Trois Ruptures, de Rémi de Voos, mise en scène d’Ivan Herbez et Eurydice El-Etr

Trois Ruptures, de Rémi de Voos, mise en scène d’Ivan Herbez et Eurydice El-Etr

 safe_image.phpL’auteur est maintenant bien connu (voir Le Théâtre du blog) notamment avec ces trois pièces très courtes sur le thème de la rupture amoureuse. Jouées par  deux  acteurs qui en sont sont ici les metteurs en scène. D’abord, un dîner où le jeune couple est à table. Lui est dans l’admiration béate de ce qu’elle lui a préparé : «Une expérience gustative absolue. Un avant-goût du paradis.» Les phrases qu’ils échangent sont au degré zéro de l’amour, voire de la simple affection, et les silences deviennent de plus en plus insupportables. En fait, le ver est déjà dans le fruit et, même s’ils vivent ecnore ensemble, ils n’ont plus grand-chose à se dire. Et tout d’un coup, elle lui annonce la couleur : «Je te quitte». Lui refuse. Feu d’artifices de violentes insultes, à un rythme soutenu. Le texte léger comme une bulle de savon est plutôt bien joué, avec un avantage certain à Eurydice El-Etr qui a une belle gestuelle; Ivan Herbez a un jeu parfois un peu convenu.

La seconde rupture est celle qui survient entre une femme et un homme tout d’un coup ! Mais cette fois, c’est lui qui la quitte pour vivre avec un pompier. Dialogue surréaliste et absurde où le verbe quitter est décliné une trentaine de fois sur fond d’accusations insidieuses de part et d’autre… Comme dans une sorte d’exorcisme quand tout, d’un ancien amour, se met à basculer, s’en va à la dérive…. Et la troisième enfin : sans doute la plus consistante de ces trois piécettes. Ici, un père et une mère tyrannisés par leur enfant de cinq ans, n’en peuvent plus et vont décider de se séparer pour essayer de se sauver chacun de leur côté au lieu de sombrer à deux dans la folie.  Rémi de Voos là aussi analyse cette mort sans doute programmée de l’amour dans un couple, avec en fond de sauce, l’impossibilité  pour chacun de conserver la même identité quand le Temps en sape les fondations. « Un amour véritable, dit Alain Badiou dans son Eloge de l’amour est celui qui triomphe durablement, parfois durement, des obstacles que l’espace, le monde et le temps lui proposent. »
Du dîner d’anthologie prétexte à une violente rupture, à la scène  de jalousie sur fond d’amour homosexuel, puis au cauchemar subi par deux parents quand la cause en est leur enfant, résultat concret de leurs amours, le couple ici a quelque chose de maudit. Dès le départ, on sait que, mariage, PACS, concubinage notoire ou pas, liaison durable ou pas, les choses vont, un jour ou l’autre, mal tourner. Constat amer de Rémi de Voos: la mort d’un amour fait toujours au moins deux victimes. Ces petits textes-inégaux-se laissent entendre.
Côté mise en scène, là, c’est un peu juste et pas très bien dirigé. Ivan Herbez et Eurydice El-Etr auraient pu ainsi nous épargner ces petites courses dans la salle aussi sottes que grenues, et ces intermèdes dansés qui n’apportent rien et qui cassent le rythme. Le public riait souvent des malheurs de ce couple qui, bien sûr, n’arrivent qu’aux autres et semblait y trouver son compte. Mais quelque soixante minutes après, on reste un peu sur sa faim…

 Philippe du Vignal

Le spectacle s’est joué du 26 mars au 2 avril, au Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple, Paris XI ème. T : 01 48 06 72 34.

 


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