Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz de Sylvain Levey, mise en scène d’Antonin Lebrun

le-personnage-de-michele-interprete-par-anais-cloarec-est_3702241Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à  Auschwitz de Sylvain Levey, mise en scène d’Antonin Lebrun

 Quoi de plus banal que de réaliser des selfies avec son téléphone mobile au cours d’un voyage scolaire et de l’envoyer à ses amis ? Tous les touristes le font de par le monde. Michelle, alias Vie de chat,  la reine du « chat », se photographie, souriante, en blouson rose à l’entrée d’Auschwitz, pour partager sur son réseau l’émotion forte éprouvée à la visite du camp de concentration, comme elle l’avait fait précédemment en immortalisant un lapin mort écrasé par sa mère.

 Mais Auschwitz n’est pas la Tour Eiffel ni la Muraille de Chine, ni même le Père-Lachaise. Aussitôt les réseaux se déchaînent et on la pourrit d’insultes. Une mésaventure arrivée à une Américaine de quinze ans, en 2014, victime parmi tant d’autres, de comportements sociaux véhiculés par le net…

 En s’emparant de cette histoire, le toujours talentueux Sylvain Levey signe une pièce proche du documentaire. Composé de courtes scènes, le texte alterne dialogues, monologues, narration et textos,  de façon non chronologique depuis le départ pour l’Allemagne jusqu’aux conséquences du selfie. D’abord léger, le ton se fait grave quand les jeunes gens découvrent l’horreur des chambres à gaz, devant les vitrines du musée et grâce au récit d’une survivante.

 Michelle, incarnée par Anaïs Cloarec, évolue au milieu de nombreux personnages, rivés à leurs smartphones: mère, amis, professeurs et internautes , et même son père mort mais encore présent sur la toile. Représentés ici par des marionnettes auxquelles Antonin Lebrun, metteur en scène et comédien prête ses voix. Ces personnages  ont la forme de mannequins grandeur nature et hyperréaliste, ou de petites poupées personnalisant leurs pseudos internet, ( un chat pour « Vie de chat », une fraise pour  « Strawberry Icecream », par exemple). Interviennent aussi des pictogrammes mobiles figurant des émoticônes stylisés. Si bien qu’une grande marionnette réaliste se double d’un alias en miniature ou d’un émoticône livrant ses sentiments. De plus, les selfies réalisés par Michelle prennent la forme de tableaux peints suspendus à un châssis en fond de scène : son « mur ». Cette démultiplication  instaure un jeu d’échelle étonnant qui nous plonge dans plusieurs niveaux du virtuel.

 Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz trouve ici un mode de représentation original qui correspond bien à la nervosité de l’écriture. L’animation très précise des marionnettes, par les deux seuls comédiens présents sur le plateau, s’accompagne d’une bande-son sophistiquée. La musique joue sur les contrastes entre séquences comiques et scènes plus graves. De courts jingles soulignent joyeusement les apparitions des avatars et des émoticônes.

 La compagnie Les Yeux creux, installée à Brest, réussit ici un spectacle virtuose et dynamique, où le fond ne cède en rien à la forme pourtant complexe. Cette représentation préfigure de manière prometteuse Scènes ouvertes à l’insolite, festival européen des formes animées où l’on pourra découvrir quatorze jeunes compagnies.

 Mireille Davidovici

Spectacle vuu le 3 avril au Théâtre Paul Eluard,  4 avenue de Villeneuve Saint-Georges, Choisy-le-Roi (Val de Marne) T. : 01 48 90 89 79

Du 31 mai au 3 juin Théâtre Paris-Villette.

 Scènes ouvertes à l’insolite du 29 mai au 3 juin organisées par le Mouffetard, Théâtre des arts de la marionnette, 73 rue Mouffetard Paris Vème. T. 01 84 79 44 44

 Le texte est publié aux Éditons Théâtrales.

