Nouvelles Zébrures 2018

Nouvelles Zébrures 2018

La scène francophone semble quelque peu menacée avec la fermeture du Tarmac à Paris, mais les Francophonies en Limousin poursuivent leur exploration des écritures en français venues d’Afrique, d’Amérique, d’Europe…
La Maison des auteurs de Limoges reçoit des écrivains en résidence, repérés par son comité de lecture mais veut aussi présenter leurs projets, dont certains se réaliseront lors du prochain festival, en octobre. Ce printemps, auquel neuf auteurs de la planète francophone participent avec Nouvelles Zébrures, constitue un tremplin ouvert à de futures créations bien au-delà du Limousin et trouve de nouveaux partenaires en nouvelle Aquitaine, à Sarrant (Gers), La Rochelle, Barbézieux, Monbazillac, Bordeaux, Paris et jusqu’à Bruxelles.

 Ces parcours constituent les prémices de la programmation du festival à venir. Comme Par tes yeux présentés par trois auteurs : Gianni Grégory Fornet, de Bordeaux, Martin Bellemare, du Québec et Sufo Sufo, du Cameroun. Ils sont  allés  dans ce dernier pays pour y travailler et parler avec les jeunes, et vont confronter cette expérience avec des lycéens du Limousin.  Le spectacle final naîtra en septembre, de ces allers et retours ..

 Convulsions d’Hakim Bah

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

La pièce est lue au Centre Wallonie-Bruxelles, un écho parisien de Nouvelles Zébrures, sous la direction du metteur en scène belge Armel Roussel, dans la version radiophonique qu’il avait présentée au festival d’Avignon. L’auteur a reçu le prix RFI 2016 (voir Le Théâtre du Blog : Ça va ça va le monde). Un meurtre fratricide déclenche les malédictions en chaîne, au sein d’une famille. Cette adaptation africaine de la tragédie antique des Atrides, troisième volet d’une trilogie intitulée Face à la mort, emprunte largement son intrigue à Thyeste de Sénèque,  qui est ici resituée dans un contexte contemporain. Dans l’adaptation radiophonique, la pièce centrée sur l’adultère d’Atrée et Erope et la vengeance de Thyeste, commence  par un monologue d’Erope qui parle de sa condition de femme battue. On entre ainsi d’emblée dans le cercle infernal de la violence, avec celle faite aux femmes : «Ça commence par une claque ou quelque chose comme ça/Un premier coup de poing ou quelque chose comme ça//Un premier coup de tête ou quelque chose comme ça/ Un premier coup de genou ou quelque chose comme ça/ Un premier coup de pied ou quelque chose comme ça. »

 Cette violence atteindra des sommets insoupçonnés, et la prose d’Hakim Bah verse alors dans un rythme saccadé, convulsif. La langue se fait haletante, à mesure que l’horreur gagne. L’auteur guinéen, en réponse aux guerres qui agitent le monde, entend remonter à la source des violences, avec des gens qui « se bouffent  entre eux jusqu’à devenir leurs propres victimes ». Mais les didascalies, parfois ironiques,  apportent un répit bienvenu à cette tension. Certaines situations aussi permettent de sourire.

 Mireille Davidovici

La treizième édition de Nouvelles Zébrures  a eu lieu à Limoges du 13 mars au 6 avril.

Une autre version de Convulsions sera présentée au prochain festival d’Avignon dans une mise en scène de Frédéric Fisbach

La pièce est publiée par Tapuscrit Théâtre Ouvert/RFI

 

 

Prix RFI Théâtre 2016.

 

www.lesfrancophonies.fr

 

 


Archive pour avril, 2018

Le Fils de Jon Fosse, traduction de Terje Sinding, mise en scène d’Etienne Pommeret

Le Fils de Jon Fosse, traduction de Terje Sinding, mise en scène d’Etienne Pommeret

Crédit photo : Hervé Bellamy

Crédit photo : Hervé Bellamy

La dureté s’impose aussitôt. Obscurité ou manque de lumière, solitude de ceux qui restent quand tous les autres s’en vont de ce hameau. Des propos anodins mais éprouvés à l’extrême par un père et une mère qui, au seuil de l’hiver dans un pays nordique, sont rivés à leur fenêtre, seule ouverture au monde, attendant le passage du bus du soir…Le seul moment de vie sociale qui leur soit offert dans les environs!

Scénographie soignée de Jean-Pierre Larroche : côté jardin une route sinueuse, tel les rails de train d’une jolie maquette où la route semble grimper vers le lointain, bordée de petites maisons, éclairées ou non dans la nuit. «Et on dirait que c’est de plus en plus sombre d’année en année. Il n’y a plus de lumière nulle part. Il y a tant de maisons vides maintenant. Autrefois, il y avait de la lumière dans toutes les maisons. Alors que maintenant…» constate le père (Sharif Andoura) qui se réfugie souvent près de la fenêtre-suivi par la mère à la belle sagesse intérieure (Sophie Rodrigues) qui amenuise toujours la gravité des propos de son mari.

