Niches et failles d’Alexis Forestier

 

Niches et failles d’Alexis Forestier

flyer-aforestier Du côté de ce qu’on ne voit pas: dans les coins, là où se forme une rupture encore secrète, dans les niches et les failles: là où regarde Alexis Forestier, artiste en continu, malaxant musique poésie, scène et construction d’objets étranges, sous la haute bienveillance de Dante, Kafka, Dada (voir son récent spectacle Modules Dada dans Le Théâtre du blog) et d’André Robillard, pensionnaire à vie de la clinique de la Borde et artiste qui fabrique et peint, entre autres, des fusils avec des couleurs vives.

Morceaux de charpente dont on a oublié la fonction, pieux au rebut, vieilles pompes à huile, ferrailles, pierres trouvée sur place : l’inventaire évoque une décharge sauvage, mais la démarche et le regard d’Alexis Forestier se trouvent exactement à l’opposé. Le prix de ces objets abandonnés? Des matières fortes qui les constituent: métal, bois, laine tassée dans un aquarium, restes de forges… et la trace du travail humain qu’ils portent. L’artiste utilise souvent aussi de petits moteurs de récupération qui leur donnent un mouvement, un rythme et une petite chanson monotone, comme une présence familière.

Dans les différents lieux du château, la modestie de ces œuvres et leur façon de prendre place fermement s’impose. Au hasard du parcours, dans les boves (anciennes étables et remises creusées dans la craie de la falaise) et dans les casemates, ils adoptent les parois humides, alvéolées par l’érosion et visitées par des mousses et algues vertes. L’œuvre et le support, comme l’environnement s’entendent bien, et l‘artiste fait son métier : donner à voir et inciter à regarder.

Mais il attend encore autre chose de cette complicité entre ses artefacts et les lieux : voir comment le climat de ceux-ci vont modifier ceux-là. Il a déjà choisi des matériaux et des formes qui ont vécu, tellement vécu qu’ils ont été rejetés. Mais non, leur vie continue,  comme ce bois pourri ou qui se craquelle, une trace de peinture qui disparaît ou se modifie, des choses qui se tassent.

Rien dans les salons du château: Alexis Forestier ne cherche pas a priori le conflit entre  lieux et pièces exposées. Mais le cabinet de curiosités est fait pour lui : ici, tout est permis comme les naturalia, pourvu que ces productions aient quelque d’étrange, d’insolite, de troublant ou rare. Artificialia, scientifica, exotica (inutile de traduire, toute le monde comprend ce latin-là): chaque objet, devenu précieux, emmène le visiteur vers son histoire –c’est quoi ce truc?- et par effet d’écho, à ses propres émotions. Un fusil bricolé avec un bout de bois et une pièce de pompe à huile, hommage à André Robillard, rappelle l’enfance, en même temps que la violence des temps, et pas seulement du nôtre ; il voisine avec un outil à rien, dont la matérialité est évidente mais la fonction totalement opaque, à côté de purs blocs de matière. Dehors, une forêt clairsemée de pieux pousse dans le gravier, et curieusement cette alliance minimale d’un produit végétal épuisé, et du minéral, respire et nous apaise.

Dans ce parcours large, généreux, avec une confiance dans les éléments et les lieux on écoutera, par exemple avant de les voir, les clochettes (anciennes pompes à graisse) suspendues très haut à la falaise de la Cour d’honneur, les sordida (nouvelle catégorie à ajouter dans les collections des cabinets de curiosité? Ces rebuts ont une véritable poésie qu’Alexis Forestier sait mettre en scène et révéler. Et rendre inutiles les classifications : musicien, metteur en scène, plasticien ? Il est artiste.

Christine Friedel

Château de La Roche-Guyon (Val d’Oise), jusqu’au 1er juillet. T. : 01 34 79 74 42

 

 

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