Les Plateaux sauvages chez eux

plateaux-sauvages-hall-principa-28-janvier-2017-baptiste-muzard_web-1

Elle voulait mourir et aller à Paris, texte, mise en scène et musique de Joachim Latarjet

One night with hollywoodlawn, A law life in high heels de Pierre Maillet/Les Lucioles

Un Dimanche au cachot, d’après le roman de Patrick Chamoiseau, adaptation de José Pliya, mise en scène de Serge Tranvouez

À la fin d’une saison hors-les-murs, voici Les Plateaux sauvages chez eux. L’ensemble architectural est modeste (pas mal de m2 quand même), peu visible de la rue entre  tags, herbes folles et niveaux de guingois.  Mais très clair à l’intérieur et qui a retrouvé ses couleurs et ses volumes des années soixante; l’ancien XXème Théâtre, ex-Amandiers de Paris y a gagné, réveillé par les espaces voisins de l’ancien centre d’animation, clairs, ouverts, rajeunis, verdoyants… Et -juré, promis-, les terrasses vont se transformer en potagers suspendus et le patio accueillera des transat à la belle saison. Ces Plateaux offrent déjà  des salles de travail et répétitions, des studios. «C’est une fabrique», dit la directrice, metteuse en scène et comédienne Laëtitia Guédon.

 Donc, pas de séries de représentations mais des «rendez-vous publics» pour partager le résultat d’un travail, accompagnés d’une transmission, d’un échange de pratiques entre artistes et public amateur. Echanges aussi avec d’autres théâtres de la ville de paris, en tenant compte de la  spécificité du quartier : une tour de Babel. On la prend au mot ? Les Plateaux Sauvages abritent aussi dorénavant la Maison Antoine Vitez, Centre national de la traduction du théâtre.

Donc une évidence: choisir pour ouvrir la maison, Elle voulait mourir et aller à Paris de Joachim Latarjet, accompagné d’un lever de rideau avec des amateurs du quartiers:  My way ou comment une chanson a construit ou bouleversé la vie de chacun. Une histoire d’exils qui parle à tous, surtout ici. Il était une fois une famille grecque chassée par la victoire des Turcs, de ce qu’on appelait l’Asie Mineure: la grande catastrophe. Le père vend des rubans dans la rue, ça marche et cela donne une famille grecque de Thessalonique bien plantée dans sa langue. Mais voilà, la fille de la maison s’en est servie pour autre chose, de sa langue: elle a embrassé un garçon au cinéma. Plutôt que la réclusion dans un couvent à Tinos, elle choisit de partir avec une famille de touristes français.
Nouvel internat catholique, mais la liberté. Le garçon oublié, elle jure qu’elle sera plus française que les Françaises. Ce qui nous amène à Joachim Latarjet, alternativement imprégné de langue grecque par sa marraine ou ses grands-parents, et interdit de grec par sa mère.

Récit joué, avec de la vraie musique et un humour délectable, d’un exil qui veut en oublier un autre, d’une “assimilation“ dont les grumeaux remontent à la génération suivante, Elle voulait mourir et aller à Paris est un vrai petit bijou. Grands sujets et moyens modestes, jeu des comédiens rapide et stylisé –peu d’effets, mais une belle acuité- et on en redemande : le spectacle a déjà été vu au Carreau du Temple à Paris, aux Subsistances à Lyon, et  au Centre Dramatique National de Sartrouville.

res-pierrePierre Maillet, des Lucioles, inaugure en même temps, une formule cabaret avec son One night with hollywoodlawn, A law life in high heels. Ou comment Holly (il-elle a oublié son prénom de naissance), débarquant à New York, passe des nuits dans le métro, à l’underground chic (on ne disait pas “branché“ dans les années 70) d’Andy Warhol, «une touffe» à peine aperçue, et sa bande. De la misère aux paillettes de star et retour. Hauts et bas, garçon et fille, avec de très bons musiciens à transformations, Pierre Maillet est souvent drôle, plein de finesse et, paradoxalement, de pudeur. Et par là même, il déjoue un peu son propre spectacle : rien de grave, je ne fais que passer…

Les Plateaux sauvages sont une fabrique : la maîtresse de maison relève le défi et paie de sa personne. Comédienne et metteuse en scène, Laëtitia Guédon sait de quoi elle parle quand il s’agit de temps et de lieux de travail, du besoin et du bonheur de transmettre l’essentiel de cette recherche. Contre l’image romantique et condescendante de l’artiste irresponsable qu’il vaudrait mieux mettre dans les mains d’un intendant, elle assume le double risque de diriger une maison et d’affronter le public.

Un-Dimanche-au-cachot-C-Baptiste-Muzard-150x150Elle met donc son élan au service de la langue de Patrick Chamoiseau. Un dimanche au cachot, un texte inclassable et foisonnant : roman, poème, essai, dialogue avec un lecteur imaginaire… Patrick Chamoiseau, dans la peau d’un éducateur, sauve une adolescente traumatisée en lui racontant l’histoire de l’Oubliée: il connaît la puissance du symbolique et la nécessité de mettre en pleine lumière le refoulé qui, de toute façon, revient. Pour la scène et pour une actrice, José Pliya a pris le parti radical et juste de resserrer le monologue sur le récit de l’Oubliée.

Enfermée sur son lit de cailloux, la dernière esclave n’a plus de nom. Chabine, métisse, ça suffira. Un jour, rêve ou réalité, elle a une permission de sortie et joyeuse, s’arrête aux portes de l’église : c’est ça Dieu ?  C’est ça, la liberté ? Révolte, cachot. Elle pourrait mourir : manger de la terre, avaler sa langue, puisque, de toute façon, on lui interdit de parler… Elle devient l’Antigone de l’Habitation (nom martiniquais des plantations) et le caveau se peuple de symboles vivants : sorcière, serpent, hurlement des chiens, et joie de savoir que le Vieil esclave qui n’avait jamais rien dit, s’est enfui. Elle se fantasme enceinte de lui, et c’est bien cela : elle est enceinte de la Liberté. Elle peut prononcer le mot, s’en repaître, s’en délecter. Alors les chiens se calment et le serpent se fait ami.

Impossible de résumer ce flot poétique. Laëtitia Guédon s’y donne, on l’a dit, avec toute sa gaîté généreuse, sa force de comédienne, mais avec un peu trop de volontarisme, tempéré par la présence et la partition musicale discrète de Blade MC Alimbaye. Le spectateur sera comblé quand la comédienne ose s’abandonner à l’écoute d’un petit souffle, d’un silence, l’écho renvoyé par l’Oubliée du fond de son cachot. Peu importe, c’est aussi le travail du  public, comme Patrick Chamoiseau fait travailler son lecteur. Spectacle à voir au Théâtre des Quartiers d’Ivry ou au Tarmac; on peut y emmener les enfants ou adolescents et ensuite, lire son livre…

Christine Friedel

-Elle voulait mourir et aller à Paris, (en tournée).

-One night with hollywoodlawn, aux Plateaux sauvages, Paris XX ème. T.01 40 31 26 35, jusqu’au 1er juin.

