L’Odéon-Théâtre de l’Europe: une nouvelle saison

L’Odéon-Théâtre de l’Europe: une nouvelle saison 

AVT_Stephane-Braunschweig_2060Stéphane Braunschweig va entamer sa troisième saison à la direction de l’Odéon-Théâtre de l’Europe/Ateliers Berthier. Il s’est dit très heureux d’un taux de fréquentation de 87%, dont  90% de places payantes. Des spectacles comme Les Trois Sœurs, de Simon Stone (dont on espère que sa Trilogie de la vengeance sera plus solide) ou son propre Macbeth  (à nos yeux, très discutable, voir les compte-rendus du Théâtre du Blog comme pour les autres spectacles à l’Odéon et aux Ateliers Berthier) ont été vus par près de 26.000 spectateurs.

Autre constat réjouissant : l’Odéon a pu toucher un nouveau public, moins privilégié et relativement plus jeune, grâce aux avant-premières à moitié prix ; mais c’est encore cher pour les meilleures places au parterre, mais plus raisonnable pour les autres (de l’ordre de 15€ en moyenne).
 La nouvelle saison  comptera quatorze spectacles dont huit coproductions et et quatre artistes associés : Simon Stone, Sylvain Creuzevault, Caroline Guiela Nguyen et Christiane Jatahy qui a récemment monté un Ithaque pas très convaincant aux Ateliers Berthier (voir Le Théâtre du Blog).

En somme, un programme équilibré, en  anglais, français allemand… (une fois par mois, les spectacles français seront même sous-titrés en anglais pour toucher un public vraiment européen et international !), avec des spectacles de jeunes metteurs en scènes déjà confirmés, et de grands maîtres. En septembre, le metteur en scène polonais Krystian Lupa (hôte de l’Odéon dès 1996, puis du Théâtre de la Colline) viendra avec Le Procès d’après Franz Kafka ; contraint, vu la situation politique dans son pays, d’en suspendre les répétitions, il a pu les mener à bien grâce à l’appui de nombreux théâtres étrangers dont l’Odéon, qui joue là pleinement son rôle de Théâtre de l’Europe. “Le théâtre, dit Stéphane Braunshweig, est une formidable caisse de résonance, et je m’étonne pas que les projets de cette saison soient fortement traversés par des enjeux politiques et sociétaux, dont l’art contemporain aujourd’hui, sous toutes ses formes, fait souvent sa matière. Les grands spectacles européens que nous avons invites donneront le la”.

Sylvain Creuzevault, artiste associé, montera après trois ans de recherche et d’écriture,  Les Démons, d’après Fiodor Dostoievski, avec notamment Valérie Dréville et Nicolas Bouchaud.
 Suivra Love de l’auteur et metteur en scène anglais Alexander Zeldin, artiste associé au Birmingham Repertory Theatre, avec une pièce sur  la vie de migrants, chômeurs ou retraités sans ressources séjournant provisoirement dans un local des services sociaux.


Julien Gosselin, présentera une fois de plus un «théâtre fleuve» : trois romans de Don Delillo, Joueurs, Mao II, Les noms, le tout en huit heures de spectacle ! Christophe Honoré reviendra avec Les Idoles sur la génération sida, comme Clément Hervieu–Léger avec Le Pays Lointain, de Jean-Luc Lagarce.

Jean-François Sivadier mettra en scène Un Ennemi du peuple d’Henrik Ibsen, une pièce moins connue que son célèbre Peeer Gynt mais d’une évidente actualité sur les magouilles économico-politiques. Place sera faite aux femmes, auteurs et metteuses en scène (aux Ateliers Berthier…), avec Arctique d’Anne-Cécile Vandalem, Cataract Valley, un projet de Marie Rémond d’après Jane Bowles,, et la reprise de Saigon. Am Königsweg de la prix Nobel Elfriede Jelinek, dans une mise en scène de Karl Richter, aura les honneurs de l’Odéon.

