Mon Lou, textes de Guillaume Apollinaire, mise en scène de Christian Pageault

©Isabelle Jobard

©Isabelle Jobard

Mon Lou, textes de Guillaume Apollinaire, mise en scène de Christian Pageault

 Louise de Coligny-Châtillon (1881-1963), d’abord mariée puis vite divorcée, fut l’une des premières aviatrices françaises. Guillaume Apollinaire la rencontre à Nice en  septembre 1914 et tombe amoureux fou de cette jeune femme divorcée très libre mais leur liaison finit quand il part à la guerre en 1915. “Mutine et langoureuse à la fois» avec ses «grands et beaux yeux de biche », elle lui inspira ses Poèmes à Lou : « Si je mourais là-bas, sur le front de l’armée Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée(…)Souvenir oublié vivant dans toute chose Je rougirais le bout de tes jolis seins roses . Tes seins ont le goût pâle des kakis et des figues de Barbarie Hanches fruits confits je les aime ma chérie L’écume de la mer dont naquit la déesse Évoque celle-là qui naît de ma caresse Si tu marches Splendeur tes yeux ont le luisant D’un sabre au doux regard prêt à se teindre de sang Si tu te couches Douceur tu deviens mon orgie Et le mets savoureux de notre liturgie.”

Il vécurent ainsi une semaine d’un amour aussi tendre et érotique que parfois violent. Cela se passait à Nîmes dans un hôtel il y a déjà plus  de cent ans. Et il lui écrivit ensuite presque  chaque jour, depuis les tranchées, en Champagne, des lettres sensuelles, parfois teintées d’un certain sadisme. : «  »Je voudrais te fesser pour que tu m’aimes. » « Je voudrais que tu sois mon cheval pour te chevaucher longtemps, longtemps. » « Je voudrais que tu sois un obus boche pour me tuer d’un soudain amour. » Soit quelque deux-cent vingt lettres écrites juste avant sa mobilisation  ensuite depuis les tranchées en Champagne et soixante-seize poèmes… Guillaume Apollinaire, victime à la tempe d’un éclat d’obus en 1916 mourut lui, deux jours avant l’armistice, le 9 novembre 1918, des suites de sa grave blessure, emporté par la grippe espagnole. Louise est enterrée avec son mari au cimetière de Passy Paris XVI ème, et Guillaume, au Père Lachaise, Paris XX ème. A Paris mais assez près et à la fois  assez loin de l’autre…

Il y avait déjà eu une adaptation de ces lettres par Marie Trintignant et son père, il y a presque vingt ans. Christian Pageault, lui, se propose de faire un spectacle où, grâce à ces lettres, on entre dans la relation très intime qui eut lieu entre cette aviatrice, femme exceptionnelle, très en avance sur son temps, qui collectionnait les amants et dont le poète fut sans doute plus longtemps amoureux d’elle, que Lou ne le fut vraiment de lui. «Le spectacle dit le metteur en scène, dépasse ainsi toute temporalité : il parle de notre rapport à l’amour, décrivant toutes étapes de notre relation amoureuse, de la passion à l’idéalisation, et même jusqu’à ce que les sentiments s’estompent. »

Sur la petite scène du Lucernaire, juste un banc en bois gris,  et de nombreuses grandes lettres, puis une grande feuille cartonnée où  Moana Ferré fera couler de la peinture marron sans doute pour évoquer la terre des tranchées. Côté cour, un grand rouleau de papier suspendu recevra des projections  de dessins et, à la toute fin, un calligramme et une lettre de Guillaume Apollinaire. La comédienne est d’abord Lou, recevant avec délice et sensualité les lettres de son amant, et se les lisant, accompagnée parfois de sons de l’époque et de quelques notes de musique au piano.
On est tout de suite séduit par la grâce et la belle présence de Moana Ferré. Mais malheureusement on est vite déçu. Désolé mais la comédienne a une diction des plus approximatives; surtout sur la fin des phrases. Et c’est très frustrant et à la limite de l’insupportable, surtout quand il s’agit de textes aussi poétiques. Et sans doute mal dirigée, elle se croit obligée de rouler des yeux et d’en faire des tonnes sur le plan gestuel. Dommage!

Côté mise en scène, l’imagination n’est pas au rendez-vous, et ces pliages et dépliages de papier blanc comme ces dégoulinades de peinture ne font pas sens. Dans la seconde partie, Moana Ferré revient en Guillaume Apollinaire; vêtue d’une combinaison de travail noire, et s’adresse cette fois à Lou. Bon, on veut bien…
 Reste la qualité d’écriture de ces textes. Quand on arrive à les entendre, ils nous semblent, un siècle après, toujours aussi essentiels et aussi forts. Mais le spectacle a tout d’une belle occasion ratée, et le mariage, assez prétentieux entre théâtre et peinture, ne fonctionne pas! Dommage, cette grande histoire d’amour ratée entre Lou et celui qui fut un merveilleux poète, méritait beaucoup mieux…

 Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire, 41 rue Notre-Dame des Champs, Paris VI ème, jusqu’au 23 juin. T. : 01 45 44 57 34.

 

 


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