-Un dimanche au cachot, jusqu’au 31 mai, au Théâtre des Quartiers d’Ivry. T. 01 43 90 49 49,  et les 12 et 13 juin au Tarmac, Paris XXème. T. : 01 40 31 20 96

 


Archive pour mai, 2018

La treizième Biennale de Dakar: impressions


La treizième Biennale de Dakar: impressions

logo-dakart-300x300Dans une des plus grandes villes d’Afrique: 400.000 habitants dans les années 1970 et maintenant plus de trois millions, soit près du quart de la population du Sénégal, cette Biennale est une très importante manifestation, née de la volonté de l’État et des artistes qui, depuis les années 70, organisaient déjà régulièrement des salons consacrés à la création. Créée en 1989, avec une première édition dédiée aux Lettres l’année suivante, puis à l’art contemporain en 1992, et à la création africaine à partir de 1996.

La première édition de Dak’Art n’avait pas accordé la priorité aux artistes africains mais favorisait déjà la rencontre d’expériences entre eux et les professionnels. Depuis, la Biennale est devenue un lieu d’expression artistique mais aussi sociale: “Les politiques ont majoritairement échoué à transformer la vie de millions d’Africains, dit Hamidou Anne, consultant en communication institutionnelle sénégalais. Ils ont érigé un système inégalitaire qui a failli et qui ne laisse entrevoir aucune solution durable à moyen terme. Bien sûr, notre salut ne viendra pas de l’art car sa vocation n’est pas de nous sauver mais d’ouvrir nos yeux sur l’Afrique telle qu’elle devrait être, ou tout simplement, telle qu’elle est.»

Ce qui a sans doute changé: Dak’Art a, depuis une dizaine d’années, une renommée mondiale, même si cet événement reste encore dépendant d’organismes étrangers. Et si, au Sénégal, il y a des galeries mais pas encore de musée d’art contemporain… Dak’art est aussi appelée L’Heure rouge, en référence à quelques mots d’une courte pièce d’Aimé Césaire. Internationale et programmée dans des lieux officiels, malgré les retards et difficultés financières, elle regroupe les œuvres de quelque soixante-seize artistes africains mais aussi européens ou américains d’origine africaine, de trente-trois pays, et méditerranéens comme ceux de Tunisie.

Il y aussi un peu partout une partie Off, avec un guide remarquablement bien édité. Dans des galeries, bien sûr, mais aussi des écoles, institutions, hôtels, entreprises, cours, restaurants ou lieux alternatifs, y compris un ancien marché au sol de sable et aux murs en mauvais état, avec le collectif Agit’Art… Et cela surtout à Dakar mais aussi à Saint-Louis. « La décentralisation engendrée par les sites off, disent ses organisateurs, remet en question l’idée d’un art global et l’existence d’un art contemporain africain monolithique et panafricaniste, comme le In peut prétendre le représenter (…) et en même temps elle multiplie ses pôles, tout en la rapprochant de la population. (…) Tout l’événement se fait alors plus accessible.”

 Laeila Adjovi

Laeila Adjovi

C’est donc un moment riche d’informations et unique au monde. Avec un village de la Biennale, la Galerie nationale, le Musée de l’IFAN-Théodore Monod, l’ancien Palais de Justice, le Grand Théâtre National… Et cette manifestation est aussi l’occasion de remettre des récompenses comme le grand Prix Léopold-Sédar Senghor à la photographe franco-béninoise Laeila Adjovi. Celui de la Diversité, attribué par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et doté de quinze mille euros remis à l’artiste marocaine Souad Lahlou. Le prix spécial de l’Union économique et monétaire ouest-africaine-cinq millions de francs CFA-a été donné à l’Ivoirien Franc Fannie Aboubacar, et celui du Ministère de la Culture, au Nigérian Tejuoso Olanrewague pour son œuvre Oldies and Goodies.

Autre lieu du In de cette biennale: la maison construite en 1978 par l’écrivain Léopold-Sédar Senghor, premier président du Sénégal, décédé en 2001 et qui y a vécu avec sa famille de 1981 à 2001. Il l’appelait « Les dents de la mer ». Achetée par l’État, et réhabilitée pour en faire un musée, elle a été ouverte au public, il y quatre ans et fait penser aux architectures couleur ocre du Mali. Il y a une tapisserie signée par la Manufacture des arts décoratifs de Thiès, et des sculptures africaines. Son bureau ouvert sur le parc est resté intact, et dans sa bibliothèque: des livres d’écrivains africains, des dictionnaires français, la Bible, le Coran, et des photos de Philippe Maguilen Senghor, son fils mort dans un accident  en 1981 à vingt-trois ans…

Musée de la Femme Henriette-Bathily

Musée de la Femme Henriette-Bathily

Autre lieu emblématique du In,  le Musée de la Femme Henriette-Bathily, une institution conçue dès 1987 par le cinéaste Ousmane William MBaye et lancée en juin 1994. Et présidée par Jocelyne Nugue jusqu’à sa mort. Situé avant 2014 sur l’île de Gorée,  il a été transféré Place du souvenir à Dakar. C’est une sorte d’hommage à la vie de toutes les femmes du Sénégal et d’ailleurs, porteuses d’histoire et animatrices de l’éducation permanente. Le Consortium de Communications Audiovisuelles en Afrique (C.C.A.) dirigé par Annette Mbaye d’Erneville et soutenu par un comité: historiens, sociologues, etc. veut que cette maison de la Femme contribue à la mise en place et au renforcement des instruments indispensables d’éducation, d’émancipation, d’armement moral et scientifique de toutes les femmes sénégalaises. Où a eu lieu pendant cette biennale Dénouées, une exposition d’un collectif de quinze femmes artistes.

 2018-05-08Wakh’Art, (parler art en wolof) a ouvert la Boîte à idées, un lieu culturel dynamique  et facteur de développement fondé  il y a sept ans par Ken Aicha Sy, un jeune designer. C’est une sorte d’incubateur  pour les artistes et les  amateurs d’art peuvent y découvrir les dernières tendances. Dans une maison située quartier Fenêtre Mermoz avec comme décoration: des pneus recyclés comme d’anciens pots de peinture et autres objets récupérés. Les murs couverts de graffs appartiennent aux artistes de passage. Entre autres, le chanteur Faada Freddy, le photographe sénégalais Yace Banks, le peintre camerounais Fred Ebami, ou encore le musicien d’Haïti Jowee Omicil. Et en ce moment, une exposition du Camerounais Gabriel Dia. Il y a aussi une médiathèque et des espaces pour ateliers, expositions, performances, concerts de rap, projections de films, et  déjeuners une fois par mois avec vente de tableaux, sculptures, etc. Dans ce lieu accueillant consacré à la culture alternative, on peut louer à prix raisonnable un studio et une chambre…

Dans la maison du célèbre sculpteur sénégalais, Ousmane Sow décédé en 2016, on peut circuler librement sous les vérandas où ont été installées ses œuvres, celles à la fois connues comme les statues de Nelson Mandela, De Gaulle, Victor Hugo… et d’autres moins connues, ou restées inachevées. Et on peut aussi entrer dans son atelier resté en l’état.

Dak’art est décidément une manifestation importante d’art contemporain, avec plus de peintures que de sculptures, lesquelles surtout créées par des hommes.Mais aussi des vidéos,  œuvres d’art numérique, installations, performances, présentations publiques, concerts, etc. Une biennale sans doute unique en Afrique, dans cette immense ville sans banlieue entourée par l’océan. Le In comme le off sont, pourrait-on dire, un laboratoire des diversités du monde, ce qui nous permet de sortir des préjugés et stéréotypes sur l’art dit « africain ». Au fait, pourquoi  on ne dit jamais « art européen »?  

