Manon, musique de Jules Massenet, répétition avec le ballet de l’Opéra de Rome.

Manon, musique de Jules Massenet, chorégraphie de Kenneth Macmillan, reprise par Karl Burnett et Patricia Ruanne, répétition avec le ballet de l’Opéra de Rome.

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(C)Jean Couturier, photo de répétition

Un triste histoire que celle de Manon Lescaut., adaptée du roman de l’Abbé Prévost (1731). Promise au couvent, la jeune fille tombe amoureuse du chevalier Des Grieux et s’enfuit avec lui. Ils vivent ensemble à Paris mais Manon, restée soumise à son frère, finit par  vendre ses charmes à un homme fortuné Monsieur de G. M.  Les deux amants se battent et Manon est déportée à la Nouvelle-Orléans. Des Grieux la retrouvera et tue alors son geôlier violeur, tandis que Manon meurt dans ses bras. 

Les journées de travail sont longues : après une heure vingt de cours dans les deux salles de l’Opéra, les répétitions débutent à onze heures trente et se terminent à dix-neuf heures. Etoiles, premiers danseurs, solistes, et corps de ballet écoutent attentivement Karl Burnett qui s’exprime en italien, français et anglais et explique les mouvements de chacun tout,  en définissant l’espace de jeu. Il joint le geste à la parole avec un fascinant ballet de mains pour transmettre ses consignes. Après avoir longuement observé les propositions des danseurs, il oriente leur travail pour construire le ballet scène après scène, avec l’aide de Benjamin Pech, Eléonora Abbagnato et Patricia Ruanne.

La chorégraphie imaginée par Kenneth Macmillan exige des interprètes de vrais risques physiques avec voltiges, portés compliqués et passage des danseuses de mains en mains. Il a donc fallu recourir à plusieurs distributions pour les six représentations à la fin mai. Alessandra Amato, Susanna Salvi, Michele Satriano et Claudio Cocino se succèderont dans les rôles principaux. Benjamin Pech et Eléonora Abbagnato retrouveront, eux, certains soirs les scènes qu’ils ont dansées à l’Opéra de Paris par le passé, et Friedemann Vogel, du théâtre musical Stanislawski de Moscou sera artiste invité. On attend avec impatience les pas de deux de Manon et des Grieux, bouleversants de sensualité, et  les pas de trois avec Manon, Lescaut et Monsieur G.M., porteurs d’une vraie violence. Théâtralité, sensualité, et performance technique  seront au rendez-vous de ce beau spectacle qu’il serait bien de découvrir un jour en France…

Jean Couturier

Opéra de Rome, du 25 au 31 mai.

 


Archive pour mai, 2018

RECONSTITUTION, texte et mise en scène de Pascal Rambert

RECONSTITUTION, texte et mise en scène de Pascal Rambert

 © Tristan Jeanne-Valès

© Tristan Jeanne-Valès

Un spectacle né de la rencontre de Pascal Rambert avec Véronique Dahuron et Guy Delamotte, directeurs du Panta Théâtre à Caen où était programmé Clôture de l’amour de l’auteur-metteur en scène Celui-ci apprécie l’accueil et le projet de ce lieu voué à la création contemporaine et accepte de leur écrire une pièce: «Quand Véronique m’a demandé d’écrire pour eux, j’ai dit oui. J’écris donc pour Véronique et Guy RECONSTITUTION. Je sais que ce sont deux personnes qui se sont aimées et qui se retrouvent pour tenter de reconstituer le moment où elles se sont rencontrées.»

Soit une pièce en forme de cérémonial funèbre où deux personnages vont tenter de retrouver leur amour défunt, ce que fut cet amour, ce qu’est l’amour, et où ils consacrent sa perte irréparable. Une sorte de suite à Clôture de l’amour, une pièce de Pascal Rambert avec, ici, un couple déchiré, trente ans après leur première rencontre. Avec la même scénographie : une grande salle blanche éclairée par la lumière crue d’un plafonnier de tubes fluo. Au fond, de grandes tables de cantine à roulettes. La femme et l’homme, face à face, se parlent. Elle commence la conversation et lui écoute mais elle a tout organisé  et d’un bout à l’autre, elle mènera le jeu,: «Là, c’est la table du passé, la table des boîtes/ notre vie dans des boîtes/ quelle ironie/ tous ces moments pliés dans des boîtes /des moments à deux puis à trois réduits à des choses pliées rangées, glissées dans des boîtes (….)  donc nos deux tables du passé à l’extérieur gauche et à l’extérieur droit / entre les tables du passé la table du souper avec tout ce qu’il faut pour dîner comme on a dîné 1.460 fois ensemble/à côté entre la table du souper et ta table du passé, la table de la reconstitution.»

Ils ne sont plus très jeunes et ont de nombreux souvenirs, encombrants. Il l’a quittée et elle a alors eu un cancer du sein : « Ce qui t’as libéré, m’a tuée », dit-elle. Leur fille aussi l’a quittée : «II faut que les filles se séparent de leur mères (…) Les mères, vous êtes dingues», lance-t-elle dans une longue diatribe où elle passe du discours de son enfant, à ses propres griefs et à ses interrogations sur l’amour, le sexe, etc. Un remarquable monologue, que la comédienne interprète d’un seul élan, avec brio.

Pascal Rambert fouille impitoyablement dans les ressorts de l’amour et du désamour avec un flot ininterrompu de questions-réponses, un combat de mots où s’exprime la tension des rapports, amour et haine mêlés, passé et présent confondus. Un verbe brutal, froid, violent, aux commandes de l’action. Mais le metteur en scène rend ces mots concrets en s’appuyant sur un rituel: déplacement des tables, confection d’une soupe, manipulation de livres et photos… Des bougies s’allument devant une bâche bleue tendue, et c’est la chapelle où ils ont eu l’un pour l’autre le coup de foudre, au bord de la mer…

Les personnages portent les prénoms des acteurs et leur ressemblent-il s’agit d’une pièce sur mesure-et cela sème le trouble; même si l’intime qui s’expose ici est une fiction, la pièce se joue sur un fil, et risque à tout moment de sombrer dans  le pathos. Mais les comédiens réussissent à tenir jusqu’au bout sur cette corde raide et on est bien dans une représentation théâtrale, avec la mise en scène d’une « reconstitution », opérée avec des accessoires et sur un plateau. Écriture, jeu et mise en scène, tout concourt à distiller une nostalgie douce-amère dans ce spectacle d’une grande délicatesse et d’une pudique impudeur. Des spectateurs en sortiront bouleversés mais aucun n’y restera indifférent.

 Mireille Davidovici

Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes ; route du Champ de manœuvre T. : 01 43 74 99 61, jusqu’au 23 mai. 

 La pièce est publiée aux Solitaires Intempestifs.

