Tragedy par la compagnie One Week

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Tragedy  par la compagnie One Week

Un spectacle insaisissable, comme effiloché. Un songe mélancolique mais non sans charme. La triste histoire du jeune Hamlet découvrant que son père a été assassiné par son propre frère, et on connaît la suite: «le reste est silence», qui prend la forme d’un œuvre de cinéma muet, en noir et blanc et seize millimètres tourné au château de La Roche-Guyon, (Val-d’Oise). Cécile Saint-Paul a su lui donner le grain des tout premiers films, avec leur montage parfois abrupt et des scènes erratiques. Elle interprète Hamlet, à la manière d’une Sarah Bernhardt qui serait gagnée par la sobriété.

Le film est projeté en alternance avec des scènes non pas jouées mais habitées par des présences plus ou moins légères, parfois musicales, appliquées à des tâches minuscules et peu définies. Quand déboule une courte mais robuste conférence sur ce que pouvait être la musique dans les spectacles de William Shakespeare, on est presque choqué de ce retour à une forme de réalité tangible.

Tapis effrangés, piano assourdi, silhouettes fugitives de l’autre côté des vitres, accent anglais tel qu’on le parle plutôt ici, piles fragiles de chaises dépareillées… Le spectacle est-il commencé quand les acteurs constatent que  » ça ne marche pas, on va faire autrement» ? Ici, tout est précaire: meubles de récupération, bâches, lampes à la faible lumière. Les sons eux-mêmes et le travail délicat des voix  comme absorbés et étouffés par la toile et les tapis, restent perméables aux bruits du dehors : cri bref et puissant des paons, bruit d’un avion dont les graves s’accordent à la voix humaine ou d’une moto, et soudain, pas loin, fanfare d’une fête…

Voilà un objet non identifié, tenant plus de la performance que du théâtre, et qui tire sa poésie de sa fragilité: le paradoxe de la Ferme du Bonheur (à cinq minutes à pied du RER Nanterre-Université). Un lieu improbable comme on dit, une friche théâtrale qui existe depuis bientôt deux décennies, toujours en marge, toujours en vie. On peut, chaque dimanche, venir y cultiver son jardin, en participant aux ateliers «d’agro-poésie», et tous les soirs de spectacle, flatter le nez de la truie Sylvia et de quelques autres animaux, et attraper, au milieu de fleurs délicieuses, un beau rhume des foins.

Christine Friedel

La Ferme du Bonheur, 220 avenue de la République, Nanterre (Hauts-de-Seine) (RER Nanterre-Université), T. 01 47 24 51 24, du 3 au 5 mai.

Le 5 mai : Atelier découverte : l’apiculture.

 


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