Guy Lenoir qui était présent à cette Biennale a réussi, avec Migrations culturelles à Bordeaux, à monter nombre de manifestations, avec une vingtaine de créateurs africains, vivant ou non à Bordeaux. « Ils nous aident,  dit-il, à déconstruire les préjugés, comme ici la Biennale.  Migrations culturelles,  que nous avons créées dans les années 80, a mis en place des actions culturelles et artistiques liant les habitants de la région aux africains  résidant à Bordeaux ou  dans leurs pays. Avec une maîtrise de la pratique picturale et des outils technologiques. J’aime en particulier la virtuosité mais aussi l’insolence, l’intelligence  de ces artistes, en particulier du Sénégal et de l’Afrique du Sud. Comme, entre autres, Pauline Gutter, Themba Khumalo, Nelson Makamo, Sam Nlhengethwa, Andrew Tshabang,  Oumar Ball, Anaïs Cadilhon, Clément Garnung, Henri Lamy, Abdoul Kadre Seck, Kwezi Strydom, Mohamed Thara… Avec une culture savante et raffinée portée par des hommes et des femmes de la trempe de Senghor qui ont poussé les artistes vers le haut, le Sénégal a maintenant des centres d’art et de culture, des écoles d’art et une biennale internationalement reconnue.»

Sait-on qu’a été construit à Ouidah au Bénin, il y a cinq ans, le premier musée en Afrique-mis à part l’Afrique du Sud-consacré à l’art contemporain. Une initiative de la fondation créée en 2005 par le financier franco-béninois Lionel Zinsou qui a aussi ouvert un centre artistique à Cotonou, la capitale…

Jean Digne

Solo d’Etienne Saglio, écriture et regard extérieur de Raphaël Navarro

Les Limbes d’Etienne Saglio, écriture de Raphaël Navarro

Etienne Saglio

Etienne Saglio

Créé en 2014 au Festival Mettre en scène de Rennes, ce magicien de trente ans étincelle  avec un solo dans le Festival Magie nouvelle au Théâtre du Rond-Point où il était déjà  venu au  avec Nos rêves définitifs-Cabaret magique.. Jongleur autodidacte,  il s’est d’abord formé aux écoles de Châtellerault, Toulouse puis à celle de Châlons-en-Champagne. En 2007 il crée Variations pour piano et polystyrène et L’Envol pour son diplôme du C.N.A.C. qu’il jouera l’année suivante au Festival mondial du cirque de demain.
En 2009, il créa Le Soir des monstres joué plus d’une centaine de fois et qui continue à tourner en France et à l’étranger. Et il créa, il y a sept ans Le Silence du monde-Installation magique, puis il s’intéresse à la cuisine en créant un repas magique avec le chef Alexandre Gauthier et Raphaël Navarro.

Avec un thème pas facile à maîtriser: la mort avec une évocation des Limbes, ce lieu qui reçoit les âmes des enfants morts avant d’avoir pu être baptisés et exclues du Paradis à cause du péché originel. Ce qui serait maintenant dans le catholicisme, une option théologique. Cet endroit mystérieux a souvent  fasciné les artistes comme entre autres Mantegna, et plus récemment  Luc et Christian Boltanski, auteurs d’une une installation. Dans le Coran, les Limbes sont une sorte d’antichambre du Paradis.

«J’avais envie dit, Etienne Saglio, de parler de ce qui se passe après la mort, mais sans s’occuper de la mort elle-même et surtout, tout en douceur. » (…)  « Quand une personne décède, on ne l’enterre pas illico, on la veille quelques jours, pour que ceux qui ont perdu un proche s’y habituent et aussi que le mort lui-même s’habitue à son nouvel état. (…)  On a peu d’informations sur ce moment-là, c’est comme un mythe, et il y a donc un imaginaire commun. « 

Etienne Saglio dialogue avec son double au manteau rouge et jongle avec une étrange forme de plastique blanc qui voyage, flottant au dessus de nos têtes, et qui rebondit d’un bout à l’autre de la grande salle pleine et enveloppe littéralement l’illusionniste où il se perd. La forme va réapparaître face à une sorte de double: un pantin presque humain qui va lancer contre lui, une puis plusieurs méduses volantes qui vont l’attaquer. On entend le Stabat Mater d’Antonio Vivaldi qui nous emporte au ciel. Une épée à la main, sa propre tête sous le bras, le magicien nous défie avec une belle ironie. Ces invraisemblables visions sont bien rares, et ce voyage onirique tout à fait exceptionnel. A ne pas rater…

Edith Rappoport

Théâtre du Rond-Point, 1 avenue Franklin D. Roosevelt, Paris VIII ème. T. : 01 44 95 98 21.

Pays de Malheur, mise en scène de Charlotte Le Bras

Pays de Malheur d’après le livre de Stéphane Beaud et Younes Amrani, mise en scène de Charlotte Le Bras

© Bruno Crépin

© Bruno Crépin

La Compagnie des Papavéracées propose une plongée originale dans la sociologie.  Avec une correspondance entre Younes, un «emploi-jeune» dans une bibliothèque et Stéphane Beaud, sociologue réputé. Auteur de nombreux  livres, cet agrégé de sciences sociales et diplômé de l’Ecole des Hautes Etudes, s’intéresse à ceux dont la parole accède rarement à la sphère publique, comme les ouvriers et les habitants des cités. 

En 2002, il avait publié 80% au bac  et après? Les Enfants de la démocratisation scolaire, que Younes Amrani découvre dans la bibliothèque. Il écrit alors à l’auteur pour lui offrir son  témoignage et s’ensuit une correspondance qui  deviendra un livre puis un spectacle. Stéphane Baud initie Younes Amrani à la sociologie et l’invite à expliquer son quotidien, à parler de ses origines et de son ressenti de la société où il tente de s’intégrer. On y découvre un jeune homme comme beaucoup d’autres, chargé de déterminismes dont il ne parvient pas toujours à s’extraire, malgré une bonne volonté et de réelles capacités de travail.

Peu à peu, Younes découvre des sociologues majeurs comme Abdelmalek Sayad ou Pierre Bourdieu qu’il déteste d’abord car il lui révèle cette division de la société en classes, ce qui le fait tant souffrir. Il demande des conseils de lecture à  Stéphane Beaud et lui décrit sa famille, la chambre qu’il partage avec ses trois frères, les coups de ceinture reçus du père, l’isolement qu’il subit au lycée face aux «bourgeois». Il raconte aussi comment certains de ses amis ont sombré dans la petite délinquance; il évoque aussi son rapprochement avec la religion et dit qu’il a réussi à ne pas être récupéré par des groupes mal intentionnés.

Un thème passionnant: l’enseignement de la sociologie par l’exemple, et Stéphane Beaud conseille souvent à Younes Amrani de raconter des anecdotes pour qu’il le comprenne vraiment. Grâce à cet échange de lettres, une émulation intellectuelle très positive pour Younes comme pour le sociologue à qui elle permettra d’avoir un sujet d’études réel. Et son interlocuteur aura, lui, des clés pour comprendre les poids qui ne lui ont pas permis de devenir celui qu’il voulait être. Grâce à cette correspondance, Younes calmera sa rage intérieure qui devient une colère de tous les jours.

