La Magie lente de Denis Lachaud, mise en scène de Pierre Notte

La Magie lente de Denis Lachaud, mise en scène de Pierre Notte

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Magie lente: mots évocateurs et mystérieux, issus d’une réflexion de Sigmund Freud:  «La psychanalyse est une magie lente». Cette création nous emmène loin et sans détour au cœur des souffrances psychiques «d’un homme cassé, appelé à se reconstruire». Le spectacle s’ouvre sur une communication faite lors d’un colloque sur les maladies psychiques, et qui relate l’histoire d’une erreur de diagnostic sur M. Louviers, considéré à tort par son psychiatre, comme schizophrène. Pendant dix ans, il vivra un enfer. Jusqu’au jour, où il décide de voir un autre médecin pour obtenir un avis peut-être différent sur la nature de sa maladie et les comportements terrifiants qui s’ensuivirent.

Seul en scène, Benoît Giros joue tous les personnages: le psychiatre invité au colloque et narrateur, le patient: M. Louviers, ses nouveau et ancien psychiatres, son oncle, les voix qu’il entend… Il passe de l’un à l’autre avec une aisance remarquable. Pour l’auteur, une évidence: «Il y a dans ce texte écrit pour un seul comédien, quelque chose qui résonne avec les pathologies psychiatriques évoquées, à savoir la schizophrénie et la bipolarité.»

Il ne s’agit pas ici d’une pièce documentaire mais bien d’une fiction théâtrale. Même si, dans l’écriture pour être au plus proche du thème et rester dans la plus grande objectivité, l’auteur a pris pendant plusieurs mois le chemin de l’hôpital.
Pour cette création, Denis Lachaud a  aussi partagé une relation complice et précieuse avec Yves Sarfati, psychiatre et psychothérapeute, lui-même passionné de théâtre. Tout part d’un fait clinique réel mais la magie du théâtre s’impose et produit sur les spectateurs un pouvoir cathartique : un des points forts de la pièce, loin d’être évident sur un  thème aussi délicat. Le récit est parfois à la limite de l’insoutenable, et nous sommes touchés par l’authenticité tragique  de ce spectacle très bien construit. Au fil des entretiens avec le second psychiatre, entrecoupés de retours en arrière sur les divers traumas et crises vécus par cet homme, nous apprenons comment la maladie, proche de la démence, s’est déclarée progressivement chez M. Louviers. Un homme en apparence sans histoire, jusqu’à son aveu, lors d’un entretien avec le second médecin, et qui résonne comme un coup de théâtre! Chaque été, il partait pour les vacances chez ses cousins et à chaque fois, entre huit ans et dix ans, il se faisait violer par son oncle. Souffrance, complexité de la maladie, mutisme et solitude ici terrifiante, sont évoqués avec des mots précis et parfois très crus. Mais pas à pas, «la magie lente» opère et le public entre en communion avec elle.

Pierre Notte a trouvé dans sa mise en scène, et grâce au talent de Benoît Giros, la juste couleur et le rythme, sans jamais tomber dans le pathos, pour rendre sensible et clair, l’inqualifiable et l’inexprimable. L’acteur incarne avec une  sincérité bouleversante, la violence du viol et de la maladie psychique, terribles  et encore trop souvent tus, ou craints, parfois même dédaignés par un grand nombre. Vite, on ferme les yeux et on n’entend plus rien. Pourtant «la barbarie est en nous», comme nous le révèle Pierre Notte. Pour rappel : une victime sur deux a des conduites addictives, quatre victimes sur dix font des tentatives de suicide, mais  11 % des viols seulement font l’objet d’une plainte!

Un spectacle important et réussi qui nous éclaire et nous permet d’avoir une approche plus réfléchie et visible, plus posée, de ce qui peut un jour traverser notre chemin… 

 Elisabeth Naud

Spectacle vu au Théâtre de Belleville, Paris XXème,  le  20 avril.

Du 6 au 28 juillet, festival d’Avignon off, à l’Artéphile.
Du 9 novembre au 23 décembre, au Théâtre de la Reine Blanche ,Paris  XVIIIème.


 

 

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