5DDEEB51-C03B-4975-9E97-3FBB05E9F6C0Stéphane Brausnchweig, lui, a choisi de mettre en scène L’Ecole des Femmes, de Molière, une pièce restée incroyablement forte et ouverte à l’interprétation, quatre siècles après sa création. Pour lui, elle distille un fort malaise, avec cette folie totalitaire d’Arnolphe (qu’interprètera Claude Duparfait) envers Agnès qu’il séquestre depuis son plus jeune âge. Le directeur de l’Odéon  entend dans cette pièce une résonance évidente avec la révolte féministe actuelle et la libération de la parole… Cette Ecole des Femmes partira ensuite en tournée dans toute la France.




On est heureux d’apprendre qu’aux Ateliers Berthier, le projet la future Cité du Théâtre avance : Conservatoire national, salles de travail, bibliothèque rassemblant plusieurs fonds… Signe positif d’une politique culturelle qui tient à sanctuariser le théâtre. Mais comment ne pas avoir quelque inquiétude pour l’éducation artistique (plus de 15.000 élèves  concernés par le travail avec l’Odéon, quand même)  dont le financement est en effet laissé au mécénat, et donc plus précaire….
 Le tout fait une belle saison, sur la lancée de la précédente : pourquoi changer une équipe qui gagne ? Le public de l’Odéon peut se sentir en confiance, et même espérer être parfois un peu secoué…

Philippe du Vignal et Christine Friedel

Odéon-Théâtre de l’Europe  2 rue Corneille Paris VI ème. T. : 33 (0) 1 44 85 40 40 

 


Archive pour 13 mai, 2018

Manon, musique de Jules Massenet, répétition avec le ballet de l’Opéra de Rome.

Manon, musique de Jules Massenet, chorégraphie de Kenneth Macmillan, reprise par Karl Burnett et Patricia Ruanne, répétition avec le ballet de l’Opéra de Rome.

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(C)Jean Couturier, photo de répétition

Un triste histoire que celle de Manon Lescaut., adaptée du roman de l’Abbé Prévost (1731). Promise au couvent, la jeune fille tombe amoureuse du chevalier Des Grieux et s’enfuit avec lui. Ils vivent ensemble à Paris mais Manon, restée soumise à son frère, finit par  vendre ses charmes à un homme fortuné Monsieur de G. M.  Les deux amants se battent et Manon est déportée à la Nouvelle-Orléans. Des Grieux la retrouvera et tue alors son geôlier violeur, tandis que Manon meurt dans ses bras. 

Les journées de travail sont longues : après une heure vingt de cours dans les deux salles de l’Opéra, les répétitions débutent à onze heures trente et se terminent à dix-neuf heures. Etoiles, premiers danseurs, solistes, et corps de ballet écoutent attentivement Karl Burnett qui s’exprime en italien, français et anglais et explique les mouvements de chacun tout,  en définissant l’espace de jeu. Il joint le geste à la parole avec un fascinant ballet de mains pour transmettre ses consignes. Après avoir longuement observé les propositions des danseurs, il oriente leur travail pour construire le ballet scène après scène, avec l’aide de Benjamin Pech, Eléonora Abbagnato et Patricia Ruanne.

La chorégraphie imaginée par Kenneth Macmillan exige des interprètes de vrais risques physiques avec voltiges, portés compliqués et passage des danseuses de mains en mains. Il a donc fallu recourir à plusieurs distributions pour les six représentations à la fin mai. Alessandra Amato, Susanna Salvi, Michele Satriano et Claudio Cocino se succèderont dans les rôles principaux. Benjamin Pech et Eléonora Abbagnato retrouveront, eux, certains soirs les scènes qu’ils ont dansées à l’Opéra de Paris par le passé, et Friedemann Vogel, du théâtre musical Stanislawski de Moscou sera artiste invité. On attend avec impatience les pas de deux de Manon et des Grieux, bouleversants de sensualité, et  les pas de trois avec Manon, Lescaut et Monsieur G.M., porteurs d’une vraie violence. Théâtralité, sensualité, et performance technique  seront au rendez-vous de ce beau spectacle qu’il serait bien de découvrir un jour en France…

Jean Couturier

Opéra de Rome, du 25 au 31 mai.

 

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