Chantiers d’Europe : Winterreise mise en scène de Yael Ronan

 

©Ute Langkafel MAIPHOTO

©Ute Langkafel MAIPHOTO

 

 

Chantiers d’Europe au Théâtre de la Ville:

Winterreise,  mise en scène de Yael Ronan

Des comédiens professionnels originaires d’Afghanistan, Syrie et Palestine qui ont fondé l’Exil Ensemble et une metteuse en scène née à Jérusalem, en résidence au  Maxime Gorki Theater de Berlin : un plateau novateur de la scène allemande. Yael Ronen a construit un spectacle à partir de regards et douleurs croisées entre Israël et la Palestine. Wintereise (Voyage d’hiver) comme le  cycle des vingt-quatre lieds de Frantz Schubert, est une exploration sombre de thèmes comme le rejet de l’autre, la solitude… Mais aussi une méditation sur l’exil dans un pays radicalement nouveau pour ces émigrés.

Les murs de scène font office d’écran à la ligne incurvée : avec des images du Musée du Jeu de Paume à Paris avec les Nymphéas de Claude Monet, mais défilent aussi des paysages d’hiver dans les villes et campagnes que le car traverse. Le public est convié à ainsi revivre  en partie deux semaines de voyage,  à travers l’Allemagne, avec une brève incursion en Suisse. Ces voyageurs malgré eux sur une terre d’exil, sont joués par des acteurs avertis, Ayham Majid Agha, Maryam Abu Khaled, Hussein Al Shatheli, Karim Daoud, Tahera Hashemi, Mazen Aljubbeh, Kenda Hmeidan et Yael Ronan.

Que recueillent-ils moralement de la rencontre obligée avec les habitants joués ici par Niels Bormann, un acteur du Maxim Gorki Theater,  divers spécialistes et le conducteur du car qui  essayent de leur expliquer ce qu’est l’Allemagne… Pour ces exilés et réfugiés, c’est l’occasion d’ouvertures à l’autre. Dans ce voyage à travers l’Allemagne entrent des récits intimes de fuite et d’arrachement à la terre natale mais aussi des observations facétieuses. La Palestinienne Maryam Abu Khaled semble désorientée, quand son amoureux allemand la présente à son autre amoureuse qui, elle-même, a aussi une copine. Il lui avait parlé de relation ouverte, ce qui était resté pour elle  bien abstrait. Décalé, ce cours sur  les coutumes et des pratiques sexuelles allemandes….

Le froid glacial est une épreuve de tous les jours pour les autochtones comme pour les exilés. Autre scène pour rire, les voyageurs commencent leur tournée par Dresde, capitale du romantisme allemand que voudrait  leur faire visiter Niels Bormann. Mais  contretemps: tous les migrants, reclus dans leur hôtel, voient depuis la fenêtre de leur chambre défiler une manifestation haineuse à leur endroit. Celle d’un mouvement d’extrême-droite nationaliste au doux nom de Patriotes européens contre l’islamisation du monde occidental.

Karim, joué par Karim Daoud palestinien, champion de parkour : une discipline sportive consistant à franchir le plus vite possible des obstacles urbains ou naturels : il montre au public un brillant échantillon de ses sauts osés.  Lui et Hussein Al Shatell, un comédien de Damas, tentent de comprendre les banderoles des manifestants : « Fatima Merkel». Karim dit, en arabe, avoir pensé que Merkel s’appelait Angela !

 La pièce est jouée en allemand et arabe, avec surtitrage en anglais et en français. Chaque interprète se lance dans un discours autobiographique: on devine les douleurs éprouvées, et les situations absurdes  que ces émigrés ont dû supporter

Un beau spectacle sans concession sur la rencontre avec l’autre…

 Véronique Hotte

 Spectacle vu au Théâtre des Abbesses, le 30 mai. T. : 01 42 74 22 77.

 

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