 


Archive pour 4 avril, 2018

Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz de Sylvain Levey, mise en scène d’Antonin Lebrun

le-personnage-de-michele-interprete-par-anais-cloarec-est_3702241Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à  Auschwitz de Sylvain Levey, mise en scène d’Antonin Lebrun

 Quoi de plus banal que de réaliser des selfies avec son téléphone mobile au cours d’un voyage scolaire et de l’envoyer à ses amis ? Tous les touristes le font de par le monde. Michelle, alias Vie de chat,  la reine du « chat », se photographie, souriante, en blouson rose à l’entrée d’Auschwitz, pour partager sur son réseau l’émotion forte éprouvée à la visite du camp de concentration, comme elle l’avait fait précédemment en immortalisant un lapin mort écrasé par sa mère.

 Mais Auschwitz n’est pas la Tour Eiffel ni la Muraille de Chine, ni même le Père-Lachaise. Aussitôt les réseaux se déchaînent et on la pourrit d’insultes. Une mésaventure arrivée à une Américaine de quinze ans, en 2014, victime parmi tant d’autres, de comportements sociaux véhiculés par le net…

 En s’emparant de cette histoire, le toujours talentueux Sylvain Levey signe une pièce proche du documentaire. Composé de courtes scènes, le texte alterne dialogues, monologues, narration et textos,  de façon non chronologique depuis le départ pour l’Allemagne jusqu’aux conséquences du selfie. D’abord léger, le ton se fait grave quand les jeunes gens découvrent l’horreur des chambres à gaz, devant les vitrines du musée et grâce au récit d’une survivante.

 Michelle, incarnée par Anaïs Cloarec, évolue au milieu de nombreux personnages, rivés à leurs smartphones: mère, amis, professeurs et internautes , et même son père mort mais encore présent sur la toile. Représentés ici par des marionnettes auxquelles Antonin Lebrun, metteur en scène et comédien prête ses voix. Ces personnages  ont la forme de mannequins grandeur nature et hyperréaliste, ou de petites poupées personnalisant leurs pseudos internet, ( un chat pour « Vie de chat », une fraise pour  « Strawberry Icecream », par exemple). Interviennent aussi des pictogrammes mobiles figurant des émoticônes stylisés. Si bien qu’une grande marionnette réaliste se double d’un alias en miniature ou d’un émoticône livrant ses sentiments. De plus, les selfies réalisés par Michelle prennent la forme de tableaux peints suspendus à un châssis en fond de scène : son « mur ». Cette démultiplication  instaure un jeu d’échelle étonnant qui nous plonge dans plusieurs niveaux du virtuel.

 Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz trouve ici un mode de représentation original qui correspond bien à la nervosité de l’écriture. L’animation très précise des marionnettes, par les deux seuls comédiens présents sur le plateau, s’accompagne d’une bande-son sophistiquée. La musique joue sur les contrastes entre séquences comiques et scènes plus graves. De courts jingles soulignent joyeusement les apparitions des avatars et des émoticônes.

 La compagnie Les Yeux creux, installée à Brest, réussit ici un spectacle virtuose et dynamique, où le fond ne cède en rien à la forme pourtant complexe. Cette représentation préfigure de manière prometteuse Scènes ouvertes à l’insolite, festival européen des formes animées où l’on pourra découvrir quatorze jeunes compagnies.

 Mireille Davidovici

Spectacle vuu le 3 avril au Théâtre Paul Eluard,  4 avenue de Villeneuve Saint-Georges, Choisy-le-Roi (Val de Marne) T. : 01 48 90 89 79

Du 31 mai au 3 juin Théâtre Paris-Villette.

 Scènes ouvertes à l’insolite du 29 mai au 3 juin organisées par le Mouffetard, Théâtre des arts de la marionnette, 73 rue Mouffetard Paris Vème. T. 01 84 79 44 44

 Le texte est publié aux Éditons Théâtrales.

 

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