Change me d’après Ovide, Isaac de Benserade et la vie de Brandon Teena, mise en scène de Camille Bernon et Simon Bourgade

Change me, d’après Ovide, Isaac de Benserade et la vie de Brandon Teena, mise en scène de Camille Bernon et Simon Bourgade

 

Crédit photo : Benjamin Porée

Crédit photo : Benjamin Porée

 Dans ses Métamorphoses, Ovide (43 av. J.C. – 18 après J.C.) fait d’Iphis une jeune fille qui se travestit en garçon pour échapper à la violence paternelle  et amoureuse de Iante,  mais elle est alors bien en peine de se marier. Heureusement, une métamorphose divine imprévisible rétablit la norme et peut ainsi la sauver… Le mythe devient plus subversif avec en 1630, un jeune poète précieux, Isaac de Benserade qui, lui, fait consommer le mariage avant la métamorphose d’Isis! Autre élément à la base de ce spectacle: en 1993, aux Etats-Unis, eut lieu un crime horrible. Brandon Teena, née de sexe féminin et  transgenre, fut violée puis tuée par ses amis, quand ils découvrirent sa véritable identité.

 Les textes d’Ovide et Isaac de Benserade et des articles de presse sont donc utilisés par  Simon Bourgade et Camille Bernon, la jeune comédienne qui joue Axel, née fille et devenue, au fil des années, un garçon à l’apparence  bien masculine…  La bisexualité est réservée aux dieux mais la distinction sexuelle pèse sur la condition humaine. Ainsi, le passage de l’enfance à l’adolescence provoque la nostalgie de la plénitude originelle. Et que l’être, androgyne soit femme et/ou homme, sa souffrance est inhérente à la perte et à la quête. Cette figure de l’androgyne ne se distingue pas de l’hermaphrodite, l’un et l’autre étant homme et femme. Avec les représentations de l’être bisexué, on s’ interroge sur l’unité originelle et l’expression d’un tout. Entre douleur et scandale…

Ici, la mère n’entend guère la souffrance de son enfant qui a grandi et dont les amis adhérent à une norme sociale conventionnelle et régressive. On le sait: les « trans » sont particulièrement discriminé(e)s dans de nombreux pays qui les pénalisent et/ou les  psychiatrisent. Mettant ainsi des obstacles institutionnels à la reconnaissance de leur identité et  à leur accès aux soins. Tout récemment, on a reconnu le transgenre, c’est à dire une personne dont l’identité sexuelle et psychique ne correspond pas au sexe biologique. Le genre étant indépendant de l’orientation sexuelle et  les «trans» se révélant hétéro, homo, bi ou encore asexuels…

A cour, une petite voiture rouge pour abriter les  protagonistes qui y font l’amour avec violence, une salle de bain et à jardin, un vieux canapé et une table basse couverte de bouteilles pour fêter l’anniversaire d’Axel, ce qui se passera dès que sa mère aura tourné les talons.
Les metteurs en scène utilisent un écran vidéo pour diffuser les dessins qui illustrent le poème d’Ovide et la paroles des proches d’Axel qui, deux ans plus tard le visage triste, relatent en direct et en gros plan cette soirée tragique. Dans le salon, un autre grand écran mais de télévision diffuse en continu: images et son de dessins animés, émissions de variétés,  paroles et musique de chansons pour karaoké, et reportages d’archives.

Les scènes entre Axel et sa mère, comme celles entre elle/lui et ses amis, sont très justes, au-delà de la trivialité des situations et des propos crus échangés. Pauline Bolcatto (la mère et la sœur d’un ami), et les garçons machos et très vulgaires (Baptiste Chabauty et Mathieu Métral) comme Pauline Briand  (la petite amie d’Axel) font déjà tous preuve d’un solide métier.

Véronique Hotte

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de Manœuvre, jusqu’au 10 juin. T. : 01 43 28 36 36

 

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