L’Esprit de Mai

 

L’Esprit de Mai

22B17A6E-37F4-4234-9BAA-DE0DA9C72406Ça aurait pu être un spectacle de l’Odéon, intelligent, construit, pensé. Antoine De Baecque, en bon prof d’histoire, rembobine l’histoire de l’Odéon, de Marie-Antoinette, au grand soir où le peuple a «pris la parole comme il avait pris la Bastille»  devant un Jean-Louis Barrault, directeur du lieu, assez désemparé. Ce dont André Malraux, alors ministre de la Culture qui surveillait sa « vitrine » au nom du général de Gaulle, l’a puni. Intéressant et plein d’esprit : Antoine de Baesque n’est pas de ces «professeurs qui nous font vieillir». Du coup, on voit mal pourquoi des comédiens surgissent du public en criant des slogans de 1968 pour débarquer la vieille université.

“Performance“ artificielle, vaine : mal vu, mal dit, simulacre piteux. Au même moment, dehors, une trentaine d’étudiants essaye de pénétrer dans le théâtre : même pas un assaut, à peine une bousculade, selon les témoins oculaires. Réponse: non, ils n’entreront pas, puisqu’ils n’ont pas payé leur place. Et à l’intérieur, on célèbre la libre parole ? Chocs contre les portes vitrées ( mais non brisées, c’est du solide), appel à la police, usage du gaz lacrymogène ; un jeune homme vient annoncer tout cela sur le plateau, et il ne fait pas plus “vrai“ que les comédiens de ce happening.

Après quelques remous, une partie du public quitte la salle. Après un entracte d’une vingtaine de minutes, les spectateurs qui voulaient sortir ont été retenus «par mesure de sécurité »,  le spectacle reprend avec vingt-six interventions prévues d’artistes, de témoins ou d’experts de mai 68. Intelligentes, riches, drôles parfois, ces interventions tombent évidemment à plat devant l’absurdité de la situation. Savantes, très écrites, certaines relèveraient de l’article de revue, mais non de l’adresse à un public choqué, voire scandalisé par le refus d’accueillir les contestataires de mai 2018. La soirée s’étire, la salle se vide, plusieurs intervenants ont  renoncé  à une prise de parole qui se fera dehors, dans la nuit apaisée, entre vieux spectateurs et jeunes étudiants restés là.

Voilà un “événement“ réfléchi, et non pensé: où était-il? Non dans ce spectacle, intéressant mais raté: ce qu’il avait de théâtral était pauvre et sonnait faux, sans force ni invention. Ni même dans les analyses de philosophes ni dans celles des historiens. Non, l’événement était dehors. Ou plutôt,  il aurait eu lieu, si le “dehors“ et le “dedans“ avaient pu communiquer, échanger en une libre parole sur le lieu même de l’ «imagination au pouvoir». Ironie du sort : cet objet entrait dans le cadre de Traverses (formule déjà antinomique en soi), alors qu’on n’a rien laissé traverser et dans le cycle des Inattendus.

L’inattendu:  le spectacle (car la rencontre s’en est tenue là) a été vidé par le refus de quelque chose de vivant qui lui aurait donné son sens. En quoi la révolte de ces étudiants est-elle anodine ? Que savons-nous de leur sincérité, de leur engagement, de leur sérieux, même s’ils disent, comme nous en 68, beaucoup de bêtises ?

L’occasion manquée donne à réfléchir sur l’institution. Oui, un grand théâtre national, notre bien commun, doit être préservé d’éventuelles déprédations. Mais qu’est-ce qu’une institution préfèrant son bon fonctionnement à la vie ? Un cénotaphe ? Où sera l’audace de la création, formule chère à Jack Ralite, maire d’Aubervilliers et grand défenseur du théâtre et de la culture, décédé l’an passé ? Du coup, on a envie, une fois encore, de céder la parole à Gilles Deleuze et Félix Guattari, sur ce que Mai 68 avait de visionnaire : «Il n’y a de solution que créatrice. Ce sont ces reconversions créatrices qui contribueraient à résoudre la crise actuelle et prendraient la relève d’un Mai 68 généralisé, d’une bifurcation ou d’une fluctuation amplifiée» (revue Chimère n°64, article originalement paru dans Les Nouvelles, 3 au 9 mai 1984).

Occasion manquée, ce lundi 7 mai, à l’Odéon. La jeunesse, pour qui l’institution fait tant d’efforts mais circonscrits à son secteur, et avec qui la création d’un véritable événement était possible,demandait juste à savoir ce qui s’était passé en 68, et qu’en penser. Un petit groupe de ces jeunes-là était dehors. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée ? Hic et nunc, dans la situation du moment, le théâtre se devait d’être ouvert. Une idée que n’ont pas eue les organisateurs : pour être sûrs qu’il ne se passerait rien, il fallait  alors commémorer Mai 68 en janvier…

 Christine Friedel

Vu le 7 mai à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris VIème

Tout le monde danse à Bonlieu/Scène nationale d’Annecy

Tout le monde danse à Bonlieu/Scène nationale d’Annecy

 De prestigieux invités à l’affiche des trois jours de ce festival, dont Phia Ménard, Cécilia Bengolea, Chloé Moglia, Yoann Bourgeois, pour une douzaine de spectacles dont cinq créations, des performances de rue, des ateliers proposés au public et, en avant-première, la maquette d’une prochaine pièce de Rachid Ouramdane, codirecteur avec Yoann Bougeois, du Centre chorégraphique de Grenoble à qui l’on doit l’idée de cette manifestation et une bonne part de la programmation. En clôture, une performance déjantée, signée Théo Mercier et François Chaignaud.

 Affordable Solution for better living, chorégraphie de Théo Mercier et Steven Michel

 

©ErwanFichou

©ErwanFichou

Théo Mercier, artiste associé à Bonlieu, présente, en création, sa première collaboration avec le danseur Steven Michel. Comme toujours, il transpose au spectacle vivant, ses montages surréalistes, hantés par l’anthropomorphisation des objets et l’objectivation du corps humain, le jeu entre le vrai et le faux, le vivant et l’artificiel, le détournement des signes. Les deux artistes expliquent : « Nous avons découvert que nous utilisons des procédés similaires de construction mais avec des outils différents qui sont l’objet et le corps. Il y a une envie commune de créer des formes nouvelles (…) pendant que l’un opère des greffes sur un objet sculptural, l’autre fragmente le corps en lui tronquant des membres ».

Steven Michel, bon petit soldat au corps d’athlète standardisé, aux pectoraux et abdominaux parfaits, se livre à des exercices physiques musclés, puis construit avec méthode une étagère en kit Ikea, symbole du « beau pour tous ». Encouragé par des formules stéréotypées de la pensée positive en voix off : «  Il est inutile de vous inquiéter, aujourd’hui vous allez bien » et des préceptes vertueux du travail : « La joie de commencer bas pour arriver haut (…) vous êtes optimiste dans un monde où des millions de personnes finiront par sortir de la pauvreté », poursuit la voix apaisante… Comme si tout aillait pour le mieux dans le meilleur des mondes !

Dans l’espace domestiqué qu’il aménage, l’interprète virtuose arrache sa peau d’athlète, pour apparaître en écorché, à l’image des planches anatomiques d’un Léonard de Vinci. Le corps- machine du danseur, lors d’une mue impressionnante, devient un corps dépecé, décontenancé, qui se fond organiquement dans le mobilier : créature hybride, mi-homme, mi-bête, mi-meuble… Un grand moment de danse, malgré quelques longueurs sur la fin, et qui interroge nos aliénations de consommateurs à travers des comportements stéréotypés.