Tous deux aspirés par le paysage de la route, avec un regard qui leur est propre, entre plaisir, émotion et méditation. Sobre tristesse et solitude des cœurs, dans une région économiquement fragile et face à l’hostilité du monde extérieur où l’hiver est le temps du repli sur soi mais aussi métaphore de la mort. Dans une nature sombre et froide, tous les encombrements de la vie sociale disparaissent et l’être reste face à lui-même et à sa prochaine disparition. Un thème fréquent chez cet auteur norvégien de cinquante-huit ans, maintenant bien connu dans toute l’Europe et au-delà, et dont Etienne Pommeret avait déjà monté à l’Echangeur Dors mon Petit enfant et Kant. Jacques Lassalle avait, lui, mis en scène Matin et soir et Patrice Chéreau, Je suis le vent…(voir Le Théâtre du Blog).

Très attendus sont les jours où la lumière revient progressivement. Mais les vieux meurent : une règle du temps, et les jeunes, privés d’avenir, partent. Les parents n’ont guère de nouvelles de leur fils, sinon par un seul et proche voisin, un veuf alcoolique qui leur a appris sans plaisir, l’emprisonnement du jeune homme, musicien dans un groupe rock.  Mais, ce soir-là, le bus laisse descendre à l’arrêt près de leur fenêtre, ce voisin dont on savait qu’il était parti en ville et… ce fils qu’ils n’attendaient pas. Dans le salon, près de la cuisine attenante, le jeune homme (Karim Marmet) reste près de passions qu’il ne partage pas avec  ses parents qui ne sauront jamais s’il est allé en prison ou non.

Le voisin, bavard, hâbleur et malicieux (Etienne Pommeret) surgit malgré des difficultés à respirer. Ici, pas de règlements de compte mais une impossibilité toujours de communiquer entre les êtres, de se comprendre par-delà les générations et les choix de vie. Et pourtant, l’attente du renouveau n’en apparaît pas moins: «Oui, il fait noir et froid en ce moment, dit le père, j’ai hâte que ce soit le printemps, qu’on puisse sortir le bateau, aller à la pêche. Que les journées soient plus longues. On se sent mieux, quand les journées sont plus longues».

La prose poétique de Jon Fosse, à la fois, sobre et ouvragée avec des mots forts, est scandée de répétitions et variations à l’infini. Toujours sur le point de se révéler, la lumière, celle des maisons et des voitures,  celle de l’âme aussi ne diffuse plus sa tristesse mais, au-delà des songes et des illusions perdues, répand son éclat. Un spectacle poétique sur le temps et la vie qui passent…

Véronique Hotte

Théâtre de L’Echangeur, 59 avenue du Général de Gaulle, Bagnolet (Seine-Saint-Denis), jusqu’au 13 avril. T. : 01 43 62 71 20.

Le texte est publié l’Arche éditeur.

Les sept Pendus d’Andreïev Leonide, mise en scène de Konstantinos Gogoulos et Angélique Paspaliari

 

Les sept Pendus d’Andreïev Leonide, adaptation d’Angélique Paspliari, mise en scène de Konstantinos Gogoulos et Angélique Paspaliari
 
7 ΚΡΕΜΑΣΜΕΝΟΙ (8)Auteur dramatique russe, influencé par le symbolisme sans appartenir au mouvement dont certains membres le rejetaient, Andreïev Leonide  (1871- 1919) signe des pièces comme La Vie de l’homme (1907), Le Roi-faim (1908), Les Masques noirs (1909), Celui qui reçoit des gifles (1915), etc. Son théâtre, à l’écriture assez rude, est hanté jusqu’au morbide par la solitude de l’homme face à la mort, par la frontière insaisissable entre folie et raison et la noirceur de la vie sociale.

La nouvelle Les Sept Pendus (1908) retrace les derniers jours de la vie de condamnés à mort: des terroristes qui préparaient l’assassinat du ministre de l’Economie : un bandit, un voleur, un assassin russe venant d’Orel, et un fermier estonien qui a tué son maître et a tenté de violer sa femme… Coincés dans une petite cellule, ils attendent l’annonce de leur pendaison. Chacun prend la parole, juge ses actes, articule sa propre vérité et étale ses souvenirs, tout en essayant de se justifier défend sa vision du monde. Le terroriste lutte ici avec son destin;  il montre et partage ses inquiétudes et ses angoisses.

Angélique Paspaliari a choisi des extraits de la nouvelle et écrit des dialogues qui dévoilent avec force la psychologie des prisonniers et les relations contradictoires qui se forment durant cette terrible attente. Le metteur en scène souligne les combats idéologiques auxquels se livrent les personnages. Décor simple:  des planches de deux mètres tracent les  murs  d’une cellule. Les comédiens incarnent bien leurs personnages mais parfois surjouent et/ou crient trop fort, même quand ils sont soucieux des nuances.