Le spectacle consiste en un enchaînement de lettres qu’ils s’adressent mais cette forme assez figée impose un travail au plateau qui permettrait de sortir de la monotonie de cet enchaînement. Tout en restant dans une certaine sobriété et loin d’un simple  exercice de théâtre… Charlotte Le Bras y arrive en partie en choisissant pour incarner Younes  Agathe Fredonnet, Karim Abdelaziz et Hakim Djaziri qui parlent ensemble ou seuls. Parfois un peu plaqué et on voit les ficelles: tout l’enjeu étant de mettre du rythme dans la mise en scène. Caroline Lerda incarne un Stéphane Beaud moins présent que Younès Amrani: plutôt bien vu! Charlotte Le Bras a imaginé quelques interactions pour faire respirer le texte et vient ainsi expliquer son désir de faire du théâtre pour être ensemble, entre acteurs et acteurs avec le public, et se lance dans un aparté dansé à l’agréable légèreté. Au premier ou au second degré? On ne le saura jamais… Mais c’est toujours vivifiant quand le théâtre s’empare d’idées en s’appuyant sur la « vraie vie», avec plus de chances de sonner juste. Ici, grâce à un très bon point de départ, et vu la difficulté à mettre en scène cette parole forte, le spectacle bénéficiera de l’indulgence du public…

Julien Barsan

Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris XIème,  jusqu’au 27 mai.

Le texte est publié  aux éditions de la Découverte.

 

Soirée Thierrée, Shechter, Pérez, Pite par le ballet de l’Opéra de Paris

 

Soirée: Thierrée, Shechter, Pérez, Pite par le ballet de l’Opéra de Paris

CA869BDB-FA0E-447E-8EAE-B427040031FC

©Jean Couturier

Le titre à double sens révèle le concept  de cette création qui se joue au plus près des spectateurs, dans les espaces publics: Grand Foyer, rotondes des abonnés ou grand escalier… «Circulez! Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, bêtes, monstres et créatures de notre imaginaire … Circulez!»  Mais James Thierrée a beau inciter à la mobilité, les spectateurs ont tendance à regarder leur smartphone, sans participer vraiment à cette ruche des sens, d’où, pour certains, une sensation d’inaction. Les danseurs, très habités par leurs personnages, font preuve d’une belle concentration  mais semblent n’avoir qu’un objectif après avoir fêté la reine au milieu des grands escaliers de l’Opéra : revenir dans leur cocon protecteur, la scène du Palais Garnier… 

The Male Dancer d’Ivan Pérez au titre paradoxal,  comprend  dix hommes travestis en costumes de femmes très colorés,  avec une danse sensuelle et esthétique. En contrepoint à ce groupe, Hofesh Shechter, pour son premier ballet ici,  a travaillé avec neuf danseuses. Son The Art of not looking back présenté en deuxième partie, surprend et dérange. Le chorégraphe y évoque, ses rapports, entre manque et rejet, avec sa mère décédée.

Hannah O’Neill, Muriel Zusperreguy, Marion Barbeau, Héloïse Bourdon, Ida Viikinkoski, Caroline Osmont, Marion Gautier de Charnacé, Clémence Gross et  Héloïse Jocqueviel ont toutes bien intégré le langage du chorégraphe avec ses ruptures de rythme et ses pulsations du corps implorant le ciel. Cette évocation familiale indirecte est bouleversante : au milieu d’une bande-son agressive, on entend le Concerto pour deux violons en ré mineur de Johan-Sebastien Bach et la voix d’Hofesh Shechter : «Tu tentes d’être tout pour moi mais tu n’es rien. » (…)  « Je ne te pardonne pas.» Ses phrases, lancées comme des couteaux, donnent une tonalité sombre et amère à ces instants. Une belle soirée éclectique et pleine de surprises qu’il faut aller découvrir.

Jean Couturier

Opéra de Paris-Palais-Garnier (en alternance) jusqu’au 8 juin.

 

Les Langagières 2018

 

Copyright Michel Cavalca

Copyright Michel Cavalca

Les Langagières 2018

Née à Amiens en 1998, cette manifestation a connu cinq éditions, dont la dernière au T.N.P. à Villeurbanne (Rhône) en 2004. Interrompue pour des raisons financières, la voici ressuscitée, enrichie selon le même concept: «Mettre en rapport direct un poète, sa voix et un public, dit le directeur Christian Schiaretti, sans passer par les «ruses» d’un metteur en scène. A l’origine, Les Langagières étaient une offensive poétique dans les écoles et les théâtres, ce qui nous paraissait un combat que l’on pourrait gagner. Depuis, nous sommes dans un rapport défensif face à une mise à l’écart de la littérature…»

Avec l’écrivain et poète Jean-Pierre Siméon, il a mis au point un véritable marathon littéraire dans plusieurs salles du théâtre mais aussi hors les murs avec des brigades d’intervention poétique dans les écoles, des lectures sur les places publiques, les bibliothèques et les musées.  Des poètes ont aussi carte blanche pour présenter leur œuvre, et d’autres se produisent en spectacle ou en concert. Les enfants, eux, ont droit à plusieurs épisodes des Contes du Chat perché de Marcel Aymé, sous forme de théâtre d’objets.

En ouverture, pour affirmer combien la langue française doit à la francophonie, carte blanche à Tahar Ben Jelloun suivie d’un spectacle d’Abd Al Malik. «On le connaît mais on ignore souvent qu’il a commencé par la poésie: l’ombre du roman. » dit Jean- Pierre Siméon pour présenter l’auteur franco-marocain, célèbre par son roman L’Enfant de sable  et  La Nuit sacrée, prix Goncourt 1987.En résonance avec l’actuel drame de Gaza, il a choisi ce soir de lire in extenso Jenine. , ce long récit a été publié dans le recueil Le Discours du chameau. Il y donne la parole aux rescapés du massacre dans le camp palestinien de Jenine  en avril 2002. « Une femme, assise dans les décombres, » recherche « des morceaux de vies brisée ». Elle parle et d’autres voix lui font écho disant les bulldozers, les bombardements de l’hôpital : «La nuit est en vous comme ce cri. Je suis devenue ce cri», dit elle. On nous a retiré le parfum des roses (…) notre besoin de vérité est impossible à vaincre ( …). Ce texte a fait autrefois l’objet d’un spectacle et même si Tahar Ben Jelloun  n’est pas un grand lecteur, on en perçoit la construction polyphonique où se mêlent les ressentis de cette vieille femme, à des témoignages plus crus, dans une urgence à dire : « La terre est muette, personne ne me fera taire. »

Abd al MalikDans un tout autre style, Abd El Malik évoque, dans L’Art de la révolte, «la double humiliation de la misère et de la laideur des   »banlieues froides » » comme les nomme Albert Camus, son modèle et inspirateur. Il alterne des textes de l’auteur de L’Etranger, et ses compositions, inclassables  entre jazz, slam et rap.  Accompagné d’un pianiste, le jeune artiste donne des accents rimbaldiens à son Soldat de plomb : «Tout maigre dans ma grosse veste/Qui me servait d’armure/J’avais du shit dans mes chaussettes/Et je faisais dans mon pantalon/Soldat de plomb/Soldat de plomb/J’avais juste douze ans/Les poches remplies d’argent/J’avais déjà vu trop de sang/Soldat de plomb/Soldat de plomb ».