Insect Train chorégraphie de Cecilia Bengolea et Florentina Holzinger

©Ali Tollervey

©Ali Tollervey

Se mettre dans des corps d’insectes et se laisser aller à leurs instincts, tel est le pari de ces chorégraphes : “Nous avons invité les insectes à devenir les hôtes de nos corps et à envahir l’institution culturelle, ce théâtre. (…) Nous avons vidé nos corps de toute mémoire, pour faire place à la vendetta des insectes. » La pièce s’inspire des documentaires animaliers et des observations de l’entomologiste Jean-Henri Fabre mais laisse libre cours à un imaginaire débridé. Parées  d’antennes, de pattes fines et de carapaces, quatre danseuses dont les deux chorégraphes, proposent une suite de tableaux insolites qui s’enchaînent sur des musiques qu’elles ont composées.
 Elles chantent aussi en anglais, italien, espagnol… Erika Miyauchi, en mante religieuse, affronte la fourmi (Valeria Lanzera) dans un joli duo sur pointes. Puis elle va séduire et s’accoupler avec la grosse araignée aux allures de pieuvre (Florentina Holzinger) qui guette ses proies, suspendue à des cordes élastiques. Cecilia Bergolea, à l’aspect de fourmi blanche, se débat dans un liquide gluant, avant d’être avalée par une chenille géante… Cette charmante fable haute en couleurs, réalisée avec soin, révèle l’insecte dans l’humain: copulation, prédation, entre-dévoration: ne sommes-nous pas, comme ces êtres éphémères, soumis à des forces naturelles et contraints, pour survivre, à des stratégies d’adaptation? 

 La Nuit , chorégraphie de Rachid Ouramdane

Avant La Nuit, le public annécien, invité par Rachid Ouramdane à une déambulation dans le grand parc des Haras, a pu découvrir la manière dont il dirigeait un groupe d’amateurs. En l’occurence avec les enfants qui participeront à ses prochains spectacles.

Une centaine de personnes, rassemblées autour de lui et lui obéissant au doigt et à l’oeil, ont appris en une demi-heure à occuper l’espace, à évoluer les uns à côté des autres, à se croiser, et à se faufiler d’un groupe à l’autre, sans se heurter. “On va de façon assez organique trouver sa place”, dit le chorégraphe qui souligne l’importance du regard : c’est lui qui donne la direction, l’attention à l’autre. Une belle leçon appliquée le soir-même sur le plateau, où il a réuni un danseur, une chanteuse et une trentaine d’enfants de la ville.

La Nuit - Rachid Ouramdane -© CCN2 _3La Nuit

Sous un ciel étoilé, projeté en fond de scène, se détache la silhouette d’un homme perdu dans la nuit. Des vaguelettes  envahissent petit à petit le grand plateau,  leur clapotis se mêle au bruit du vent. Se reflètant dans l’eau, un danseur apparaît et se livre à un exercice de claquettes. Eclaboussures. La chanteuse Deborah Lenni-Bisson l’accompagne. D’une voix pure et chaude, elle interprète son propre arrangement de Heroes de David Bowie : « I / I will be king / And you /You will be queen /Though nothing/Will drive them away/ We can beat them/ Just for one day « (Moi/Je serai roi/ Et toi /Tu seras reine (…) Juste pour un jour..). Puis Knockin’ on Heavens Doors de Bob Dylan.

Sur ces musiques émouvantes et nostalgiques, apparaît un groupe d’enfants en pleine lumière. Troupe incertaine, ils se raccrochent les uns aux autres. Un petit garcon se détache de la foule et tapote l’eau. En rythme avec le danseur de claquettes Ruben Sanchez. Avant le spectacle, Rachid Ouramdane avait précisé:  »La Nuit se présente comme une sorte de puzzle assemblé en moins de vingt-quatre heures. Un prototype du spectacle, Franchir la nuit  que je prépare avec des enfants migrants avec lesquels je suis en contact depuis un an. » Ce futur spectacle promet d’être de toute beauté…

 Radio Vinci Park mise en scène de Théo Mercier, chorégraphie de François Chaignaud

©wan-fichou

©wan-fichou

 Radio Vinci Autoroute diffuse habituellement des tubes pour les automobilistes, mais, dans le manège des anciens Haras reconvertis en espace culturel, une claveciniste nous accueille avec des sonates d’Antonio Vivaldi, Jean-Sébastien Bach et Wolfgang Amedeus Mozart,sous la lumière de grands candélabres. Autour de la musicienne, un fatras de vieilles photos et de roses fanées qui jonchent le sol, et, à ses pieds, un écran qui transmet l’image d’un motard attendant dans un espace vide. Dans ce décor gothique, se joue le prologue du deuxième spectacle que Théo Mercier a créé avec François Chaignaud,  l’an passé, à la Ménagerie de verre à Paris.

 Marie-Pierre Brabant égrène ses musiques tout au long de cette performance, et le public circule autour d’une arène.  Au centre, trône ce motard, casqué, immobile sur son engin, inquiétant centaure noir des parkings. Surgi de l’ombre, en costume blanc et talons vertigineux, chignon blond peroxydé, François Chaignaud va tenter de séduire l’homme-machine, avec sa danse et son chant. Mi-diva, mi-torero, il le provoque, l’implore et le défie. Il enchaîne avec une virtuosité extrême des mouvements inspirés du flamenco et des contorsions empruntées au répertoire contemporain, rythmés par le son de larges bracelets de grelots autour des poignets et chevilles, et par des claquements de talons. Tout en chantant d’une voix haut perchée ou dans des octaves de baryton. Ce jeu de séduction le conduit au plus près de la moto, puis à l’assaut de la carrosserie. En vain.

Epuisé, il tombe au pied du cavalier. Jusque là insensible à la danse, le motard pris d’une rage soudaine, fait  vrombir sa monture dans une course infernale autour du gisant. Aussi virtuose que son partenaire, le cascadeur Cyril Bourny frôle dangereusement sa proie, puis l’emporte, provoquant l’émotion du public.  Théo Mercier et François Chaignaud jouent avec glamour du contraste entre un monde sophistiqué à la préciosité décadente, et la froide violence de l’univers urbain. Ils nous offrent ici un spectacle saisissant d’audace et de folie.

 Parmi les autres artistes présents, la trapéziste Chloé Moglia, montée sur une potence à six mètres du sol, qui évolue avec une lenteur calculée, en décomposant ses mouvements. Pendant trente minutes, elle tient le public en haleine et lui fait éprouver le moindre déplacement de muscles, la souplesse des articulations et la précarité de l’équilibre dans une lutte gracieuse contre la pesanteur. Du grand art.