Konstantinos Dalamagas (Ivan Ianson) colore à travers ses expressions l’injustice de son châtiment et sème la panique, tout en implorant la pitié. Stergios Kontakiotis (Micha le Tzigane) joue d’une façon extraordinaire, toujours située entre un burlesque où il exprime la mentalité du héros et un grotesque qui reflète la situation présente. Konstantinos Gogoulos (Werner) et Dimitris Papavassiliou (Serge) développent chacun leur propre rhétorique sur les événements qui les ont marqués Charis Chiotis (Vassili) n’approfondit guère  son personnage de condamné et reste à la surface de l’interprétation avec cris et gestes. Aggeliki Paspaliari (Tania) et Athanassia Kourkaki (Moussia), des forces «douces» mettent un certain équilibre dans cet espace plein de tensions.
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Théâtre Tempus Verum, 19 rue Iakchou, Gkazi, Athènes, T. : 0030 210 34 25 170

Le Méridien d’après Le Méridien de Paul Celan, mise en scène d’Eric Didry

©Jean-Louis Fernandez

©Jean-Louis Fernandez

Le Méridien, d’après Le Méridien de Paul Celan, traduction de Jean Launay, adaptation de Nicolas Bouchaud, mise en scène d’Eric Didry

Après La Loi du marcheur, d’après les entretiens avec Serge Daney, puis Un Métier idéal, d’après John Berger et le photographe Jean Mohr, Nicolas Bouchaud a adapté pour la scène le magnifique discours prononcé en 1960 par Paul Celan (1920-1970), quand lui a été remis le prix Georg Büchner, en Allemagne.

Le poète juif -né Paul Antschel en 1930 à Cernaüti, en Roumanie à l’époque et aujourd’hui en Ukraine- a choisi d’écrire  en allemand, la langue de ses parents… et de ses bourreaux. Son père et sa mère ont disparu dans les camps nazis, et lui, interné, a côtoyé la mort en Roumanie, son pays. Installé après la guerre à Vienne, il viendra à Paris en 1948, et exercera la fonction de lecteur d’allemand et de traducteur à Normal’ Sup. Paul Celan se jettera dans la Seine en 1970, laissant une œuvre d’une sombre et lumineuse beauté et d’une inquiétante étrangeté. On redécouvre avec émotion dans ce spectacle, le célèbre et bouleversant Todesfüge (Fugue de Mort) et Strette, entre autres poèmes.

Nicolas Bouchaud saisit le Méridien à bras le corps et met bien en valeur l’oralité de ce discours : «Que fais-je là devant vous?» s’interroge-t-il en même temps que Paul Celan. S’appuyant  sur l’œuvre de Georg Büchner pour réfléchir à sa propre pratique de la poésie,  il lui oppose la notion d’art, «avec un accent circonflexe». Le dramaturge allemand s’en prend en effet à l’art officiel: «Tout ceci n’est qu’artifice et mécanique, carton-pâte et horlogerie », dit Valério dans Léonce et Léna. Paul Celan cite aussi la nouvelle restée inachevée, Lenz (1834). Jakob Lenz, le personnage central, arrive le 20 janvier 1778 chez le pasteur Oberlin à la tombée de la nuit, après une traversée à pied de la montagne. « Simplement, il lui était parfois désagréable de ne pouvoir marcher sur la tête», écrit Georg Büchner, à propos de ce cheminement dans les Vosges, et Paul Celan surenchérit : « Celui qui marche sur la tête, a le ciel en abîme sous lui ! ».  Et conçoit ainsi la poésie : « une renverse du souffle ( …) Le poème vient par les chemins du souffle »

Une image de montagnes sous un ciel tourmenté, occupe le fond du plateau  et, au sol, Nicolas Bouchaud dessine à la craie blanche sur le sol noir, les espaces des œuvres de Georg Büchner : un échafaud pour La Mort de Danton, la table du pasteur Oberlin pour Lenz…  Et après qu’une pluie de poussière de craie aura recouvert l’espace, il y inscrit des dates, cette fois en noir sur le sol blanc. S’établit ainsi une topographie et une chronologie visuelles renvoyant à l’architecture complexe de ce discours où le poète opère une mise en abyme des œuvres de Georg Büchner et d’autres écrivains comme Blaise Pascal, Gustav Landauer… Il mène aussi une réflexion sur le temps et la mémoire : «Tout poème, dit-il, garde inscrit en lui son « 20 janvier ».» : allusion au voyage de Lenz mais aussi au 20 janvier 1942 , tenue de la conférence de Wannsee, où sera décidée par Hitler et ses sbires la «solution finale» !

Ces dates, mémorial de la violence qui active la plume de Paul Celan, s’affichent sur le plateau. Pour l’écrivain, le méridien, ligne fictive qui relie d’un pôle à l’autre, des lieux du globe, met aussi en relation tous les événements traumatiques inscrits dans sa chair et plus largement la longue suite meurtrière qui traverse l’Histoire, et dont il se fait le témoin. Réponse scénographique au temps et à l’espace cadastrés: une grande carte d’Europe vient remplacer le paysage montagnard… Mais il constate dans les dernières lignes de son discours: « Ces lieux n’existent plus sur la carte ».

