La Guerre de Troie (en moins de deux) d’Eudes Labrusse,mise en scène de Jérôme Imard et Eudes Labrusse (à partir de neuf ans)

© L Ricouard

© L Ricouard

La Guerre de Troie  (en moins de deux) d’Eudes Labrusse, d’après Homère, Sophocle, Euripide, Hésiode et Virgile, mise en scène de Jérôme Imard et Eudes Labrusse (à partir de neuf ans)

En fait, le spectacle n’est pas construit sur cette seule fameuse guerre mais participe d’une sorte de récit mythologique, tissé de courtes scènes jouées par sept acteurs, accompagnés par un pianiste; on peut ainsi entendre et/ou voir la naissance divine de la belle Hélène, la colère d’Achille, la jalousie des déesses face à la Pomme d’or, le choix de Pâris qui va enlever cette maudite Hélène, le sacrifice de la jeune Iphigénie par son père Agamemnon pour que souffle le vent qui l’emmènera à Troie, la colère d’Achille, le cheval de bois imaginé par les Grecs, les ruses d’Ulysse qui apparaît beaucoup moins sympathique que dans L’Odyssée mais aussi la transformation de Zeus en cygne blanc pour donner naissance à la plus belle femme du monde, la ruse de Palamède pour piéger Ulysse, la folie où va tomber le valeureux Ajax et le destin de Philoctète…
Soit en vingt-quatre tableaux, une fresque qui a donc trait en partie à la guerre de Troie. Eudes Labrusse a donc surtout travaillé sur Homère mais avec quelques emprunts à Sophocle, Euripide, Hésiode et Virgile.

 “Le projet dit-il,  s’attache à retracer la «miniature» d’une immense fresque mythologique, tout en tâchant d’en traduire le souffle d’épopée. La mise en scène est ancrée dans ce jeu de confrontation entre le petit et le grand. » Sur le plateau, une dizaine de chaises noires en bois et une très belle table rectangulaire aux pieds métalliques qui sert aussi et surtout de praticable où les acteurs jouent souvent. Des costumes noirs aussi: jupes, chemises, avec parfois quelque chose du drapé mais aussi de morceaux de treillis militaire. Quant à la belle Hélène, elle apparaît seulement en poupée barbie… “Il s’agit, précise Eudes Labrusse, de maintenir toujours une tension entre incarnation et distanciation (comme le suppose une prise en charge à la troisième personne)”.

On veut bien mais, même si la mise en scène  le jeu des acteurs sont très précises (impeccables diction et gestuelle) la dramaturgie adoptée ne fonctionne pas vraiment. Toutes ces silhouettes-plus que des personnages-défilent pendant quatre-vingt minutes, sans  que l’on puisse s’y attacher, que ce soit par le récit ou lors de trop courtes scènes. Jérôme Inard et Eudes Labrusse font (discrètement) dans l’anachronisme: une poupée barbie, un casque militaire actuel, un revolver… La vieille recette, même un peu usée, reste efficace à chaque fois auprès du public, ravi de partager une certaine connivence avec les metteurs en scène.

Mais on aimerait bien que les comédiens baissent parfois un peu le ton, et jouent moins en force ce texte-patchwork qui n’en est pas vraiment un… mais qui a le mérite de la clarté quand il faut raconter ces histoires mythologiques aux nombreux héros. Cela dit, il aurait sans doute aussi fallu moins jouer moins la carte du burlesque et du dérisoire, et davantage montrer et/ou dire l’extrême violence des combats très sanguinaires: c’est surtout cela l’Iliade-et aussi l’émotion.  Choses que l’on ne ressent presque jamais ici. A force de jouer le décalage, le burlesque et la trop fameuse distanciation, le souffle épique disparait vite… Dommage. Pauline Bayle qui avait adapté L’Iliade comme avec L’Odyssée avec beaucoup d’intelligence scénique, (voir Le Théâtre du Blog) avait beaucoup mieux réussi son coup avec deux formidables spectacles.

Il y a ici un accompagnement musical assez invasif, composé et  joué au  piano par Christian Roux, “sur un mode monophonique: la Grèce Antique ne connaissait que ce mode, puis tordu pour lui donner des sonorités orientales et balkaniques, que la musique grecque ne tardera pas à adopter mais qui surtout nous emmènent si facilement en voyage”. Mais nous n’avons rien perçu de cela. Trouver un musique inspirée de l’antique-puisqu’on n’en sait pas grand-chose et qu’il en reste juste quelques phrases-relève du pari impossible. Dans ce cas, pourquoi le tenter? Jacques Chailley pour Les Perses d’Eschyle joués plusieurs centaines de fois sur quelque trente ans dans la mise en scène-culte (1935) de Maurice Jacquemont pour le Groupe de Théâtre antique de la Sorbonne, y avait parfois assez bien réussi. Il avait eu l’idée de marier des instruments remontant à la nuit de temps comme des gongs, tambourins, crotales… mais aussi les ondes Martenot conçues dans les années vingt, ancêtre du synthétiseur, aux sons magiques, et parfois glaçants dans les aigus. Plus tard  vers 1960, Guy Morançon avait pour Les Sept contre Thèbes d’Eschyle, conçu une remarquable partition musicale, mais cette fois résolument contemporaine et toujours à base d’ondes Martenot…

Malgré un travail des plus honnêtes, et même si on ne s’ennuie pas vraiment à cette petite chose sympathique, on passe à côté de « l’approche festive et ludique d’un monument de notre imaginaire collectif”, revendiquée avec une certaine prétention par les metteurs en scène. Bref, rien ici de très nouveau ni de très convaincant: on reste donc sur sa faim, malgré quelques  beaux moments comme celui du cheval de Troie avec une table et des chaises empilées… Voilà, vous êtes prévenus et, si le cœur vous en dit, allez-y.

Philippe du Vignal

Théâtre 13/Jardin, 103 A boulevard Auguste Blanqui, Paris XIIIème. T.: 01 45 88 62 22

 

 

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