Et il y a là aussi Yoann Bourgeois avec ses célèbres spectacles d’équilibriste virtuose (voir Le Théâtre du Blog)  et Skull cult, une reprise par Rachid Ouramdane d’un solo chorégraphié par Christian Rizzo. Il faut aussi mentionner la présence d’une troupe tunisienne avec Frontières invisibles, chorégraphie de Syhen Belkhodja,  une création in situ sur le thème de l’exil et des douloureux parcours des migrants… Les spectateurs venus en nombre ont, dans l’ensemble, apprécié ces spectacles exigeants et souvent radicaux.

 Mireille Davidovici

Spectacles vus du 3 au 5 mai à  Bonlieu/Scène nationale d’Annecy (Haute-Savoie).

 Affordable Solution for better living, du 13 au 17 octobre, Théâtre des Amandiers, Nanterre (Hauts-de-Seine),  et les 13 et 14 novembre à La Ménagerie de Verre, Paris.

 Insect Train, le 23 Juin, Dance Exchange Birmingham (Royaume Uni) ; les 10 et 12 août, ImPulsTanz Wenen (Autriche) et le 12 septembre, Theater Rotterdam (Pays-Bas).

 Franchir la nuit, création le 14 septembre, à Bonlieu/Scène nationale d’Annecy,  et les 21 et 22 septembre, Biennale de la danse de Lyon.

 Radio Vinci Park,  du 6 au 8 juin,  La Villette Paris  XIXème ; Promonade(s),  Encausses-les-Thermes (Haute-Garonne), les 28 et 29 novembre.

Romances Inciertos de François Chaignaud, festival d’Avignon du 7 au 14 juillet  (voir Le Théâtre du Blog).

 

Illusions magiques 4 / Le mystère de la chambre 98

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Illusions magiques: Le mystère de la chambre 98

  DSC_0195 - copieQuatrième édition de cet événement (voir Le Théâtre du Blog) organisé au Studio Stars Europe à Briare (Loiret). Le travail enclenché depuis 2015 avec Bruno Limoge, directeur du lieu, s’oriente de plus en plus vers une forme de magie expérimentale, sans succession de numéros. Claude de Piante a eu envie d’y créer un spectacle, et après une résidence ici, il en a créé une version unique et expérimentale, entre théâtre interactif, magie, hypnose et jeu de rôles sur un meurtre.

 Jack Blatte, un psychiatre, Eve Opchka, une voyante (qui fut sa patiente) et Barthélémy Bathrobe, un prédicateur fou, ont chacun une vision de la chambre 98, prétendument hantée où ils ont séjourné une nuit. De nombreux témoins prétendent y avoir vu le fantôme d’une jeune femme à la langue coupée.  Cette chambre rendrait fous ceux qui y dorment… Ici, l’illusion pure est fondée sur une interprétation tronquée de la réalité. L’illusionniste construit ainsi un espace où il projette un monde parallèle et développe des effets spéciaux, d’ordre manuel ou mécanique.

Les manifestations de magie, innombrables dans les domaines artistiques ont des  répertoires précis. Comme celui de la magie théâtrale qui permet d’exprimer un univers, de développer une ou des histoires, et de faire évoluer des personnages bien définis. Par opposition à la manipulation, démonstration de dextérité et de jonglerie,  elle participe d’une dramaturgie souvent instaurée depuis l’Antiquité et privilégie souvent l’émotion,  puisque le public peut s’identifier à un personnage et/ou à une histoire qui parle au plus grand nombre. Mais aussi avec des effets fondés sur une scénographie: accessoires, décor et costumes, lumières,etc.  Et avec une logique dictée par le récit.

 Au-delà de l’effet spectaculaire que provoque un tour de magie, l’illusion prend ici tout son sens, quand la technique se met au service d’une théâtralisation et nous emmène dans le merveilleux et le fantastique. Pour preuve: le choix d’un répertoire surtout fondé sur des effets. Le corpus littéraire et dramatique-inépuisable-comporte des milliers d’histoires, nouvelles, contes et légendes… et l’industrie du spectacle, friand de cette matière première, en interprète souvent les mythes. Comme la magie blanche qui puise son inspiration dans des univers facilement identifiables. Les techniques d’illusion permettent ensuite de réaliser des effets soi-disant impossibles. Les littératures religieuse et mythologique utilisent souvent des thèmes comme la lévitation, la décapitation, le don de double vue, et le dédoublement… et les histoires fantastiques sont les plus représentées, avec des créatures entrées dans l’inconscient collectif.

Dans la magie avec opérateur,  celui-ci joue le rôle de celui par qui tout arrive. Pour reprendre la célèbre formule de J.E Robert-Houdin: «Le magicien est un acteur qui joue le rôle d’un magicien». Il peut tour à tour incarner un illusionniste, escamoteur, prestidigitateur, sorcier, chaman, prêtre, physicien, bonimenteur, magnétiseur, hypnotiseur, mentaliste, etc. Et il peut aussi jouer un personnages historique,  ou de pure fiction ou  mythologique. Tout passe donc par sa faculté à faire voyager le public dans une histoire et à rendre crédible une situation et à donner corps à un récit.

Dans Le Mystère de la chambre 98,  un spectacle en immersion, Jack Blatte et Eve Opchka nous reçoivent dans un manoir familial, un ancien hôtel. Elle est voyante et lui, psychiatre; la folie, personnalisée par frère Barthélémy est omniprésente dans cette aventure autour d’un mystère à résoudre en direct. Avant la représentation, on peut lire des  articles  de journaux relatent un fait divers comme celui de cette chambre hantée, et voir des témoignages sur Internet, et une exposition interactive… Mais une fois la logique de l’énigme déconstruite deux minutes avant la fin, le public part sans en connaître la solution. D’autres témoignages des personnages seront ensuite à découvrir toujours sur Internet…

 Les spectateurs commencent donc leur enquête trente minutes avant… Ils peuvent toucher objets et indices de l’enquête : une vieille machine à écrire, une lampe ancienne, un appareil pour diffuser de la musique, un ventilateur, des livres rares…), écouter des textes subliminaux et hypnotiques et surtout rencontrer les personnages de cette histoire. Un questionnaire est aussi disponible pour essayer de résoudre l’énigme. Ici, le public devient donc acteur et enquêteur, malgré lui. Il s’agit donc d’une véritable aventure immersive…

 La compagnie du Scarabée Jaune a aussi proposé à La République du Centre de faire paraître un mois avant le spectacle, des articles sous forme de roman policier à épisodes, jouant sur la fiction et la réalité, à propos d’un fait divers qui aurait eu lieu il y a soixante ans, le 31 mars 1959 à l’hôtel de la Poste, à Briare.
Extraits :
-Raymond Magon de la Lande se jette par la fenêtre de sa chambre. Ce qui semblait s’avérer à l’époque comme un suicide banal, pourrait bien être un phénomène inexplicable. Un détail passé inaperçu, et resté sans signification,  a alerté un spécialiste du comportement. La victime avait dans sa main gauche un peigne, quand elle a chuté sur le sol. Au lieu de le lâcher, ce qui aurait dû être le réflexe normal, Raymond Magon de la Lande s’est accroché à ce peigne, comme à une bouée de sauvetage. Seul indice: le spécialiste a découvert que d’autres  personnes ayant séjourné dans cette chambre, ont été aussi  victimes de malaises, voire d’hallucinations. Mais depuis, l’hôtel a été détruit et la police ne souhaite pas réouvrir ce dossier, considérant qu’aucun fait nouveau ne justifie une nouvelle enquête. Le mystère restera donc entier.

