétuelle mise en abyme spatio-temporelle se trouve doublée —mais sans redondance— par des projections de films, photos, et citations. Grâce à une bonne maîtrise technique, l’auteur et metteur en scène donne un grande  lisibilité à cette narration en zig-zag… Un parcours labyrinthique passionnant et passionné où on prend plaisir à s’égarer puis à se retrouver grâce aux repères une nous dispensent une narratrice, les images, les titres et les dates projetés…

A la longue, certaines scènes superflues peuvent lasser, comme le discours de Patrick Le Lay, à l’époque, directeur de TF1: «Nos émissions, disait-il, ont pour vocation de rendre disponible le téléspectateur : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible». Frédéric Sonntag veut ainsi nous renvoyer aux méfaits de la consommation de Coca Cola au Mexique, diabète, obésité, hypertension mais aussi assèchement des nappes phréatiques ! Ces digressions et quelques tableaux sans nécessité dramaturgique pèsent parfois sur l’économie générale de la pièce.

Mais cela n’est pourtant pas une raison pour se priver d’une soirée riche en aventures romanesques et pittoresques dans un Mexique en carton-pâte, digne des  studios hollywoodiens et emmenées par une équipe tout feu tout flamme.

 Mireille Davidovici

Nouveau Théâtre de Montreuil, Salle Maria Casarès 63 rue Victor Hugo, Montreuil (Seine-Saint-Denis) T. : 01 48 70 48 90, jusqu’au 14 avril.

Le Grand R, La Roche-sur-Yon (Vendée) les 19 et 20 avril.

 La pièce est publiée aux Éditions Théâtrales

 

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