Providence de Neil LaBute, adaptation et mise en scène de Pierre Laville

 

Providence de Neil LaBute, adaptation et mise en scène de Pierre Laville

 DF368238-508C-4A9C-9FB3-288B9D3F2E66Neil LaBute (cinquante-cinq ans),  dramaturge américain bien connu,  avec entre autres, Bash, La Forme des choses(2007), Énorme... Peu joué en France-mais Pierre Laville a monté certaines de ses pièces-Neil LaBute a aussi écrit les scénarios et réalisé une dizaine de films dont En Compagnie des hommes, Entre amis et voisins, Nurse Betty, et Dirty Week-end

 Providence se passe juste après l’attentat du trop fameux 11 septembre 2001 des tours jumelles dans le quartier de Manhattan à New York par Al Quaïda, avec des milliers de victimes et des centaines de disparus. Les deux tours-un peu plus de 415 m de hauteur-s’effondrent en moins de deux heures-provoquant aussi la destruction de deux autres immeubles proches. Certains rapports d’abord tenus secrets ont fait état de disparus, dont aucune trace ne fut retrouvée à la suite de l’attentat, des hommes surtout, qui en auraient profité pour changer de vie…  Ce sur quoi, est fondé l’argument de cette piécette.

Ici, un trentenaire, marié deux petites filles, cadre dans une entreprise installée dans une de ces tours,  est l’amant depuis trois ans de sa supérieure hiérarchique, plus âgée que lui. Ce qu’il lui fait courtoisement remarquer! La veille de l’attentat, il avait rejoint cette dame chez elle pour lui faire l’amour, au lieu d’aller travailler. Ce n’est pas bien du tout mais cela l’a sauvé, et en même temps, l’oblige à reconsidérer sa relation avec elle.  Les répliques sont souvent cinglantes du genre : Elle – Six mille personnes sont mortes, assassinées, certaines d’entre elles étaient nos collègues de travail, et ma seule réaction est de penser à nous tirer aux Bahamas. Ce n’est pas très beau ! Lui – Eh bien, descends les aider à tamiser les débris, ou porte-leur des cierges !Elle- Je ne sais pas. Lui – Merci de ne pas oublier que j’y ai travaillé dans ces bureaux, pendant des années. En ce moment, je revois des tas de visages… Les gens avec qui je discutais, avec qui je buvais un café… Ces types à la réception… Elle – Tu penses à ces gens-là ? Lui – Évidemment ! Elle – Je te croyais en train de penser à nous… Mais quelle idiote, je suis. »

Sa femme l’appelle sans arrêt sur son portable, mais il ne répond jamais. Et elle peut donc penser qu’il a aussi disparu dans cet attentat ! Les deux amoureux, comme dans un rêve, voudraient tous les deux quitter New York à jamais, et aller vivre aux Bahamas. Mais les choses commencent à grincer quant à la réalisation du scénario!  Et ce sera donnant, donnant. Il lui demande de tout quitter et surtout son poste très bien payé, mais elle est réticente et exige d’abord qu’il téléphone enfin à sa femme pour la mettre au courant de la situation et officialiser la rupture. Mais visiblement, lui n’a aucune envie de quitter la femme qu’il aime quand même, et ses deux enfants… Zéro partout la balle au centre. Bref, rien n’est dans l’axe, et amour clandestin et réalités socio-économiques font rarement bon ménage, si on peut dire ! Situation sans issue et le piège va donc vite se refermer. Bien entendu, lui enfin, prendra son téléphone mais pour appeler non pas son épouse mais  son amante, à quelques mètres de lui… pour lui dire que tout est fini entre eux. Fin de cette parenthèse amoureuse. Les lendemains dans l’entreprise ne seront pas d’une franche gaieté, d’autant que tous ou presque sont au courant de leur liaison. Ce qu’elle lui rappellera cyniquement.

« On pourrait parler, dit Pierre Laville-avec quelque générosité !-d’une «tragédie aux yeux secs.» Le mal et le malheur ambiants ont des airs d’absolu. Nul jamais n’aurait imaginé ou conçu une telle catastrophe. Point de compassion, point d’attendrissement ou d’identification possibles. Providence est une pièce noire, sèche, qui dérange et refuse le recours aux sentiments et aux émotions humains ordinaires… Neil LaBute met de côté toute facilité d’attendrissement et d’indulgence pour cet homme et cette femme, couple déjà mal formé et en marge qu’il réunit dans cet appartement voisin du lieu de la catastrophe (….) Le couple se débat pour ne pas succomber. Il ose un projet de fuite, une solution extrême, une de ces tentations qu’on a du mal à croire réalisables, tant la vie au quotidien avait jusque-là incité plus à la lâcheté qu’à l’audace, au conflit et à la dissimulation.(…)

On veut bien mais en fait, cela donne quoi sur le plateau? Autrefois, Providence autrefois, aurait pu-en version plus courte- faire ce qu’on appelait un lever de rideau avant la représentation d’une grande pièce mais en une heure et demi la pièce a le souffle court! Sur le petit plateau baigné de fumigènes, les fumées qui avaient envahi tout New York et que Pierre Laville aurait pu nous épargner, juste un gros canapé sur un tapis rouge sanglant en acrylique.

Le couple est heureusement joué par deux comédiens formidables, tout de suite justes et crédibles: Xavier Gallais qui avait déjà joué de Neil LaBute, Septembre blanc et Marie-Christine Letort qu’on a pu voir récemment dans Hollywood Boulevard  d’après Billy Wilder (voir Le Théâtre du Blog). Et Pierre Laville a bien su les diriger. Mais  cette pièce bien bavarde et souvent laborieuse qui ne mérite pas les quelque quatre-vingt dix minutes qu’elle dure et  le metteur en scène aurait pu réduire la voilure sans aucun inconvénient… Providence fait en effet souvent du surplace avec des scènes qui se répètent ou qui n’apportent pas grand-chose. Bref, malgré certains dialogues assez virulents du genre règlements de comptes sentimentaux, dans la veine de Qui a peur de Virginia Woolf d’Edward Albee, le compte n’y est pas tout à fait. Quant à la fin, bien conventionnelle, on l’avait devinée depuis le début.
Alors à voir? Oui, si vous n’êtes vraiment pas trop exigeant quant à la pièce- en plus, c’est à 21h30 ! Et oui,pour le plaisir de voir un excellent travail d’interprétation mais cela fait-il une soirée de théâtre? A vous de décider.

 Philippe du Vignal

 Théâtre des Déchargeurs, 3 Rue des Déchargeurs, Paris  Ier. T. : 01 42 36 00

 

 

 


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