- Le spécialiste-qui souhaite garder l’anonymat-nous a précisé que dans l’affaire de la chambre 98 la présence du peigne dans la main de la victime est un élément-clef, de nature à expliquer l’ensemble de ces phénomènes fantomatiques. Il s’en expliquera prochainement dans une conférence à Briare, où il fera des révélations sur ce qui semble devenir au fil des jours un mystère des plus surprenants…

La compagnie du Scarabée Jaune a relevé un challenge artistique, en proposant cette une histoire originale, avec, à la base, certains numéros et personnages d’un précédent spectacle, Les Epoux Blatte. Mais ils ont expérimenté ici des effets spéciaux à base de  soufflerie, de lumières hallucinogènes et de dispositifs scéniques conçus avec Bruno Limoge et son équipe.

Claude de Piante a donc conçu des effets de magie classiques mais avec un assemblage original. Des vidéos ont été tournées par l’équipe du Scarabée Jaune en une seule prise, avec un texte que les personnes découvraient quelques minutes avant de commencer, pour plus de spontanéité… Avec pour références, l’univers esthétique de Tim Burton, des personnages à la Addams Family, et le côté spectaculaire et surréaliste de Tod Browning. Côté littéraire, l’énigme policière convoque des personnages à la Sherlock Holmes créé par Arthur Conan Doyle mais aussi du reporter Joseph Rouletabille dans le célèbre Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux.

Surgissent aussi des albums de Tintin une voyante de music-hall, madame Yamilah, Ragdalam le fakir, Philippulus le prophète, un moine tibétain qui lévite… Pour ce spectacle-en trois parties avec une pause-le public, regroupé par équipes, est invité à résoudre le mystère grâce à un questionnaire posé sur les tables. Avant chaque partie, il y a un commentaire audio de Jack Blatte et des témoignages vidéo de Barthélémy Bathrobe, Rodolpho Blatte, André Labigne, Jack Blatte, Eve Opchka, Nito Pattex et Sullivan Smith, pour mettre en condition le public.

La représentation mêle effets magiques visuels, auditifs et tactiles: lévitation, télépathie, mentalisme, voyance, hypnose et écriture automatique, langage subliminal et illusions diverses…   Eve Opchka, la voyante, arrive seule sur scène et se fait un jus de poussin en plaçant ce dernier, nommé Cricri, dans un vase recouvert d’un couvercle. Ensuite rejointe par Jack Blatte, elle nous convie à une démonstration de ses étonnantes facultés. Le charme des anciens numéros de music-hall plane: sont disposées sur une table cinq enveloppes avec dessus un symbole. Sous l’une d’elles, un poussin, le fameux Cricri. Jack distribue dans la salle des cartes reprenant ces symboles et des spectateurs en tirent un au hasard et chacun leur tour, qui détermine l’enveloppe à écraser. Le suspense monte… Eve va-t-elle écrabouiller le pauvre poussin ? Il ne reste plus qu’un sac sous lequel se trouve… un énorme couteau ! Une scène de ménage drolatique  a lieu entre les époux.

Jack Blatte demande à quatre spectateurs d’inscrire un chiffre, à chaque fois différent, pour constituer un nombre au hasard, qui est noté sur une ardoise. Eve, priée de révéler exactement ce nombre, y parvient ! Mais il est aussi inscrit sur une carte de visite plantée, bien en évidence sur le couteau. Une double révélation judicieusement montée! Le couple se donne ensuite un pari stupide dans une joute verbale savoureuse : pour Jack: se couper le bras et  pour Eva, se couper la langue. Ils s’exécutent et donnent ensuite une «fausse» et une vraie explication des effets.

Les yeux bandés, Eva perçoit ensuite une série d’objets et de dessins remis à Jack par des spectateurs, et répond à leurs questions en révélant des informations qu’elle n’est pas censée connaître. Puis elle décrit ses sensations et ses craintes, quand lui sont remis des objets de la chambre 98… Mais tout à coup, surgit frère Barthélémy, un prédicateur halluciné; il invite le public à stopper son enquête  et veut le remettre dans le droit chemin de la foi. Eve intervient et installe le frère sur une chaise pour lui remettre les idées en place, avec une thérapie qui lui fait tourner la tête à 360° et  la lui fait perdre… physiquement.

Jack Blatte arrive sur scène en conduisant une machine infernale et Eve va lui enlever ses jambes… Après une pause de dix minutes, pour que le public digère les informations qu’il a vues et puisse réfléchir, le spectacle reprend avec, de nouveau, une mise en condition avec des témoignages vidéos. Jack Blatte propose ensuite un test : penser à une figure géométrique simple, entourée d’une autre figure géométrique aussi simple. Résultat, la très grande majorité de la salle a pensé à la même chose. Coïncidence ou pas, cette forme rappelle les initiales du fantôme d’Anna Obrian.

Jack Blatte invite un spectateur à tirer quatre papiers d’une urne transparente remplie par le public avant la représentation, de questions adressées à la voyante Eve. Au lieu d’y répondre, elle devine de quoi il s’agit. Pour le dernier papier, Eve va même retrouver la personne qui a posé la question! Jack Blatte revient en blouse blanche et propose au public d’aller plus loin dans la préparation mentale, et de le faire entrer en hypnose. Il commence par un premier test de réceptivité, en demandant au public de croiser ses doigts, sauf l’index, qui doivent se rapprocher petit à petit. Un deuxième test : fermer les yeux et à placer un doigt sur le haut de son crâne, et d’imaginer la transparence de ce dernier grâce à une lumière qui inonde l’intérieur de la tête. Les paupières fermées, le spectateur est ainsi invité à descendre à l’intérieur de lui-même.

Jack descend ensuite  choisit deux  personnes aux doigts encore collés sur la tête. Ces sujets réceptifs continueront les expériences d’hypnose. Une spectatrice, mise en catalepsie, semble se transformer en statue, ses pieds et ses mains ne pouvant plus bouger, et est ensuite endormie au sol par Jack Blatte. L’autre, plongée dans un  sommeil hypnotique, participe à une séance d’écriture automatique. Et sa main écrit et sans qu’elle en ait conscience, un texte bizarrement rédigé qui contient plus d’une surprise pour elle-même et le public. Elle devine un prénom correspondant à celui retrouvé dans une des enveloppes disposées sous les tables, et choisie au hasard dans le public! Le double signe géométrique y est aussi matérialisé. Ces phénomènes hypnotiques sont expérimentés avec un vrai public, et il n’y a aucun complice !

Nous avons maintenant trois véritables indices pour essayer de résoudre le mystère de cette chambre 98 et compléter pour la dernière fois le questionnaire. Jack met Eve en catalepsie, puis en lévitation, suspendue dans les airs (suspension verticale de Yogano).  Elle a une vision et aperçoit Raymond Magon de la Lande mort, dans sa chambre… Pendant qu’elle et Jack décortiquent en coulisse les questionnaires pour connaître l’équipe victorieuse, le frère Barthélémy revient distraire le public.