Nicolas Bouchaud intègre ici un ultime poème: Toi aussi parle. Sans pathos, et avec sobriété, il nous fait entendre ce fameux «tournant du souffle», source d’écriture pour Paul Celan: «Regarde alentour, /vois comment ce qui t’entoure, devient vivant/Par la mort ! Vivant !/ Celui dit vrai, qui parle d’ombre. / Mais voici que s’étiole l’endroit où tu es …»

 Après nous avoir tenu en haleine pendant une heure dix, le comédien va serrer la main des spectateurs, pour partager physiquement cette belle leçon de poésie et de théâtre : «Je ne vois pas de différence, concluait Paul Celan dans Le Méridien,  entre la poésie et une poignée de main. » Car, tout comme ce spectacle, «le poème veut aller vers un autre» en «laissant parler son temps ».

Un grand merci à Nicolas Bouchaud et Eric Didry.

Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point, 2 bis Avenue Franklin D. Roosevelt, Paris VIIIème. T. : 01 44 95 98 21 Jusqu’au 14 avril.

Le Méridien est publié aux éditions du Seuil.

 

Lettres à Elise de Jean-François Viot, mise en scène d’Yves Beaunesne

Lettres à Elise de Jean-François Viot, mise en scène d’Yves Beaunesne

 

©GuyDelahaye

©GuyDelahaye

Témoignage juste et pertinent de la guerre 14-18, le spectacle, inspiré d’une correspondance réelle, entrelace la grande Histoire aux petites histoires familiales. Un instituteur, appelé au front, laisse au pays sa femme enceinte et ses deux enfants. Elle fera cours à la classe restée sans maître et accueillera aussi quelques Belges en exode qui aideront à la ferme. Elie Triffault, seul, lit ou bien fait revenir à sa mémoire certaines images d’un passé récent au village, avec son épouse et les siens,  et il anticipe les permissions qui tardent et finissent par arriver… L’acteur évoque, commente et décrit sa situation précaire. Derrière lui-belle scénographie de Damien Caille-Perret-une paroi vitrée sert aussi de tableau où le soldat dessine son pays en guerre et sa petite famille. Et des images vidéo laissent entrevoir la silhouette féminine aimée qui, peu à peu, dit avec émotion ses lettres de réponse.

Figure fugitive, fantôme gracieux en noir et blanc, elle semble glisser sur le sol. Peu à peu, Elise (Lou Chauvain) apparaît en transparence, à la fois présente et lointaine, indéfectiblement à Jean. Et les copains de service militaire restent soudés et forment une autre famille  pour la jeune femme quand son mari  est au front. Elise accouchera de Jeanne, la petite dernière et lui apprendra cette naissance mais aussi les notes à l’école de Camille et d’Arthur, les aînés, et l’arrivée d’un enfant et d’un adulte belges.

 Au front, un Noël partagé, fête éphémère entre soldats allemands et français. Mais les officiers tyranniques, seront capables de fusiller le chef de la compagnie: Victor bien-aimé de tous, aussitôt remplacé par Jean. Violence et brutalité des chefs haineux, sentiment de trahison chez les soldats…

Au village, la vie d’Elise s’organise et les Belges apportent leur lot d’humanité. Avec des instants comiques dans ce spectacle. Jean, lisant la lettre d’Elise, imite la Comtesse du village, altière et cruelle, qui ne livre pas de bois en quantité suffisante pour chauffer l’école mais protège son fils pour qu’il n’aille pas au front. La vie va, par-delà les horreurs de la guerre : graves blessures, voire amputations, séjours à l’hôpital et mort qui survient  brutalement. Comme on peut le voir aussi grâce à des images d’archives muettes des poilus dans les tranchées. Un spectacle précis et poétique, au plus près de la qualité des êtres.

 Véronique Hotte

Théâtre de l’Atalante 10 place Charles Dullin Paris XVIIIème, jusqu’au 14 avril. T. : 01 46 06 11 90

 

 

Récit d’un Homme inconnu, d’Anton Tchekhov, version scénique et mise en scène d’Anatoli Vassiliev

Récit d’un Homme inconnu, d’Anton Tchekhov, version scénique et mise en scène d’Anatoli Vassiliev

 

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

On pourrait résumer en quelques mots  ce récit  (1893) : une femme se prend de passion pour un homme qui l’aime peu, un autre homme qui assiste au désastre annoncé de leur vie à eux deux, s’éprend de cette femme, qui ne l’aime pas,  alors qu’il tente de la sauver de l’autre.
Mais l’écriture d’Anton Tchekhov ne se laisse pas réduire ainsi. Le malheur des femmes de la “bonne société » : un aveuglement sentimental dont il fait porter la faute à l’écrivain Ivan Tourgueniev (1818-1883)! Quitter son mari, écouter son cœur, c’est être héroïque et s’envoler vers l’idéal de la fusion des âmes. Mais quand l’amant n’arrive pas à la hauteur, la chute est rude et l’humiliation comme la déconsidération sociale, absolues! Zinaïda Fedorovna, le personnage de cette nouvelle, ne pourra pas non plus reporter son désir d’idéal sur une vision révolutionnaire : les héros sont fatigués;

