Un Démocrate d’après Propaganda d’Edward Bernays, mise en scène de Julie Timmerman

Un Démocrate, d’après Propaganda d’Edward Bernays, mise en scène de Julie Timmerman

©Philippe Rocher.

©Philippe Rocher.

Reprise de ce spectacle créé il y a deux ans et dont Christine Friedel vous avait dit tout le bien qu’elle en pensait. Edward Bernays, né en 1891 à Vienne et mort en 1995 donc à cent-quatre ans,  fils de grainetier immigré aux États-Unis  et double neveu de Freud- exceptionnel!- refusa de reprendre la boutique paternelle. Et en une dizaine d’années, il devint un spécialiste reconnu en relations publiques et communication, c’est dire pour parler cru, en propagande commerciale et politique.
Un maître dans le genre, capable sans aucun état d’âme, et grâce à des stratégies très élaborées, de tout faire acheter à une population considérée comme infantile et rêvant de consommer. Edward Bernays pouvait aussi bien non pas vendre mais, ce qui est plus malin, faire vendre cigarettes, carrières d’hommes politiques, etc. Et il organisa au Guatemala en 1954, une violente campagne de presse contre Jacobo Árbenz Guzmán, le président de l’époque en l’accusant d’être communiste.  S’ensuivra ainsi un coup d’Etat, grâce à la C.I.A., la Central Intelligence Agency, fondée en 1947, redoutable agence de renseignements des États-Unis.

Auteur d’un livre reconnu Propaganda (1928), ce soi-disant démocrate avait déjà  compris, bien avant Donald Trump, que fausses nouvelles et grossiers mensonges sont d’une singulière efficacité pour manipuler l’opinion au seul profit du capitalisme.  Avec un principe absolu et génial: «souffler aux gens les rêves, avant qu’ils les aient rêvés», et donc les faire consommer n’importe quoi par exemple des cigarettes Lucky Strike : «Ce n’est pas comme s’il y avait un accident d’avion et deux-cent morts d’un coup. Les morts de la cigarette -s’il y en a- se remarquent moins, dilués dans le temps». Mais il était sans aucun doute méfiant, à l’exemple de Nicolas Machiavel selon lequel: « Ceux qui de particuliers deviennent princes seulement par les faveurs de la fortune ont peu de peine à réussir mais infiniment à se  maintenir. » Et ce n’est pas pour rien que le terrifiant Joseph Goebbels, l’un des dirigeants nazis les plus  influents, utilisait ses théories…

Sur le plateau, une longue table couverte d’un tissu noir,  quelques chaises et, à cour, un micro sur pied à cour. Anne Cantineau, Jean-Baptiste Verquin, Mathieu Desfemmes et Julie Timmerman passent d’un personnage à l’autre avec virtuosité. Et ils jouent tous ce Bernays à tour de rôle, avec juste sur la poitrine, un petit bandeau  avec le nom d’Eddie. Il y a d’excellents moments dans cette mise en scène comme l’évocation de cette campagne Lucky Strike rendue très vivante par les comédiens. Eddie va en effet convaincre les féministes qui, comme toutes les femmes, ne fumaient pas, et en tout cas jamais dans la rue, de devenir libres. Rien ne semble lui résister pour arriver à ses fins et il organisera un défilé de fumeuses avec des pancartes où est inscrit: Les Torches de la liberté. Vous avez dit pervers, mais intelligent ?

Mais Julie Timmerman semble avoir eu plus de mal à maîtriser la suite de ce spectacle qui flirte avec l’agit-prop mais qui a tendance dans la seconde partie à faire du sur-place. Et elle aurait pu nous épargner ces fumigènes: la manie actuelle,  les  adresses au public, collages d’affiches et de photos qui ne servent pas à grand-chose et parasitent l’action. Et Un Démocrate aurait sans aucun doute été plus virulent avec une vingtaine de minutes en moins: une fois explicitée la stratégie d’Eddie…