Le couple revient  désigner les vainqueurs, en donnant une explication rationnelle mais surprenante du mystère et des  phénomènes hallucinatoires dans la chambre 98… Une histoire de fantôme qui se termine par une disparition et une transformation inattendue rappelant les phénomènes spirites des médiums de la fin du XIXe siècle  matérialisant des ectoplasmes. Cette histoire, jamais encore testée devant le public,  a été mise au point la veille et créée pour le lieu.

Cela finit par un commentaire de Jack Blatte donnant une autre lecture, et remettant en cause l’enquête et ses conclusions… Claude de Piante, formidable conteur, sait captiver comme personne un auditoire. Diction parfaite et sens de la dramaturgie, il fascine le public. Cet illusionniste est aussi hypnotiseur. Aude Lebrun est une voyante lituanienne plus vraie que nature avec un délicieux accent, parfois à la limite de la folie quand ses visions prennent le dessus. Et le frère Barthélémy Bathrobe, prédicateur fou et lubrique, apporte un comique bienvenu. Avec lui, tout peut arriver et le fou rire nous guette, nous, les  pauvres brebis égarées….

Virtuosité de l’écriture de ce scénario à rebondissements, où le suspense et la surprise sont les moteurs de l’action qui, comme chez Alfred Hitchcock, flirte sans cesse avec l’étrange, la peur, le malaise, le burlesque et l’humour! Avec une histoire travaillée dans les moindres détails : situations, décors, accessoires, personnages, le public est plongé dans une intrigue à la véracité établie… alors qu’elle baigne dans la fiction!  Où est le vrai, le faux ? Qui est le véritable meurtrier ? Y a-t-il même eu un meurtre ? Questions restant en suspens jusqu’à la la fin, malgré les explications données, pour laisser le public dans le doute, avec une histoire qui le hantera longtemps…

Ce spectacle nous questionne sur la manière dont notre cerveau enregistre inconsciemment des informations. Y-a-t-il une réalité que nous percevons d’une manière subliminale et qui dirige notre vie, sans que nous nous en rendions compte ? Notre perception du réel et de la normalité-qu’est-ce qu’un sain d’esprit ?-est remise en cause. «Il n’y a que les fous, dit l’un des personnages, pour croire que, derrière les apparences, se cachent la réalité, mais derrière les apparences, il n’y a que d’autres apparences».

 Claude de Piante, artiste et hypnothérapeute, dont le site Les Secrets du langage métaphorique et hypnotique nous fait découvrir les techniques de l’hypnose pour augmenter notre mémoire, notre concentration, et/ou gérer notre stress. Il a aussi écrit Théâtre et magie, destiné aux professionnels du spectacle, et a créé Le  Scarabée Jaune, compagnie de théâtre expérimental, qui a développé le concept de criminologie de spectacle en 1983, et sur lequel s’appuient de nombreuses créations dont Le Mystère de la chambre 98.

Aude Lebrun, comédienne et artiste de music-hall, a fait partie de plusieurs compagnies dont Fiat Lux, spécialisée dans le burlesque visuel, et a joué dans divers téléfilms, comme Petits meurtres en famille, avant de se consacrer au mentalisme.  Elle a créé le personnage d’Eve Opchka, voyante aventurière. Dans La Voyante, la femme qui sait tout et plus encore, elle lit dans les esprits, en racontant sa vie et en évoquant une galerie de portraits de l’univers forain de la voyance.

Eddy Del Pino comédien, chanteur, metteur en scène, auteur et réalisateur, s’est fait  récemment connaître au plan international, avec un personnage de faux druide remplaçant le médecin d’une commune rurale de Bretagne…

Sébastien Bazou

Spectacle vu à Briare (Loiret), le 31 mars.

 

Suzanne Lalique et la scène

Suzanne Lalique et la scène

Maquette en volume pour un décor de théâtre © MAD, Paris

Maquette en volume pour un décor de théâtre
© MAD, Paris

Suzanne Lalique : son nom sonne comme une clochette de cristal. L’artiste  est de la  famille célèbre pour ses vases encore fabriqués à la main à Wingen-sur-Moder en Alsace et ouverte par son père René Lalique en 1921. Ce nom éveille le souvenir enchanté d’une représentation du Bourgeois Gentilhomme en 1951, à la Comédie-Française. La petite fille, qui avait alors huit ans, se souvient de tout : nom des acteurs, ton des voix, habit aux fleurs en-en bas, apporté par son tailleur à ce pigeon de Monsieur Jourdain,  rire de Béatrice Bretty, splendeur de l’escalier et de la galerie dus à la décoratrice au nom sonore. On comprendra que la petite fille, ayant vieilli, courre au musée Nissim de Camondo pour voir Suzanne Lalique et la scène.

Mais cette petite exposition (une seule salle)  avec quelques jolies maquettes en volume, des dessins de costumes avec quelques échantillons de tissu, quelques photos dans une vitrine se révèle vite est assez décevante… Les objets ne sont pas toujours légendés avec précision, ce qu’on ne reprochera pas aux commissaires de l’exposition: maquettes de décor et costumes sont des outils provisoires d’un art éphémère et tout n’est pas conservé, archivé et répertorié… Même la Comédie-Française, au moins depuis la fin des années 70, a été amenée à se débarrasser d’encombrants lots de costumes inutilisés, eussent-ils vêtu ses plus illustres comédiens.

Ce qu’on retiendra quand même de cette visite: la modernité de  Suzanne Lalique qui se documentait comme personne, sur les costumes et la décoration des pièces dont elle avait la charge.  Elle a été l’une de premières à créer des costumes inspirés directement du temps de l’écriture de la pièce, et non de sa fable. Et elle travaillait sur le corps des comédiens, ce qu’ont réinventé plus tard, dans les années 70, des costumiers comme Patrice Cauchetier, en particulier pour Patrice Chéreau ou Patrick Dutertre  pour Phèdre, mise en scène d’Antoine Vitez, (1975). On regrettera que l’exposition plus importante consacrée à Suzanne Lalique d’abord au Musée de Wingen-sur-Moder  puis à Limoges (elle était mariée à Paul Burty Haviland, fils du porcelainier) n’ait pas suffisamment circulé. On se consolera en visitant la collection du mobilier Louis XVI du musée Nissim de Camondo. Et on n’oubliera pas de s’intéresser à la longue et brillante histoire de cette famille anéantie par la déportation.

Christine Friedel

Musée Nissim de Camondo, 63 rue de Monceau, Paris VIII ème. T. : 01 53 89 06 50, jusqu’au 17 juin

 

À la Trace, texte d’Alexandra Badea, mise en scène d’Anne Théron

9B3A83EB-2795-4999-A49D-7A635714F98BÀ la Trace, texte d’Alexandra Badea, mise en scène d’Anne Théron

 Il y a d’abord et surtout le parcours de Clara, une jeune femme dont le père est mort et qui trouve le sac à main d’une femme avec une carte d’électrice, au nom d’Anna Girardin. Clara va alors quitter sa mère, arrêter ses études pour retrouver cette femme, en cherchant sur Internet les femmes qui portent ce nom fréquent en France… Mais sans qu’elle sache elle-même, ce qui motive sa quête aux allures d’une sorte de polar.