Au titre d’origine Récit d’un Inconnu, Anatoli Vassiliev a préféré Récit d’un Homme inconnu. Choix qui donne au Narrateur dont on saura plus tard l’histoire et le nom: Vladimir Ivanovitch, à la fois plus de consistance et une fonction plus large, humaniste. Et en même temps, cela éclaire l’analyse que le metteur en scène fait du récit : l’image d’une Russie abimée, détruite, avec pourtant, une  fragile lueur d’espoir incarnée par la petite fille, née orpheline à la fin de l’aventure.

Beaux, élégants, Orlov et Maria dansent leur bonheur tout neuf-mais déjà en désaccord-sous le regard silencieux du laquais dont nous devinons qu’il est bien plus qu’un laquais. Valérie Dréville (Sava Lolov) danse avec une grâce parfaite. Orlov est l’amant, celui du plaisir d’un soir. Et l’Inconnu (Stanislas Nordey) a la raideur de son déguisement mais aussi celle du juge. Anatoli Vassiliev demande aux acteurs de laisser parler les corps, comme on le fait rarement au théâtre. 

Dans la seconde partie, cet inconnu, un  ancien lieutenant et révolutionnaire avorté, emmène la femme abandonnée, enceinte, à Venise, puis à Nice. L’acteur lui donne du poids, le fait bouger autrement, comme  si cet Inconnu oubliait un temps sa maladie. Il protège cette femme à qui Valérie Dréville donne toutes les audaces du désespoir, corps abandonné à l’obscénité, voix éraillée dans les graves, stridente dans les aigus. Trop ? Mais la tristesse n’est-elle pas aussi parfois violente ?

Une certaine tradition française colore le théâtre d’Anton Tchekhov d’une douce nostalgie bleutée. Mais il s’agit ici d’un récit, donc plus rude et où la souffrance n’a rien d’une « petite musique ».  La seule qui ne change pas: celle glaçante d’Orlov, égoïste jouisseur  qui reste lisse, propre,  avec une aisance que rien ne vient dégrader, le corps protégé par un imparable cynisme. Orlov et l’Inconnu ne sont pas des allégories mais des figures sociales, reflet d’une histoire des mentalités. Anton Tchekhov et Anatoli Vassiliev fouillent les plaies sans complaisance mais rappellent dans leur pessimisme, qu’il reste une place pour l »humanité », au sens d’altruisme et d’empathie, au moins  chez le narrateur. Cet homme, qui se sait malade, condamné, n’est pas aimé, et, à défaut d’avoir pu protéger la mère, prend la responsabilité d’assurer la vie d’une petite fille dont le géniteur cherche surtout à ne pas s’encombrer.

Les trois interprètes, remarquables, ne laissent rien perdre de la richesse et de l’acuité du récit. Avec une scénographie en trois plans, et avec des lumières  qu’il a aussi conçues, Anatoli Vassiliev le met en place de façon très efficace. D’abord avec une sorte d’ “orchestra“ pour la danse, qui devient parfois bateau, ou bord de mer, et en second plan, un appartement avec ses portes ; au fond, d’immenses toiles où se dessinent en gravure Saint-Pétersbourg puis Venise, qui donnent l’ampleur nécessaires à cette histoire intime. Les costumes, travaillés dans les tons écrus, suivent les destinées. Ainsi la robe élégante de Zinaïda sera ensuite remplacée par un autre robe-sac sans charme, puis par une lingerie exhibitionniste, et enfin par une grande chemise blanche lors de l’accouchement, puis de l’agonie. L’Inconnu, lui, se libère de sa livrée de laquais mais Orlov ne change pas de costume, dans son confort intact.

Le spectacle est long, très long! Par exemple, dans la seconde partie, un film du voyage à Venise,  est projeté encore et encore sur la voile d’une gondole agitée par les vagues. Du sourire  figé de Valérie Dréville en noir et blanc et de la répétition des plans naît, non pas l’image mais le “ressenti“, l’idée même de cet exil inutile, de l’ennui tragique,  de l’échec amoureux et d’un à-quoi–bon lancinant… Un spectacle long: le temps de la destruction d’un être, le temps de fouiller la douleur et de la respecter. 

Christine Friedel

MC 93 de Seine-Saint-Denis, Bobigny, jusqu’au 8 avril. T. : 01 41 60 72 72. Spectacle présenté dans le cadre de la programmation hors-les-murs du Théâtre de la Ville de Paris.