Dans ce spectacle, encadré par ses poèmes dont Gibraltar et Stockholm, il nous fait surtout partager en lecture, sa parenté avec Albert Camus, comme lui «placé à mi-distance de la misère et du soleil», expression puisée dans la préface de l’écrivain né en Algérie, pour la réédition de son premier texte L’Envers et l’Endroit. Abd El Malik, grand passeur de poésie, la sienne et celle de son «grand frère», fait sonner la langue, éclater les couleurs et la sensualité lumineuse de Noces à Tipaza: «Abd El Malik comme votre humble écho», écrit-il dans une lettre  à Albert Camus à l’occasion d’un spectacle qu’il lui a dédié.

Chaque soirée se clôt par  un concert. Aujourd’hui  avec Velvet in the bled, Wahid Chaïb nous livre une dizaine de chansons en français et dans le dialecte de Sétif, celui de ses parents venus d’Algérie. Des textes drôles et émouvants accompagnés par Alaoua Idir à l’oud et à la guitare électriques: «On passe des Aurès, à Barbès, comme on passe du couscous, à la bouillabaisse.» Enfants de Villeurbanne, ils métissent langues et genres musicaux avec talent et originalité.

FW3A0908-24Le lendemain, le grand poète Jacques Roubaud lit avec gourmandise et simplicité de courts poèmes et captive l’auditoire. «Je suis un crabe ponctuel», dit-il, premier vers et titre de son Anthologie personnelle qui rassemble des textes de diverses époques. Le ton est donné, entre humour et nostalgie. Rondeau de l’écureuil, Rondeau des moineaux, Rondeau du quatuor des girafes, Rondeau de la famille raton laveur distillent une part d’enfance : « C’est le jour de la grande lessive dans la famille raton laveur».

Il dit, pudique et précis, les ciels étoilés, les délices de la vie, l’amour et la vieillesse. Quelques pastiches nous amusent comme Pont Mirabeau; et dans ce qu’il appelle des «poèmes hospitaliers» il raconte, ironique, ses graves ennuis de santé. Et voici, puisqu’on est dans un théâtre:  Antoine Vitez : selon lui un «janséniste baroque/et modeste d’orgueil». Voix claire et précision d’horloge, le poète-mathématicien fait entendre les silences autant que les mots, et propose une promenade tranquille dans son œuvre. Et, en conclusion, évoque «l’ermite ornemental/que poète je fus». Il répond au public avec le même gravité amusée : «J’essaye quand je lis mes poèmes de respecter les vers ( …) La différence avec la prose, c’est qu’il y a un ton, une manière de signaler que c’est de la poésie. » « La France, dit-il, est un pays assez étrange ; la poésie est de plus en plus invisible. (…) Ou bien la France est à part, ou bien la France est à l’avant garde de ce qui va arriver ailleurs. (…) Le rôle de la poésie est de défendre la langue dans laquelle cette poésie est composée. Toute langue est menacée.»

FW3A1235-78Un autre poète, Valère Novarina, partage le souci de cette disparition dans Une Langue inconnue qu’il lit, accompagné par Mathieu Lévy, au violon. Enfant, il entendit sa mère chanter une chanson hongroise, écrite pour elle par Istvan, son amour de jeunesse. Il se prend à rêver : «J’aurais pu être hongrois, être juif ou ne pas être…»  Dès lors, il adopte le hongrois comme une secrète et seconde patrie, comme une langue maternelle incompréhensible. Ce qui le mène, de fil en aiguille, au patois de sa Savoie natale: «idiome de la vengeance poétique… langue des mains, des marcheurs, des arpenteurs.»  «Cinq mots pour dire la boue, six pour la neige »… Une langue qui dit les paysages et les travaux de la terre et des bois.

 Le même soir, on pouvait découvrir Jean Rouaud à la guitare. Le romancier des Champs d’honneur révèle un autre versant de ses talents et présente, jovial, en poèmes et chansons, «la poésie « rubriquée » comme un journal pour dire le monde».

Les Langagières réservent d’autres surprises comme les «grands cours» : une heure  chaque jour avec des poètes, chanteurs, gens de théâtres, sur les multiples manières de se saisir de la langue. Christian Schiaretti inaugure ce cycle en parlant de son expérience d’acteur et metteur en scène; avec humour et érudition, il expose, exemples à l’appui, les différents enseignements, souvent contradictoires, que reçoivent les comédiens, sur la façon de dire les alexandrins ou les vers libres. Il dit aussi son attachement au théâtre public  pour diffuser la culture et aborder notamment «les rives poétiques» avec «un théâtre d’art». Cette manifestation vise, dit-il encore, à ce «que les poètes soient concernés par le théâtre, et que le théâtre soit concerné par les poètes.»  

Le public, venu en nombre, savoure  ces rencontres’ Comme quoi, il reste encore un intérêt pour la poésie. À condition qu’on s’emploie comme ici à la populariser…

Mireille Davidovici

T.N.P.  8 place Lazare-Goujon, Villeurbanne (Rhône ). T. : 04 78 03 30 00, jusqu’au 2 juin.

 Image de prévisualisation YouTube

 

Niches et failles d’Alexis Forestier

 

Niches et failles d’Alexis Forestier

flyer-aforestier Du côté de ce qu’on ne voit pas: dans les coins, là où se forme une rupture encore secrète, dans les niches et les failles: là où regarde Alexis Forestier, artiste en continu, malaxant musique poésie, scène et construction d’objets étranges, sous la haute bienveillance de Dante, Kafka, Dada (voir son récent spectacle Modules Dada dans Le Théâtre du blog) et d’André Robillard, pensionnaire à vie de la clinique de la Borde et artiste qui fabrique et peint, entre autres, des fusils avec des couleurs vives.

Morceaux de charpente dont on a oublié la fonction, pieux au rebut, vieilles pompes à huile, ferrailles, pierres trouvée sur place : l’inventaire évoque une décharge sauvage, mais la démarche et le regard d’Alexis Forestier se trouvent exactement à l’opposé. Le prix de ces objets abandonnés? Des matières fortes qui les constituent: métal, bois, laine tassée dans un aquarium, restes de forges… et la trace du travail humain qu’ils portent. L’artiste utilise souvent aussi de petits moteurs de récupération qui leur donnent un mouvement, un rythme et une petite chanson monotone, comme une présence familière.

Dans les différents lieux du château, la modestie de ces œuvres et leur façon de prendre place fermement s’impose. Au hasard du parcours, dans les boves (anciennes étables et remises creusées dans la craie de la falaise) et dans les casemates, ils adoptent les parois humides, alvéolées par l’érosion et visitées par des mousses et algues vertes. L’œuvre et le support, comme l’environnement s’entendent bien, et l‘artiste fait son métier : donner à voir et inciter à regarder.

Mais il attend encore autre chose de cette complicité entre ses artefacts et les lieux : voir comment le climat de ceux-ci vont modifier ceux-là. Il a déjà choisi des matériaux et des formes qui ont vécu, tellement vécu qu’ils ont été rejetés. Mais non, leur vie continue,  comme ce bois pourri ou qui se craquelle, une trace de peinture qui disparaît ou se modifie, des choses qui se tassent.