Et puis il y a aussi une autre histoire qui s’entrelace avec la première: une femme qui a des contacts sur le web avec quatre hommes différents, à l’autre bout du monde dont sur un écran au-dessus du plateau,  on voit les visages en très gros plan. Et ils se parlent longuement dans une certaine intimité. Sur le plateau, une très belle scénographie avec côté cour et côté jardin une banquette style salle d’attente d’aéroport. Et ce n’est pas nouveau-Georges Pitoeff l’avait déjà imaginé, il y a presque un siècle-il y a neuf pièces sur un rez-de chaussée et deux étages avec chambre, salon, atelier… Ce modèle réduit  est toujours séduisant (voir Claude Lévi-Strauss et au théâtre, place le public qui adore cela en position de voyeur !

 Côté interprétation, il y a, tout à fait remarquable, Liza Blanchard, dans le rôle d cette jeune femme tenace mais que l’on sent fragile et pas à l’abri d’un mauvais coup, Judith Henry qui, elle, joue sans surprise mais avec efficacité les différentes Anna Girardin. Nathalie Richard interprète cette femme assez paumée-mais, comme s’il n’était pas tout à fait à l’aise avec ce texte-logorrhée, elle a tendance à bouler son texte, et on ne l’entend pas toujours très bien. Maryvonne Schiltz  joue cette Margaux/mater dolorosa que l’on voit peu mais qui a une sacrée présence surtout à la fin. Yannick Choirat (Thomas), Alex Descas (Bruno), Wajdi Mouawad (Yann), Laurent Poitrenaux (Moran) à l’écran sont aussi très justes dans leurs personnages d’hommes à la vie compliquée et qui voyagent beaucoup.

Oui, mais voilà, grave problème: passée la première demi-heure, cette histoire fait du sur-place et nous avons ici affaire, plutôt qu’à de véritables personnages, à des gens qui bavassent et le texte souvent indigent, se limite presque à une suite de monologues explicatifs et sans grand intérêt. Surtout sur un peu plus de deux heures… La toute fin est un peu plus juste et chargée d’émotion, grâce surtout à Maryvonne Schiltz qui retrouve sa fille.  Mais ces quelques minutes, il aura fallu les mériter…

On aurait bien aimé avoir affaire à de véritables personnages mais cette dramaturgie assez compliquée avec un texte ennuyeux sur le thème: rapport mère/fille, ne tient pas ses promesses. Et une fois de plus, le choix de micros  H F que rien ne justifie, n’arrange pas les choses!  Et malgré une direction d’acteurs et une scénographie-sans doute coûteuse mais efficace, on reste vraiment sur sa faim. Peu de spectateurs sont sortis  mais certains près de nous se sont  vite endormis. Nous avons essayé de résister au sommeil… tout juste. Bref, conseil d’ami, vous pouvez vous épargner cette prétentieuse A la Trace.

 Philippe du Vignal

Théâtre de la Colline rue Malte-Brun, Paris XXème, T. : 01 44 62 52 52, jusqu’au 26 mai.

À la Trace/Celle qui regarde le monde d’Alexandra Badea a paru à L’Arche Éditeur.

False Colored Eyes chorégraphie de Chris Haring

False Colored Eyes chorégraphie de Chris Haring

 

(C)Jean Couturier

(C)Jean Couturier

Souvent utilisée avec excès dans le spectacle actuel, la vidéo accompagne ici de façon remarquable les deux danseurs et quatre danseuses de la compagnie Liquid Loft. Chacun filmant ses  partenaires. Les images projetées, mouvantes ou fixes, prennent alors des couleurs différentes suivant l’ordre établi par Cris Haring. Les voix en play-back extraites de bandes sonores de films des années soixante nous plongent dans ces années-là, rappelant Blow-up de Michelangelo Antonioni(1966), ou les Screen Tests d’Andy Warhol  (1964-1966).

 False Colored Eyes plonge le public dans un érotisme chic, teinté d’un peu de machisme, que ne renieraient pas Richard Avedon ou Jean-Loup Sieff. Les danseurs, très impliqués dans le processus de création en direct, ont tous une remarquables précision des gestes et positions imaginés par le chorégraphe. L’image-vidéo a un tel pouvoir d’attraction que l’on oublierait presque de regarder la performance dansée.

 «Dans False Colored Eyes, explique Chris Haring, deux caméras en direct  agrandissent certaines perspectives particulières, visibles des artistes mais habituellement cachées au public. Ces caméras dansent avec les artistes». La mise en abyme des images projetées transforme ainsi le public en voyeur.  Et on vit pendant une heure dans l’intimité des danseurs, au plus près des liens de leurs corps, et certaines scènes sont dérangeantes, car la vue du corps réel dérange toujours. Nous préférons aujourd’hui peut-être le virtuel au réel. Ce que dénonce sans doute ici le chorégraphe qui, peu à peu, fait de nous, ses complices…

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVI ème, jusqu’au 5 mai.             

Chaillot une mémoire de la danse (1878- 2018), exposition à la Bibliothèque nationale de France

Chaillot, une mémoire de la danse (1878- 2018), exposition à la Bibliothèque Nationale de France

(C)jean Couturier

(C)jean Couturier

Seize grands panneaux avec documents et photos, répartis sur  les cent quatre-vingt dix mètres  dans l’allée Julien Cain, permettent aux visiteurs de découvrir, l’histoire de la danse au théâtre du Palais de Chaillot sur une période de plus d’un siècle, et par ordre chronologique. Ces panneaux, complétés par des bornes audiovisuelles, témoignent de la vivacité de cet art dans une institution devenue, en juin 2016, sous la direction de Didier Deschamps, le Théâtre National de la Danse. Cette histoire inédite a été en grande partie gommée par a place du théâtre dans ce lieu dirigé successivement par Firmin Gémier, Jean Vilar, Georges Wilson, André Périnetti, Antoine Vitez, Jérôme Savary, puis Dominique Hervieu, Ariel Goldenberg qui, tous, programmeront des spectacles de danse et et actuellement Didier Deschamps.

Après le passage d’Isadora Duncan dont les figures dansées avaient été dessinées par Antoine Bourdelle,  Chaillot accueille, en 1921, le Ballet impérial de Russie-à distinguer des Ballets russes de Serge Diaghilev. Par la suite, les Ballets russes de Monte-Carlo de Leonid Massine, héritier du maître Diaghilev, vont aussi danser à Chaillot, tout comme Serge Lifar pour un gala en 1942.

Le flamenco a toujours été à l’honneur ici, avec une première découverte, en 1932 : la danseuse Argentina. En 1951, Jean Vilar crée le T.N.P., et parallèlement à des pièces de théâtre, programme aussi de la danse avec des troupes traditionnelles indonésiennes ou polonaises, et un festival populaire de ballets lancé avec la collaboration de Roland Petit. Ce chorégraphe confie la création de costumes au jeune Yves Saint-Laurent, et marque l’histoire de ce lieu.