On aurait aussi bien aimé que Julie Timmerman aille fouiller en parallèle dans la décennie actuelle où les méthodes de ce cher et merveilleux chargé de communication américain sont encore pratiquées à grande échelle mais avec plus de difficultés quand même à l’heure d’Internet: truandages sémantiques, mensonges grossiers mais très bien préparés par les énarques de service, manipulations de statistiques, détournements d’attention, etc. Et ces méthodes sont encore bien enseignées avec les mêmes ficelles  mais avec d’autres mots, dans les écoles d’administration et de commerce, et appliquées au plus haut sommet des Etats… Ce que dénonce il y a déjà longtemps avec chiffres à l’appui, le Théâtre de l’Unité (Hervée de Lafond et Jacques Livchine) chaque mois depuis quelque sept ans à Audincourt (Doubs) avec son fameux et populaire cabaret gratuit Kapouchnik. Le XVIII ème arrondissment, celui du Théâtre de la Reine Blanche, étant lui aussi un quartier très populaire mais dont les habitants ne fréquentent guère les théâtres.  Mais, à quelque vingt-cinq € la place, cherchez l’erreur…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Reine Blanche, 2 bis passage Ruell, Paris XVIII ème.

 


Archive pour 5 juin, 2018

Circus Next

 Circus Next


circus nextBasée à Paris, cette plateforme  soutient le cirque contemporain en Europe, avec l’aide dix-huit institutions partenaires. Un jury d’artistes et de professionnels ont en février dernier sélectionné sur dossier douze auteurs émergents du cirque contemporain. Critères essentiels : une écriture originale dans la ou les disciplines choisies, et un projet artistique et technique susceptible de tenir la route.

Cette année, douze auteurs d’un projet ont ainsi été retenus: Anir and Hemda (France), Andrea Salustri (Allemagne),  le collectif Rafale (Belgique), la compagnie la Geste (France), Eliška Brtnická/Kirkus Mlejn (Rép. tchèque), Familiar Faces (Pays-Bas), Grensgeval (Belgique), Jeanine Ebnöther Trott et Ana Jordao (Suisse), Random (Espagne), Laura Murphy (Royaume-Uni), Mismo Nismo (Slovénie) et Monki Business (Pays-Bas).

Et cela s’est passé les 29, 30 et 31 mai  au centre culturel Dommelhof, à Neerpelt, au Nord-Est d’Anvers dans un parc magnifique, à l’orée de la forêt des Ardennes  qui pourrait correspondre à celle d’Arden, où Rosalinde et Célia dans Comme il vous plaira de Shakespeare vont se réfugier. Chacune des douze troupes finalistes qui a ses voyage et séjour entièrement pris en charge, présente sur scène dans d’excellentes conditions et aidée de techniciens expérimentés, une maquette de vingt minutes maximum.

 Ensuite un jury d’artistes et spécialistes du cirque choisit six compagnies qui bénéficient alors d’une aide de 6.000 € et d’un temps de résidence dans les établissements partenaires. Puis en mars prochain, au Théâtre de la Cité Internationale à Paris, elles auront la possibilité de montrer à un plus large public, une forme définitive de leur travail. Nous n’avons pu voir que trois de ces projets, tous d’une grande rigueur.

Je ne peux pas mourir. Mais qui peut vivre en pleine lumière crue ? de Lucie Lastella, Anahi De Las Cuevas, Marlen Vogel par la compagnie de La Geste (France)

Le premier de des projets à être présenté ici…  Sur une scène frontale, trois jeunes circassiennes avec une roue Cyr (Lucie Lastella), un cerceau aérien (Anahi De Las Cuevas, et au trapèze ballant, Marlène Vogele que nous avions déjà vue dans un remarquable numéro au spectacle de sa promotion en 2016 au C.N.A.C. de Châlons-en-Champagne.