Rien dans les salons du château: Alexis Forestier ne cherche pas a priori le conflit entre  lieux et pièces exposées. Mais le cabinet de curiosités est fait pour lui : ici, tout est permis comme les naturalia, pourvu que ces productions aient quelque d’étrange, d’insolite, de troublant ou rare. Artificialia, scientifica, exotica (inutile de traduire, toute le monde comprend ce latin-là): chaque objet, devenu précieux, emmène le visiteur vers son histoire –c’est quoi ce truc?- et par effet d’écho, à ses propres émotions. Un fusil bricolé avec un bout de bois et une pièce de pompe à huile, hommage à André Robillard, rappelle l’enfance, en même temps que la violence des temps, et pas seulement du nôtre ; il voisine avec un outil à rien, dont la matérialité est évidente mais la fonction totalement opaque, à côté de purs blocs de matière. Dehors, une forêt clairsemée de pieux pousse dans le gravier, et curieusement cette alliance minimale d’un produit végétal épuisé, et du minéral, respire et nous apaise.

Dans ce parcours large, généreux, avec une confiance dans les éléments et les lieux on écoutera, par exemple avant de les voir, les clochettes (anciennes pompes à graisse) suspendues très haut à la falaise de la Cour d’honneur, les sordida (nouvelle catégorie à ajouter dans les collections des cabinets de curiosité? Ces rebuts ont une véritable poésie qu’Alexis Forestier sait mettre en scène et révéler. Et rendre inutiles les classifications : musicien, metteur en scène, plasticien ? Il est artiste.

Christine Friedel

Château de La Roche-Guyon (Val d’Oise), jusqu’au 1er juillet. T. : 01 34 79 74 42

 

Matka texte et mise en scène d’Elizabeth Czerczuk

E0AC0B2A-BE70-4CD6-8BDB-F9F643A547CB

Matka texte et mise en scène d’Elizabeth Czerczuk

 Il n’y a qu’à Paris où l’on peut découvrir ce genre de lieu unique, tout proche de la place de la Nation et qui vaut le détour. Impossible de vous tromper, sur le mur extérieur, on peut lire: Théâtre Elizabeth Czerczuk… Description du « décor »: on entre dans un long couloir aux murs rouges ou noirs avec, sur le côté, un landau de bébé ancien en bois, contenant des poupées en celluloïd et des fils rouges. Deux beaux chandeliers aux bougies éclairent le comptoir d’accueil, et une vidéo où la metteuse en scène explique sa démarche d’une voix très forte. Plus loin, dans le couloir éclairé par de petits lustres de cristal, des mannequins de femmes en porte-jarretelles ou guêpière, et bas noirs. Il y a aussi quatre petits fauteuils: vert, rose, bleu, jaune dont le siège repose sur une grosse tête de mort. Si, si c’est vrai!

Dans le fond, un pupitre en bois d’école de campagne avec un mannequin de vieille femme, comme ceux de La Classe morte de son compatriote  Tadeusz Kantor (1915-1990) adversaire intime de Jerzy Grotowski (1933-1999): deux immenses  hommes de théâtre polonais qui, avec Bob Wilson mais chacun dan son genre, auront irradié tout le théâtre du XX ème siècle et que s’annexe un peu vite la metteuse en scène… On peut encore lire le nom d’Elizabeth Czerczuk en lettres pochoir découpées et répétées sur la tôle noire de la rambarde d’un escalier. Sur la gauche, un bar avec des fauteuils et un canapé aux dossiers couverts de guêpières. Décidément! Et dans les w. c, il y a aussi un mannequin nu et du papier toilette rose fuschia. Vous avez dit scénographie? Bon, on se remettra de cet étrange lieu muséal à la gloire d’Elizabeth Czerczuk!

Les six spectateurs de ce vendredi soir sont ensuite priés de descendre dans une salle au sous-sol, entièrement peinte en noir. Une probable référence à l’impressionnant mais tout simple théâtre-laboratoire de Jerzy Grotowski que nous avions pu voir à Wroclaw (Silésie). Dès l’entrée, nous entendons les premiers accords d’une musique envahissante et trop forte signée Mathieu Voisin pour accompagner Matka, dernier volet du triptyque Les Inassouvis concocté par la metteuse en scène. Avec violons et accordéon, un instrument cher à Tadeusz Kantor; il s’agit ici d’une sorte de théâtre-danse au rabais, bâti sur un montage de textes de Stanislaw Ignacy Witkiewicz dont Matka, libre adaptation d’un texte éponyme écrit en 1924. Célèbre dramaturge avec plus de trente pièces, photographe et romancier polonais, dont Tadeuz Kantor s’inspira beaucoup, du moins à ses débuts, Witkiewicz avait cinquante-quatre ans, quand, traumatisé et pris en étau par l’invasion en 1939 des armées russe et nazie, il préféra se trancher la gorge…

Dans la salle, cinq chaises grises mais pas une de plus pour le public, avec derrière, une pelouse de gazon synthétique où on peut aussi s’asseoir comme cette sixième spectatrice qui s’enfuira dix minutes après le début. Le texte-si on a bien compris-relate la vie d’une mère, à la fois séductrice et assez monstrueuse. Pas de véritable scène mais un espace assez morbide avec des miroirs sur roulettes, éclairé par des lumières rouge sang, avec, au plafond, des réseaux de fil aussi rouge sang-ce fil rouge qui manque cruellement à ce théâtre qui se veut total et très chorégraphié! Elizabeth Czerczuk voudrait bien reprendre Witkiewicz à son compte mais rien à faire, quand elle essaye en vain de créer, dit-elle, «un art contre les aliénations de notre époque, sans compromis ni demi-mesure.»

 Cela commence par cette vieille ficelle du théâtre dans le théâtre  avec un « spectateur » qui fait à voix haute des commentaires sur la pièce. Ce qui dérange un vrai spectateur qui s’est laissé lui  prendre au jeu et qui lui demande de se taire. Pendant qu’une femme récite machinalement un texte en grande partie inaudible, pour expliquer la pensée de Witkiewicz et sa théorie de la forme pure. Il y a aussi un narrateur habillé de façon ridicule qui semble vouloir  prouver le caractère absurde  de ce que nous allons voir. Matka-en français-la mère est jouée par la metteuse en scène en longue robe  noire, coiffée d’un chapeau où est planté un bouquet de roses rouges, qui crie un texte fragmenté et surtout incompréhensible à cause d’une mauvaise balance avec la musique… Son fils Léon (Zbigniew Rola) en longue cape rouge au grand  col montant, débite un discours absurde, et six danseuses en collant de dentelle noire se lancent dans une petite chorégraphie où elles imitent plutôt bien des pantins désarticulés.

Peu de temps après, elles reviendront pour un autre et identique petit ballet, mais cette fois tout habillées de blanc, puis encore une fois avec des cerceaux de crinoline. La mère tient en laisse un homme en porte-jarretelles et bas blancs qui marche à quatre pattes… Telles sont quelques unes des images de cet univers tragique et grotesque à la fois, en tout cas d’inspiration surréaliste qu’a imaginé Elizabeth Czerczuk mais où  elle ne réussit jamais à nous faire entrer… Pas un gramme d’émotion: l’ensemble ne fonctionne pas.

