Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset, mise en scène de Matthias Fortune Droulers et Anne -Sophie Liban

 

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset, mise en scène de Matthias Fortune Droulers  et Anne-Sophie Liban 

 1a635a6a79Cette piécette (1845) de l’auteur romantique est encore très souvent jouée et avec succès. Laurent Delvert l’a montée l’an passé à la Comédie-Française (voir Le Théâtre du Blog). Louis Do de Lenquesaing en avait aussi réalisé une mise en scène dans une petite salle du Théâtre de l’Odéon que Benoît Jacquot en 1993 avait filmée pour la télévision.
Ici, cela se passe non pas dans un hôtel particulier, mais, comme souvent dans les réalisations actuelles, dans un appartement sans style-du genre coloc-avec quelques meubles disparates, une chaîne Hi-Fi,  et une collection de bonnets de laine accrochés chacun à un clou sur un mur d’agglo.

Très vite, on comprend que l’on va assister à une joute amoureuse à la fois des plus virulentes et des plus subtiles. Un Comte fait beaucoup d’efforts pour séduire une Marquise mais sans aucun succès: elle, à la fois coriace, assez caustique mais aussi intéressée malgré elle, résiste et lui fait vite comprendre qu’il n’a rien à gagner ce petit jeu: «Croyez-vous que ce soit bien divertissant de passer sa vie au milieu d’un déluge de fadaises? Lui, visiblement amoureux, commence quand même à être exaspéré, le ton monte, et il fait semblant de vouloir partir mais est aussi tenace qu’elle peut être teigneuse. Et il a la réplique acide: «Il faut apparemment qu’on vous aime en hébreu.»

Pour le moment, un partout, et la balle au centre! On va donc assister pendant une petite heure à des allers et retours de moqueries, humiliations mais aussi flatteries, tendresses et accès de réelle émotion savamment distillées. Et les chances du Comte sont encore bien minces dans cette histoire d’amour… Mais bon, il va bien falloir avancer. « Il faut savoir arrêter une grève dès que satisfaction a été obtenue »comme disait Maurice Thorez en 1936. Et c’est aussi vrai, nous rappelle Alfred de Musset, dans les conflits amoureux… -Ah, mais si vous m’aviez dit cela en arrivant, dit la Marquise, nous ne nous serions pas disputés. Ainsi, vous voulez m’épouser? – Mais certainement, j’en meurs d’envie, réplique le Comte. Je donnerais mon sang pour qu’il me soit permis d’avoir la plus légère espérance.» – (…) Et voici mon second proverbe, c’est qu’il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. Or, voici trois quart d’heure que celle-ci, grâce à vous, n’est ni l’une, ni l’autre. Et que cette chambre est parfaitement gelée. Par conséquent, vous allez me donner le bras, et nous allons aller dîner chez ma mère.” Quel formidable dialogue, quelle intelligence des rapports amoureux!

 Cette mise en scène créée au festival de Taulignan (Drôme) il y a deux ans, est assez rodée. Anne-Sophie Liban, magnifique marquise contemporaine en minijupe de cuir noir et escarpins orange est impressionnante de vérité: elle a tout pour séduire, et elle sait très bien le faire. Gestuelle impeccable (merci, l’Ecole Jacques Lecoq) et diction tout aussi impeccable. A ses côtés, Matthias Fortune Droulers, (costumé de façon vulgaire, on se demande bien pourquoi) joue le Comte, mais, à quelques degrés en dessous. Pas aussi à l’aise, il semble servir parfois de faire-valoir à Anne-Sophie Liban. Et pourquoi, dans une scène peu crédible, se déshabille-t-il vers la fin?

Bref, malgré de très bonnes scènes, avec une musique contemporaine, il y a, après les premières scènes comme du mou dans ce travail qui manque un peu de rythme, et on sent par moments que personne n’a dirigé les acteurs, sauf eux-mêmes, ce qui n’est jamais très efficace. Il faut aller beaucoup plus loin-il est encore temps de resserrer les choses-et donc retravailler cette mise en scène qui  peut sans doute avoir son petit succès cet été en Avignon…

Philippe du Vignal  

Spectacle vu le 14 mars au Ciné-Théâtre 13, 1 avenue Junot, Paris XVIII ème. T: 01 42 54 15 12.

 

 


Un commentaire

  1. Anne dit :

    Ah tiens, Jean-Marie Besset qui avait mis en scène cette pièce il y a quelques années (à l’Oeuvre, dirigé alors par Maro, sauf erreur), faisait également se déshabiller le Comte, sans doute pour mieux prouver sa sincérité, par métaphore. Ce dialogue est un petit chef d’oeuvre, et c’est encore la mes de Besset qui m’a permis de l’apprécier le mieux. J’attendrai Avignon pour voir celle-ci, peut-être…

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