Atomic 3001 chorégraphie de Leslie Mannès

Atomic 3001 chorégraphie de Leslie Mannès

 Seule en scène, Leslie Mannès se livre à une performance « machinique » sur une musique techno, accompagnée d’éclairages accordés aux pulsations du corps et des sons. Elle s’est inspirée de séances d’échauffement pendant les répétitions d’un spectacle de la compagnie belge Moussoux-Bonté. En étroite complicité avec le compositeur Thomas Turine (Sitoïd)  et l’éclairagiste Vincent Lemaître, elle crée et danse elle-même cette pièce de quarante-cinq minutes où musique, lumière et mouvements  produisent à parts égales, une énergie explosive.

 Naissant du noir et de nappes de sons pulsés, la danse prend brutalement corps. Les pieds fichés au sol, Leslie Manès apparaît, tout de rouge vêtue, dans des flashs de lumière. Puis se transforme en danseuse-robot, agite bras et torse avec des gestes paroxystiques, comme contrainte par cette musique puissante à ne jamais s’arrêter. La partition  électronique, à orientation “techno-acid “, mixée en direct, est diffusée jusque dans la salle afin d’englober les spectateurs, traversés, voire agressés par le volume intense. Ce son de boîte de nuit conduit progressivement la danseuse à la transe.  Jusqu’à épuisement. Après une petite pause, elle reprend son rythme infernal, mais, se libérant progressivement de son ancrage au sol où la musique paraissait la clouer,  elle se déplace et se contorsionne. Comme au-delà de la transe, sans pourtant abandonner la rigueur métronomique de ses mouvements…

 En convoquant ainsi pulsions et énergie primitives, le trio de créateurs bruxellois cherche une analogie entre techno et danse tribale. Cette quête, réalisée avec un grand professionnalisme,  ne plaît  pas à tous les amateurs, bien qu’elle en ravisse un certain nombre. Le spectacle reflète cependant  et une des tendances de la danse actuelle.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 3 avril au Centre Wallonie-Bruxelles, le 3 avril, 46 rue Quincampoix, Paris 4e T. : 01 53 01 96 96 , dans le cadre du festival Incandescences

 Le 6 mai: Carlow Arts Festival (Carlow) ; les 21 et 22 mai, Sala Hiroshima (Barcelone).
Du 21 au 26 août: Dancebase – Fringe Festival (Edinbourgh)  et le 28 septembre, Avis de Turbulence , au Carreau du Temple (Paris).

 

La Petite Fille de Monsieur Linh texte de Philippe Claudel, mise en scène de Guy Cassiers

La petite Fille  de Monsieur Linh texte de Philippe Claudel, mise en scène de Guy Cassiers

©kurt van der elst

©kurt van der elst

 Avec un langage théâtral précis : textes dramatiques, littéraires et poétiques qu’il réinvente à sa façon, mais aussi  images vidéo, paroles projetées et musiques sur scène, le metteur en scène compose ici un diptyque sur l’exil et la migration. Il en créait l’an passé le premier volet, Grensgeval (Borderline) sur un texte d’Elfriede Jelinek, puis cette fois un autre plus onirique, La petite Fille de Monsieur Linh d’après le roman de Philippe Claudel.

 Seul en scène, Jérôme Kircher qu’on a vu dans un autre solo récemment, Le Monde d’hier, d’après Stefan Zweig ; le spectacle construit un monde d’images, saisies et révélées à travers le regard de M. Linh vers le public, qui déstabilisé par cette perspective,  reste cependant très attentif. Originaire sans doute du Viet nam et témoin de massacres d’un passé récent, Monsieur Linh quitte son pays sur un bateau, perdant cette ligne d’horizon qui perdure dans son cœur, ses souvenirs et sa mémoire. Il finit par accoster sur les rivages d’une contrée inconnue où il ne repère plus les odeurs. Le migrant a dû quitter son pays en guerre pour assurer un avenir à sa petite fille. Exilé, isolé, ne maîtrisant ni les codes sociaux ni la langue de ce monde nouveau où il a été projeté, il vit entre un passé qui le hante et un présent qui l’effraie.

 Sur un écran au lointain, les seules informations dont peut s’accaparer, dans le noir d’une conscience, le vieil monsieur : homme, femme, enfant, docteur, interprète. Installé dans un lieu précaire d’hébergement pour réfugiés politiques et économiques, il vit parmi des familles qui ne parlent pas la langue du pays d’accueil mais dont les enfants scolarisés s’approprient peu à peu les mots. Sur l’écran noir maculé des phrases élémentaires fuyantes : apparition et disparition expliquent une situation sommaire, celle d’un migrant qui a tout perdu – comme exclu du monde en même temps que de sa vie à lui. Les phrases fusent dans le silence, projetant l’isolement et l’enfermement ressentis par Monsieur Linh.