C9E2C9D5-1C38-4214-91A0-17C3C372C2A1Serge Noyelle avec son Barokko (voir Le Théâtre du Blog) a réussi, en s’inspirant lui aussi de Tadeusz Kantor, un opéra avec des images flamboyantes et baroques. Mais ici, comme la dramaturgie, les intentions de mise en scène et la scénographie sont des plus floues, le spectacle fait du surplace. Exactement comme dans cette autre réalisation à partir de Witkiewicz, de la metteuse en scène, et que nous avions vue à Lodz (Pologne), avec les jeunes comédiens de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot… Elizabeth Czerczuk voudrait créer un théâtre-danse total où la parole serait secondaire. Oui, pourquoi pas; oui, mais voilà, n’est pas Tadeusz Kantor, ni Jerzy Grotowski ni Pina Bausch qui veut. Et mises à part quelques belles images, on s’ennuie très vite devant les gesticulations et les insupportables rires à répétition de cet ovni à la  mise en scène très approximative, sans âme,  et au jeu des plus indigents…

Comme la vie est courte et que nous ne ressentions, après une bonne demi-heure,  aucun début de la catharsis-pourtant fièrement annoncée par la metteuse en scène- nous sommes remonté à la surface. Il y a des limites au masochisme;  restaient donc dans la salle, trois spectateurs et neuf comédiens et danseuses… Cherchez l’erreur! En sortant, nous avons pu avoir le grand plaisir de contempler, encore rappelé de façon obsessionnelle, le nom d’Elizabeth Czerczuk: d’abord sur un mur de la salle, puis de nouveau découpé au pochoir sur chaque contremarche en tôle noire de l’escalier, comme si la dame craignait qu’on l’oublie! Elle a aussi édité un premier numéro de TchErtChouk, un journal avec par précaution: en première page, le visage, et sur la page de garde, la photo en pied, puis en deuxième et troisième page, de grandes photos de qui?  D’elle, bien entendu !

On l’aura compris: convoquer à son profit plus qu’à celui du public, trois des plus remarquables des créateurs et écrivains du XX ème siècle pour construire une simili-démarche de théâtre-danse, n’a strictement aucun sens. Même si Elizabeth Czerzcuk pense le contraire et écrit – sans aucune prétention! – dans l’édito de son Journal: «Mon théâtre du XXIème siècle, aux solides racines slaves, continue de prendre son envol, tout en gardant les pieds sur terre. Lié à une recherche métaphysique, mon travail sur le corps a récemment pris une direction humaine que je veux accentuer. En me familiarisant, de spectacle en spectacle avec notre nouvel espace, j’ai en effet réduit les frontières qui séparaient les artistes de nos hôtes». Sans commentaires! Mais au fait, qui peut bien subventionner ce lieu narcissique où se déroule « une expérience atypique parmi des artistes pratiquant un théâtre total» (sic)?
Enfin, si cela vous tente vraiment…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 19 mai au Théâtre Elizabeth Czerczuk, 20 rue Marsoulan, Paris XIIème.  

Cardamone de Daniel Danis, mise en scène de Véronique Bellegarde

Cardamone de Daniel Danis, mise en scène de Véronique Bellegarde, (spectacle tout public à partir de dix ans)

 

(C)Philippe Delacroix

(C)Philippe Delacroix

Pour l’auteur, cette pièce écrite pour Julie Pilod et sa metteuse en scène, l’histoire, dont il déroule le fil, pourrait se passer n’importe où: au Québec, en France, dans les Balkans… Mais surtout en dedans de soi; il  s’amuse des mots et de leur forme pour les bousculer, les faire tomber tête-bêche et se relever. Renaissants et toniques comme un grand coup d’air frais venu de l’extérieur qui aurait balayé les pesanteurs quotidiennes et les habitudes.

 Ce mouvement intérieur d’une parole expressive à l’extrême, se révèle être la mise en abyme de l’aventure du personnage principal, la petite Cardamone qui avance certes difficilement sur la terre et dans la vie en chutant mais en se redressant aussi. Toujours autre, vindicative, tenace et menant sa route, quoi qu’il arrive.

Époque de migrations subies-la faute aux guerres et aux conflits territoriaux-hommes et femmes parcourent des kilomètres, des plus âgés aux plus jeunes. Cardamone, une mineure isolée, avec ses feutres en poche pour dessiner et raconter le monde, fait l’apprentissage de la vie, de manière brutale et violente. Au départ, dotée d’une fausse mère-une adulte qui aurait dû s’occuper de l’enfant-elle la quitte pour prendre en charge à son tour « une petite sans nom », un double plus fragile et se fait mère symbolique et gardienne d’une vie à protéger.

Sur la route de l’exil, elles affrontent ensemble le froid, la glace et l’égarement. Elles croisent le marcheur Curcuma, enthousiaste et ouvert qui guide la fillette, en lui montrant «les pieds-de-vent», ces rayons de lumière qui, poussés par le vent, traversent les nuages et descendent sur l’horizon, signes d’une vie salvatrice. Dans la forêt, Cardamone rencontre la Guerre: Julien Masson incarne cette figure cruelle, en haranguant le monde et interprète  aussi  le  jeune migrant fougueux Curcuma. .

La mise en scène de Véronique Bellegarde est efficace. Sous la lumière de Philippe Sazerat, Julie Pilod joue avec malice, colère et tendresse cette enfant décidée. Regardant le public dans les yeux, habitée, elle se dirige grâce au miroir qu’elle tient dans sa main, objet magique inversant ciel et terre, nuages et traces de boue. Elle s’oriente entre peurs, menaces et clairières de survie, et pour tracer son voyage, découpe au cutter des rouleaux de papier où elle écrit, dessine et illustre sa pensée. Ensuite, elle les roule en boule rageusement pour en faire une marionnette, la Petite sans nom. Une poupée presque vivante, imaginée par Valérie Lesort, prend le relais de la figurine de papier, étrangement expressive dans cette humanité recréée. Puis un vestige de poupée Barbie étendu sur le sol, représente la même enfant.

Pour décor, un arbre sec se tient fier avec, à côté, une cabane miniaturisée de bois. Sur l’écran, des images vidéo de Michel Séméniako avec des périphéries urbaines traversées par les migrants: des visions mêlées d’enfer et de rêve… Sur le sol, un morceau de miroir cassé où se reflète le visage de la grand-mère aimante qui parle toujours au cœur de la petite-fille. La musique et la création sonore de Philippe Thibault accompagnent avec tact cette expérience intense.

Véronique Hotte

Le spectacle a été joué au Colombier, 20 rue Marie-Anne Colombier, Bagnolet ( Seine-Saint-Denis) jusqu’au 19 mai. T. : 01 43 60 72 81.

Le texte sera publié chez L’Arche Editeur à l’automne. 

Bérénice de Racine, mise en scène de Célie Pauthe

Bérénice de Racine, mise en scène de  Célie Pauthe

9D8736CB-96E1-48DE-997A-17F2DEBE7F42Cette tragédie en cinq actes et relativement courte:  mille cinq cent alexandrins que Racine écrivit à trente et un ans, fut  créée en 1670 avec un grand succès. Peu représentée jusqu’à la fin du XIXème siècle, c’est aujourd’hui, l’une de ses tragédies les plus jouées. Souvent mise en scène notamment et surtout de façon remarquable par Roger Planchon en 1966, puis par Klaus Michael Grüber en 1984.

Unité de temps, de lieu et d’action, rigueur de la dramaturgie et du langage, intensité de ce moment de crise psychologique, dans un triangle de personnages amoureux,  épurement de l’intrigue, peinture  de l’amour face à un destin cruel et sans issue: tout dans Bérénice est remarquablement maîtrisé et continue à nous fasciner  plus de trois siècles et demi après sa création.