Trois disciplines mettant le corps en jeu: deux dans les hauteurs des cintres, et la troisième, au sol.  «A l’image, disent-elles, des trois Parques de la mythologie gréco-romaine, ces fileuses mesurent leurs vies humaines et acrobatiques, tranchent leurs destins, brodent un lien tacite entre leurs personnalités en images et leurs agrès de cirque. » (…) «Le trapèze est un accès entre le ciel et la terre, les cercles des passages entre le réel et l’imaginaire. La roue Cyr balaie le sol, le trapèze ballant ventile le ciel, et le cerceau aérien lie les deux espaces par la verticalité de ses ascensions. »

Cela commence par un numéro de trapèze invisible derrière un rideau gris : une belle image picturale… Mais on est resté plus sceptique, malgré la qualité des mouvements et le soutien musical d’un interprète au clavier électronique, sur la suite possible de cette maquette. En fait, tout se passe comme si ce trio sympathique peinait à imposer un récit et à évoquer un destin tragique qui peut être celui des acrobates…

Tous les espoirs restent permis- ce n’est qu’une maquette- mais il faudra encore un  travail dramaturgique plus fouillé à cette jeune équipe pour mettre au point un véritable petit spectacle qui a pour, le moment du moins, du mal à s’imposer… Malgré de bonnes intentions et une indéniable qualité technique…

Sanctuaire sauvage de Cécile et Sonia Massou, Julien Pierrot, Thibaut Lezervant et du collectif Rafale (Belgique)

Un projet tout à fait original destiné à créer un véritable univers acoustique et imaginé à partir de la cécité du père de Cécile et Julia Massou. «Et principalement issu, disent ses auteurs, d’une découverte pour nous: la perte de  la vue qui ouvre une nouvelle manière d’expérimenter le monde. Notre objectif: créer un spectacle qui puisse être apprécié des publics voyants et non-voyants. »
Dans cette maquette, trois volets: le premier, où complètement enfermés dans un cylindre de toile plastique translucide faiblement éclairé, deux corps luttent, s’embrassent, sautent, s’allongent au sol. Il semble qu’il y ait dans ce curieux ballet dont les bruits sont très amplifiés, un homme et une femme mais on ne le saura pas. Le public d’une certaine façon assez voyeur, reste captivé, même s’il ne se passe rien de surprenant.
Deuxième étape: un jongleur dont tout le corps a été muni de capteurs acoustiques par ses camarades, fait évoluer des boules dont il raconte le trajet exact qu’il leur fait subir et dont le bruit amplifié indique très bien l’existence. Une façon de traduire à l’usage des non-voyants, une expérience de jonglerie forcément visuelle et silencieuse. Une performance à la fois d’une grande beauté et au propos généreux.
Le troisième volet, proche d’une installation d’art plastique se passe sans intervenants ou presque quand, au début, ils placent sur le sol une grande toile orange. Ils font ensuite descendre du plafond, trois seaux noirs de chantier remplis de gravier, puis tirent ensuite une bonde de chaque seau et les font remonter à quelques mètres de hauteur…  Ce qui va  doucement  faire ruisseler ce gravier, à la fois sur la toile orange et sur le corps allongé d’une jeune femme. Avec différentes sortes de bruits que les non-voyants doivent beaucoup mieux percevoir que nous… Un sac ou un seau qui laisse couler du sable fin comme les sabliers à l’image du temps irréversible: la chose a été a été beaucoup vue ces derniers temps sur les scènes mais fait toujours un bel effet visuel: ici l’image et le bruit amplifié de ce gravier qui coule ont quelque chose de poignant et de très fort.
Chacun des numéros de cette maquette est solidement travaillé, mais reste encore à trouver un fil rouge entre les trois: cela fera sans doute partie de la prochaine étape de travail avant la présentation, l’an prochain à Paris.

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Static par Monki: Benjamin Kuitenbrower (Pays-Bas)

Cela se passe dans cette même salle noire avec une piste ronde et des bancs pour une centaine de spectateurs. Au centre, un double mât chinois, devenu la spécialité de ce jeune acrobate néerlandais et au sol, un rectangle de rubans de scotch blanc qu’il s’interdit de franchir. Et quand il veut passer d’un côté à l’autre de cette piste pour aller aller chercher une rallonge de fil électrique ou mettre un disque 45 tours sur un électrophone en carton sans âge: rien de plus simple, il lui faut monter sur le premier mât, puis passer sur le second et en redescendre, comme s’il marchait  au sol et sans aucun effort… Et avec une grande élégance gestuelle.