 Jérôme Kircher joue le narrateur, déclamant l’histoire de cet homme à la fois singulier et proche, puis peu à peu interprète  le personnage principal, une image aussi projetée de ce digne Monsieur Linh   et d’un certain Monsieur Bark, rencontré par hasard.  Il a perdu sa femme qui tenait un manège pour enfants dans le même parc où les deux hommes sont assis aujourd’hui. L’homme loquace dit qu’il a fait jadis la guerre dans le même pays ; jeune, ignorant du monde, et alors du côté des massacreurs et colonisateurs.

 Etrangeté des dialogues et des relations entre ces deux êtres qui s’entendent au-delà des mots ! Une amitié non formulée mais éprouvée dont Monsieur Linh saisit en toute conscience la dimension humaine chaleureuse : «Sans qu’il sache le sens des mots de cet homme qui est à côté de lui depuis quelques minutes, il se rend compte qu’il aime entendre sa voix, la profondeur de cette voix, sa force grave. » Voilà Monsieur Bark assis sur le banc de Monsieur Linh, et l’acteur qui fait usage d’une caméra à cour et une autre à jardin projette son image tel qu’il est. Un seul Jérôme Kircher pour deux figures différentes et semblables en même temps.

 Il incarne aussi un Monsieur Bark, plus nonchalant, expansif, dont la voix chaude inspire la sympathie et provoque l’écoute et l’empathie. Gestes quotidiens du fumeur, sourires malicieux, regards attentifs et bienveillants. L’acteur prête une voix plus douce à Monsieur Linh :  «Et qu’ainsi il est sûr qu’ils ne le blesseront pas, qu’ils ne lui diront pas ce qu’il ne veut pas entendre, qu’ils ne poseront pas de questions douloureuses, qu’ils ne viendront pas dans le passé pour l’exhumer avec violence et le jeter à ses pieds comme une dépouille sanglante »

 L’acteur assure aussi la musique en homme-orchestre, conteur et citoyen du monde.

 Véronique Hotte

 MC93 Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à  Bobigny, jusqu’au 7 avril. Tél : 01 41 60 72 72

Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz de Sylvain Levey, mise en scène d’Antonin Lebrun

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 Quoi de plus banal que de réaliser des selfies avec son téléphone mobile au cours d’un voyage scolaire et de l’envoyer à ses amis ? Tous les touristes le font de par le monde. Michelle, alias Vie de chat,  la reine du « chat », se photographie, souriante, en blouson rose à l’entrée d’Auschwitz, pour partager sur son réseau l’émotion forte éprouvée à la visite du camp de concentration, comme elle l’avait fait précédemment en immortalisant un lapin mort écrasé par sa mère.

 Mais Auschwitz n’est pas la Tour Eiffel ni la Muraille de Chine, ni même le Père-Lachaise. Aussitôt les réseaux se déchaînent et on la pourrit d’insultes. Une mésaventure arrivée à une Américaine de quinze ans, en 2014, victime parmi tant d’autres, de comportements sociaux véhiculés par le net…

 En s’emparant de cette histoire, le toujours talentueux Sylvain Levey signe une pièce proche du documentaire. Composé de courtes scènes, le texte alterne dialogues, monologues, narration et textos,  de façon non chronologique depuis le départ pour l’Allemagne jusqu’aux conséquences du selfie. D’abord léger, le ton se fait grave quand les jeunes gens découvrent l’horreur des chambres à gaz, devant les vitrines du musée et grâce au récit d’une survivante.

 Michelle, incarnée par Anaïs Cloarec, évolue au milieu de nombreux personnages, rivés à leurs smartphones: mère, amis, professeurs et internautes , et même son père mort mais encore présent sur la toile. Représentés ici par des marionnettes auxquelles Antonin Lebrun, metteur en scène et comédien prête ses voix. Ces personnages  ont la forme de mannequins grandeur nature et hyperréaliste, ou de petites poupées personnalisant leurs pseudos internet, ( un chat pour « Vie de chat », une fraise pour  « Strawberry Icecream », par exemple). Interviennent aussi des pictogrammes mobiles figurant des émoticônes stylisés. Si bien qu’une grande marionnette réaliste se double d’un alias en miniature ou d’un émoticône livrant ses sentiments. De plus, les selfies réalisés par Michelle prennent la forme de tableaux peints suspendus à un châssis en fond de scène : son « mur ». Cette démultiplication  instaure un jeu d’échelle étonnant qui nous plonge dans plusieurs niveaux du virtuel.

 Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz trouve ici un mode de représentation original qui correspond bien à la nervosité de l’écriture. L’animation très précise des marionnettes, par les deux seuls comédiens présents sur le plateau, s’accompagne d’une bande-son sophistiquée. La musique joue sur les contrastes entre séquences comiques et scènes plus graves. De courts jingles soulignent joyeusement les apparitions des avatars et des émoticônes.

 La compagnie Les Yeux creux, installée à Brest, réussit ici un spectacle virtuose et dynamique, où le fond ne cède en rien à la forme pourtant complexe. Cette représentation préfigure de manière prometteuse Scènes ouvertes à l’insolite, festival européen des formes animées où l’on pourra découvrir quatorze jeunes compagnies.