Vespasien, empereur de Rome est mort récemment. Son fils Titus lui a succédé. Antiochus, roi de Comagène qui aime en secret depuis cinq ans Bérénice, reine de Judée, la rencontre à Rome. Titus, le jeune empereur et grand ami d’Antiochus aime Bérénice et va se marier avec elle. Antiochus lui  annonce son départ à cause de l’amour qu’il a pour elle.  Titus demande à Paulin, son confident quel est l’avis de Rome sur ce mariage avec une reine étrangère. Très peu favorable, lui répond Paulin, car contraire à la loi. Ce que Titus sait parfaitement. Désespéré,  mais ambitieux et volontaire, il décide alors de quitter pour raison d’État celle qu’il aime. Comme le raconte l’historien romain Suétone, Rome s’opposant à ce  mariage, Titus qui vient de succéder à son père, est confronté à une situation nouvelle et doit alors renvoyer Bérénice en Judée. Malgré lui, malgré elle qui se plaint de la froideur et des silences de son amant incapable de lui répondre et qui la laisse pour aller traiter des affaires d’État.

Ensuite Titus et Antiochus se rencontrent. Titus s’étonne de son départ sans lui en demander la raison et le charge d’une mission : annoncer à Bérénice qu’elle va devoir le quitter… ce qu’Antiochus ne veut pas faire.
Il voit la reine qui l’oblige à parler et, après ses aveux, refuse à jamais de le voir et sort en proie au désespoir absolu. Titus envoie Paulin voir Bérénice et seul, se demande comment revenir sur sa décision mais ne le fait pas.
Bérénice et Titus sont effondrés. Situation sans issue pour les deux amants : lui reconnait qu’il ne peut céder sans attenter à son honneur impérial, et elle  ne veut pas rester à Rome comme simple concubine. Elle annonce à Titus qu’elle se suicidera. Antiochus lui conseille d’aller voir la reine… Ce qu’il ne fait pas.  Arsace, le conseiller d’Antiochus lui dit qu’il est heureux de voir  que la situation est plus favorable aux amours de son maître… puisque Bérénice va quitter Rome. 

Titus montre  tout son amour pour Bérénice, et demande à Antiochus d’être là quand il ira voir  Bérénice pour lui dire qu’il aime. Et Antiochus croit qu’ils se sont réconciliés. Mais Bérénice veut partir sans même écouter Titus qui l’aime toujours. Il lui arrache une lettre où elle dit que son départ est simulé et qu’elle veut mourir… Tout comme Titus qui envoie Phénice la suivante de Bérénice, chercher Antiochus. L’empereur romain  qu’il veut être absolument, explique ses raisons à la Reine. De son côté, Antiochus avoue à l’empereur qu’il estson rival en amour depuis longtemps et qu’il  veut aussi mourir. Bérénice acte avec calme leur séparation à tous les trois. Unique issue possible selon elle pour sauver leur honneur: refuser la mort mais vivre, éloignés, avec le souvenir de cette douloureuse histoire d’amour qui a échoué… Antiochus laissera échapper un dernier hélas!

Céline Pauthe a voulu, elle aussi, s’attaquer à Bérénice dont s’étaient emparés en leur temps, avec force et majesté, Roger Planchon et Klaus Michaël Grüber. La metteuse en scène a voulu bizarrement y associer Césarée, un court film-poème de Marguerite Duras dont on entend la voix en off, projeté entre les actes. On voit en lents plans-séquences: les jardins des Tuileries avec les nus en bronze de Maillol, la Seine qui coule sous les ponts et place de la Concorde, les hiéroglyphes en gros plan de l’Obélisque et une des statues-symboles des huit villes (Lille, Strasbourg, Marseille, etc.)  en cours de restauration. On regarde ces belles images qui n’offrent guère d’intérêt et cassent un rythme déjà lent. Bérénice et Phénice sa confidente disent quelques vers en hébreu sa langue natale, puisqu’elle est reine de Judée. Après tout, pourquoi pas ? Mais beaucoup moins convaincant,  le petit bricolage textuel associant le fameux: “Sois sage, ô ma douleur… de Charles Baudelaire à la fin du texte de Racine qui n’a vraiment besoin d’aucune béquille.

343565C9-AB24-4638-A06D-48993593842EDirection d’acteurs? Des plus approximatives. Mélodie Richard fait ce qu’elle peut, mais n’a rien de séduisant et n’est pas vraiment Bérénice. Et elle réussit à rendre anodins les célèbres vers: “Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, Seigneur/ Que le jour recommence et que le jour finisse/ Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice.”  Clément Bresson (Titus) fait le boulot mais semble être peu à l’aise dans un rôle aussi écrasant que celui de Titus. Et on ne sent pas, sauf à de rares moments, l’amour et l’érotisme qui étreint ce couple. Dommage…

En revanche Mounir Margoum que nous connaissons depuis longtemps, est remarquable et tout à fait crédible dans cet Antiochus, grand ami généreux de Titus, et qui tait  son amour impossible. À la fois sincère et  désemparé, quand il  doit rencontrer Bérénice. Mounir Margoum sauve nombre de scènes qui sans lui, auraient été d’une platitude absolue… Du côté confidents: celui d’Antiochus, Arsace est joué par une jeune actrice aux cheveux courts, Marie Fortuit, très efficace quand elle aide et rassure Antiochus, à chaque fois qu’il s’est fait démolir par Bérénice… Et comme cela, il y a parité dans la distribution et les féministes ne viendront pas se plaindre!  Hakim Romatif très bien aussi en confident pragmatique de Titus: il lui  rappelle avec fermeté qu’il est d’abord empereur romain, avant d’être amoureux  de la reine  de Judée.
Erreur de distribution: Mahshad Mokhberi, la confidente de Bérénice, n’a rien de crédible. Fagotée dans un tailleur-pantalon marron très laid et qui la grossit, elle fait davantage penser à un personnage de Georges Feydeau qu’à une confidente racinienne. Plutôt ennuyeux, quand il s’agit d’une tragédie aussi célèbre… Et pourquoi Célie Pauthe oblige-t-elle ses acteurs à avoir sans cesse une gestuelle des plus compliquées et à se toucher sans arrêt, ce qui parasite le texte. Mystère…

Côté scénographie: le coup du sable blanc, toujours tentant sur le plan visuel, oblige les acteurs à adapter leur marche! Bien difficile quand on porte de minces sandales comme Bérénice/Mélodie Richard; de plus affublée en plus d’une longue robe en coton vert foncé, elle n’arrête pas d’en remonter les deux minces bretelles. L’art du costume théâtral-Roland Barthes l’avait déjà bien dit il y a cinquante ans-est vraiment bien difficile!

Quelques mots du petit film de Marguerite Duras ont inspiré Célie Pauthe: « De la poussière de marbre/Mêlée au sable de la mer ». Elle a donc  imaginé un tapis de sable blanc sur tout le plateau, qui submerge une table basse de salon et remonte jusqu’à un grand canapé gris qui, mal placé, empêche les acteurs de bien circuler.
Bref, c’est une Bérénice assez ennuyeuse dont on ne peut sauver grand chose! Mieux vaut donc ne pas être trop exigeant. On entend bien les alexandrins de Racine, c’est déjà cela mais on attendait mieux de Célie Pauthe! Le public a applaudi sans enthousiasme et semblait partagé. Enfin, il est toujours rassurant d’entendre à la sortie une jeune étudiante dire à sa copine: “ Oui, d’accord mais quel texte! ”. Voilà, tout est dit. On peut se consoler en revoyant les images de la mise en scène de Klaus Michael Grüber…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon-Ateliers Berthier, 1 rue André Suarès, Paris XVIIème, jusqu’au 10 juin.

1234

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...