Un autre grand nom de la danse, Maurice Béjart s’y produisit pendant plus de trente ans, avec, entre autres, Le Sacre du Printemps en 1961 et Messe pour le temps présent sur la musique de Pierre Henry 1967. Janine Solane sera aussi plusieurs fois à l’affiche. Sous la direction de Jérôme Savary, la danse s’exprime  aussi avec Catherine Diverrès ou Joseph Russillo. Après les Nuits dansantes du T.N.P., le Bal moderne imaginé par Michel Reilhac en 1993, invite aussi les spectateurs à danser. L’arrivée de Dominique Hervieu et de José Montalvo orientera encore plus le Théâtre National de Chaillot vers l’art chorégraphique et il recevra les danseurs de Carolyn Carlson, Francoise et Dominique Dupuy, Béatrice Massin, Jean-Claude Galotta, Philippe Decouflé, Angelin Preljocaj, Saburo Teshigawara… dans la salle Jean Vilar et depuis un an dans la salle Gémier remarquablement rénovée. La déambulation des visiteurs découvrant cette mémoire de la danse, dans le long couloir bordé d’arbres de la BNF, pourrait donner l’idée à un artiste d’une performance chorégraphique future.

Jean Couturier

Bibliothèque Nationale de France, François Mitterrand, Allée Julien Cain, jusqu’au 26 août.

 

Qui êtes-vous, Elsa Triolet ? à partir du texte de Dominique Wallard, mise en scène de Julie Berducq-Bousquet

Qui êtes-vous, Elsa Triolet ? à partir du texte de Dominique Wallard, mise en scène de Julie Berducq-Bousquet

 

© Françoise ALMERAS

© Françoise ALMERAS

Qui connaît vraiment Elsa Triolet, sinon comme la sœur de Lili Brik, et l’épouse de Louis Aragon ? Qui a lu ses romans-une trentaine-ses articles dans Les Lettres françaises, son compte-rendu du procès de Nuremberg ? Qui a vu les bijoux qu’elle a  créés dans les années trente et légués par son mari à la bibliothèque Elsa Triolet de Saint-Étienne-du-Rouvray? Enfin que sait-on de ses doutes sur le communisme, et les conflits avec son mari ?

La compagnie Théâtre et Toiles, déjà remarquée  avec Le Lavoir, continue sa recherche sur le vécu des femmes, avec cette adaptation, issue d’une lecture-mise en espace par Brigitte Damiens et Dominique Wallard, à la demande de la Maison de la citoyenneté et des droits de l’Homme en 2016. Elle rend ainsi justice à la personne d’Elsa Triolet au cours d’une interview imaginée où s’entremêlent extraits de texte et improvisations.

Juste un canapé, un fauteuil et une table encombrée de papiers: une journaliste se prépare à rencontrer Elsa Triolet. Elle relit un passage du Cheval Blanc: «Si j’étais quelqu’un dont on écrit la biographie, si on notait mes malheurs de Sophie, ma vie n’apparaîtrait  pas plus creuse qu’une autre. Mais entre les points qu’enregistre une biographie : née le… se marie en…, il y a les pas qu’on fait dans les rues, il y les gens qu’on a vu passer, et ce qu’on a pensé à ses moments perdus, tout ce qui est la partie creuse d’une vie, dont on tairait les événements.» Cette phrase sera le fil rouge du spectacle.

Elsa Triolet entre alors en scène, annoncée par le son envoûtant d’un violoncelle: une mélodie du compositeur russe César Cui (1835-1918), interprétée en direct mais en coulisses par Frédéric Borsarello, donne le ton. Brigitte Damiens, habillée en diva des années cinquante, les yeux cachés par des lunettes de soleil, aux gestes affétés et lents, sorte d’Ava Gardner à l’accent russe, nous transmet d’abord l’icône véhiculée par l’histoire officielle: celle de  la muse et compagne idéale inventée par Louis Aragon.

Un personnage monolithique mais qui va changer grâce aux variations subtiles de l’interprète. Le spectacle s’articule en dix-huit courtes séquences, chacune amorcée par une question de la journaliste. Dans les réponses d’Elsa, se dévoilent peu à peu la femme, la politique, l’écrivaine, et l’artiste, étouffée par la personnalité de son époux. Nous sommes loin des Yeux d’Elsa et de l’illusion entretenue par le poète, et découvrons le regard sur sa vie et son siècle, la rage d’écrire de cette femme troublée,  mais aussi  sa réflexion  lucide sur l’évolution du communisme. Elle avoue ses désillusions et ses désaccords avec Louis Aragon, et sa solitude. A chaque interrogation sur une période difficile de sa vie, elle répond  simplement: «J’écris». En parlant des années staliniennes, elle précise encore: «J’écris, c’est ma seule planche de salut.» 

La mise en scène participe d’une déconstruction du mythe de la muse, avec une gestuelle de plus en plus sobre, comme une renaissance de la véritable Elsa Triolet, dépouillée peu à peu de ses artifices vestimentaires, et s’humanisant au fil des réponses Le dispositif scénique met en relief cette mise à nu;  le canapé, lieu d’exposition,  devient celui de la réflexion, et parfois le divan de l’analyste. La coquille se fissure pour laisser apparaître  la « partie creuse» de la vie de l’auteure.

Brigitte Damiens, dirigée par Julie Berducq-Bousquet qui lui donne aussi la réplique avec finesse, dans ce rôle difficile d’une journaliste faire-valoir, soutient la tension dramatique jusqu’à la rupture. La voix, d’abord assurée puis hésitante, laisse transparaître sa fragilité et finit par se briser. Le rythme imposé par cette interview aurait pu être monotone mais la metteuse en scène a veillé à ménager des silences et absences: les départs soudains d’Elsa Triolet, après une révélation douloureuse, sont suivis d’intermèdes musicaux: derrière un tulle, on devine la silhouette  du violoncelliste, avec des musiques de Fritz Kreisler, Francis Poulenc, Jean-Sébastien Bach ou Arthur Rubinstein, si proches parfois de la voix humaine, qui prolongent ou commentent mais sans les mots, les sentiments d’Elsa Triolet.

En une heure quinze, ce spectacle avec ces trois interprètes, nous tient en haleine, en montrant la destruction du couple idéal rêvé par le poète. La vieille dame à bout de souffle conclut : « Vous voyez, mon petit, les couples sont mythiques pour ceux qui les regardent, pas pour ceux qui les vivent. » Le violoncelliste conclut avec Après un rêve de Gabriel Fauré. La boucle est bouclée. En sortant, une irrésistible envie de continuer le voyage et lire ou relire les écrits d’Elsa Triolet…

Christine de Coninck

Spectacle joué du 30 mars au 13 avril,  au Théâtre de Nesles  8, rue de Nesles, Paris VI ème T. : 01 40 51 02 25.

Le 17mai,  Théâtre Royal de Condé-sur-Noireau.

Les 14 et 15 septembre, Médiathèque Aimé Césaire, La Courneuve, et les 22 et 30 septembre,  Théâtre de Nesles.

 

 

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