King Kong Théorie de Virginie Despentes, mise en scène de Vanessa Larré

King Kong Théorie de Virginie Despentes, adaptation de Valérie de Dietrich et Vanessa Larré, mise en scène de Vanessa Larré

0689F75D-CCAF-4627-BF97-0914D40C8310«J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf.» Un incipit hardi qui annonce la couleur… Paru onze ans avant l’affaire Weinstein et l’apparition du mouvement #Me Too, King Kong Théorie, mieux que tout manifeste féministe parle à la première personne du vécu douloureux des femmes : viol, maltraitance, harcèlement…

Le livre montre sans pathos comment les femmes intègrent l’idée que leur corps est fait pour séduire les hommes et que leur sexualité doit se conformer aux désirs de ces messieurs. «L’idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture ( …) maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d’école, bonne maîtresse de maison mais pas bonniche traditionnelle».

Virginie Despentes fait exploser les normes dictées à tous, hommes compris et son essai, traduit en seize langues, et vendu à 185.000 exemplaires en France, se trouve de nouveau porté au théâtre (voir Le Théâtre du Blog).  Trois comédiennes incarnent, chacune selon son physique et son tempérament, une femme affranchie, tantôt nymphette en minijupe, prostituée hyper-féminine ou garçon manqué. Elles témoignent à tour de rôle, d’une expérience de vie hors-normes fondée sur celle de l’écrivaine: une jeunesse «virile» dans les milieux punk, un viol à dix-sept ans puis la prostitution, avant d’écrire le best-seller Baise moi.

Pourfendant les tabous avec une plume incisive, Virginie Despentes avec  son sixième livre et premier essai (un coup de maître !)  revient sur l’élément déclencheur de ce brûlot : «Le viol est la guerre civile, l’organisation politique par laquelle un sexe déclare à l’autre : “Je prends tous les droits sur toi, je te force à te sentir inférieure, coupable et dégradée”» « Les femmes n’osent ni se défendre ni en parler lorsqu’on les viole, puisqu’«elles l’ont bien cherché! »
 
Sur le plateau nu, quelquefois animé par des projections vidéo, Anne Azoulay, Marie Denarnaud et Valérie de Dietrich adoptent un jeu détaché, souvent ironique, jamais vulgaire. Elles changent discrètement de costume selon les épisodes de l’existence mouvementée  de l’héroïne.  Du viol à la prostitution, elles rendent compte de l’éveil de la conscience féministe de l’autrice et écornent la bien-pensance. Le public, à la fois médusé et amusé, entend, la colère passée, un plaidoyer pro-pornographie et pro-prostitution à la lisière d’un féminisme politiquement correct, «confisqué» par les «blanches bourgeoises hétérosexuelles». Avec des jouets hyper-sexués : poupée Barbie, Spiderman et Ken, les actrices simulent des scènes pornographiques, ridiculisant le sexe dit fort…

Puis survient King Kong, à la  poursuite de la blonde qui servit d’appât pour qu’on arrive à le capturer. Valérie de Dietrich, coiffée d’un gros masque simiesque s’éprend d’une évanescente Anne Azoulay,  portant pour l’occasion une perruque peroxydée. Le gros singe symbolise une sexualité d’avant la distinction des genres entre identités masculine et féminine. Ici encore, ce pamphlet était précurseur: Virginie Despentes arguait que le genre est déterminé socialement et qu’il n’existe que des performances, des mises en scène de la masculinité et de la féminité…

Le verbe est haut et les mots crus, et s’ils choquent, c’est pour la bonne cause. King Kong Théorie atteste avec une vigueur réjouissante, que, malgré l’oppression, il reste aux femmes une capacité d’agir, celle de prendre la parole. Et le théâtre, en médiatisant cette parole, prolonge la portée politique de ce texte crucial.  A voir, et à (re) lire

 Mireille Davidovici  

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin,  Paris XVIII ème. T. : 01 46 06 49 24, jusqu’au 7 juillet.

 Le livre est édité aux  éditions Grasset, disponible en Livre de Poche.   

 

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