 Mireille Davidovici

Spectacle vuu le 3 avril au Théâtre Paul Eluard,  4 avenue de Villeneuve Saint-Georges, Choisy-le-Roi (Val de Marne) T. : 01 48 90 89 79

Du 31 mai au 3 juin Théâtre Paris-Villette.

 Scènes ouvertes à l’insolite du 29 mai au 3 juin organisées par le Mouffetard, Théâtre des arts de la marionnette, 73 rue Mouffetard Paris Vème. T. 01 84 79 44 44

 Le texte est publié aux Éditons Théâtrales.

 

Faust de Goethe, adaptation, magie et mise en scène de Valentine Losseau et Raphaël Navarro

© Vincent Pontet,

© Vincent Pontet,

Faust de Goethe, adaptation, magie et mise en scène de Valentine Losseau et Raphaël Navarro

 Il fallait la masse d’ennui et de lassitude chez un savant qui a tout lu, tout vu, étouffé par les livres et  la vanité de son propre savoir, pour qu’une fissure se creuse et qu’un tout petit désir naisse et grandisse : et s’il existait autre chose que la science, la gloire, et une vertu abstraite ? Un désir de vie, par exemple ? Par la brèche ainsi ouverte, entre ainsi Méphisto. L’oblique, celui que, plus tard, Henrik Ibsen appellera « le grand courbe », n’a d’autre puissance que celle qu’on lui accorde. Aux désirs sans objet, il donne l’illusion d’une consistance. En échange de son âme-peu de chose-, ce qu’il offre à Faust ne serait pas grand-chose non plus, un peu de débauche dans un cabaret, les mirages d’un sabbat chez les sorcières, s’il n’y avait  l’amour pour Marguerite et la tragédie qu’il entraîne.

Entre la magie du théâtre et le théâtre de la magie, Eric Ruf, son administrateur Général, a voulu que la Comédie-Française franchisse le pas. Il a invité les artistes les plus savants (où l’on voit qu’être savant n’éteint pas nécessairement le désir), les plus profonds dans ce qu’on appelle la magie nouvelle : « une vision artistique nourrie d’anthropologie et de magie ». Valentine Losseau et Raphaël Navarro parcourent les festivals du monde entier explorant diverses magies, et sont  artistes associés à l’ENSATT (École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre, à Lyon), et auteurs associés au Théâtre du Rond-point à Paris il s’agit donc d’une affaire sérieuse.

Et leur sérieux, c’est ici la légèreté. Sous nos yeux, Méphisto lévite un peu, cabriole en apesanteur, sans insister,  reçoit la décharge électrique d’un symbole religieux. L’âme de Faust s’évapore à vue, les sorcières de la nuit de Walpurgis dansent et disparaissent, les diablotins trottinent sur la scène, Marguerite apparaît à travers un miroir…  La mise en scène recourt à tout un éventail de trucages avec images projetées, hologrammes sans doute, allez savoir! Marionnettes et manipulations : la virtuosité, d’autant plus étonnante que pudique, mène tout droit à la poésie. Véronique Vella, Laurent Natrella, Christian Hecq, Eliott Janicot, Benjamin Lavernhe, Anna Cervinka, Yoann Gasiorowski, et aussi Marco Bataille-Testu et Thierry Desvignes, ont tous passé avec leurs metteurs en scène le pacte du secret des magiciens. Dès lors, ils entrent dans un tout autre rapport au public. Il ne s’agit plus d’être raisonnablement crédible, mais d’entraîner le spectateur dans une féerie.

Ce Faust réinvente un genre théâtral qui avait disparu, absorbé par les effets spéciaux du cinéma. De tableau en tableau-c’est le fonctionnement de la féérie-le décor d’Eric Ruf et Vincent Wüthrich se transforme, riche de ces objets malicieux qui détournent l’attention et permettent le tour de magie, ou d’images en couleur et en volume de fantômes de bonne volonté. L’intrusion, parfois, d’un personnage jouant  le directeur de théâtre fait un autre clin d’œil au théâtre de foire.

Et l’on sourit, une fois de plus, à ce spectacle plein d’humour, avec, entre autres, Dieu en jeune sportif, face au vieux Méphisto, et toute la Comédie-Française en effigie mouvante. Les charmes opèrent : et si tout se passait dans le cabinet du docteur Faust ? S’il avait tout rêvé ? Pour  nous, la fantasmagorie n’efface pas la tragédie : le cachot de Marguerite reste triste et nu, et le jeune dieu négligent de la première scène censé la racheter, n’arrive pas. Mais, avouons-le, le triste sort de la jeune fille séduite et abandonnée s’embrume, et nous restons attachés à la féérie…

 Le spectacle affiche complet jusqu’à la fin, le 6 mai ! On peut espérer qu’il y ait une reprise…

Christine Friedel

Comédie Française-Théâtre du Vieux Colombier, 21 rue du Vieux-Colombier, Paris VIème T. : 01 44 39 87 00/01

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