Monki a quelque chose d’attachant et possède une rare virtuosité d’acrobate,  et à la fin  monte sur une très petite plate-forme tout en haut d’un des mâts. Il a aussi une sacrée présence et un sens de la communication, quand il fait passer un micro à pied de l’autre côté de son territoire interdit, grâce à la complicité des spectateurs du premier rang. Monki gratte aussi un petit air de guitare: là, c’est beaucoup moins convaincant,  comme quand il parle de son appétence pour l’inefficacité dans sa note d’intention.
Mais ces vingt minutes de maquette passent à toute vitesse. Il reste à cet interprète très applaudi à peaufiner et à resserrer ce solo. A suivre de près…

Philippe du Vignal

Maquettes vues les 29 et 30 mai au Provinciaal Domein Dommelhof Toekomstlaan 5 – 3910 Neerpelt (Belgique). T. : 011/805000 

Chansons dîner spectacle : La Belle rouge par la compagnie Jolie Môme

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A Contre-courant, dîner-spectacle, par la compagnie Jolie Môme

Plus d’une centaine de personnes dans la salle où la compagnie présente régulièrement ses spectacles. On nous sert à dîner pendant que se joue une pièce sans sonorisation sur une sorte de pyramide en bois. Six musiciens et cinq chanteuses évoquent entre autres ce malheureux 17 octobre 1961 où des Algériens venus de bidonvilles parisiens pour protester contre des actes racistes avaient été assassinés par la police. Michel Roger introduit des chansons dont La Tactique du gendarme et l’hymne de Jolie Môme. « Chacun de vous, dit-il, est concerné ! ».

Après le dessert, les serveurs remontent sur le plateau: «Rien à dire, rien à comprendre, car comprendre c’est excuser, excuser, c’est déjà défendre !  (…) La Palestine résistera !». Le 5 juin Benjamin Netanyaou vient à Paris et des syndicats de journalistes français ont jugé cette visite « inconcevable », et appellent Emmanuel Macron à lui demander des comptes. « Il faut que cesse la répression contre les civils désarmés, contre nos confrères palestiniens et que tous les journalistes arrêtés et incarcérés soient libérés ».
L’écriture des chansons de Jolie Môme évoquent celle d’une B. D.:  « Si tu vois le Père Noël, mets-y des coups de semelles. Fous-le dans sa hotte et mets lui des calbottes. Fais-lui manger sa fausse barbe égorge ses rennesEt préviens cet escroc qu’il est bon pour la géhenne. Père Noël distribue les boîtes de chocolats Les tranches de saumon, les blocs de foie gras. Ce père pète les panses des porcs à perpet’ Qui rient comme des morts et appellent ça « les Fêtes» On ramasse des cadavres chaque matin en Inde Ça n’empêche pas le père Noël de gaver ses dindes D’arroser les âmes pour que l’ivresse oublie Que cinq milliards d’hommes n’ont pas ce mode de vie. »  Les chanteurs  évoquent aussi le commerce du pétrole : « Y-a trop d’étrangers sur la terre, un hôpital entier est détruit par un seul missile ! (…) Pour les enfants du monde, donnez ensemble l’espoir, donnez pour qu’il n’y ait plus de guerre sans amour ! (…) Il y a eu une violation de domicile chez une journaliste. »

Une évocation de tous les opprimés « C’est dans la rue qu’ça’s’passe, tous ensemble, tous ensemble ! Ils peuvent empêcher les fleurs de pousser, ils n’empêcheront jamais le printemps d’arriver. »On nous distribue la feuille du Môme, le journal de Jolie Môme donnant des nouvelles de la compagnie et de La Belle Rouge, son dynamique festival de Saint-Amant-Roche Savine avec François Godard et l’Inquiétant Suspendu qui présentera Résistance 4 : Inès 1943 : en 1943, Inès et Léon créent un maquis dans le Sud-ouest avec des paysans du coin et des guérilleros espagnols exilés. Inès, tireuse d’élite andalouse, donnera naissance à Joseph… Il y aura aussi Un Démocrate, mise en scène de Julie Timermann (voir Le Théâtre du Blog), et Artemisia project de l’Artistique Théâtre, de la musique, du cinéma, du cirque, des ateliers politiques, des tables de presse, un village associatif, et des stands de restauration…

Edith Rappoport

Spectacle vu le 1er juin à Saint-Denis

Compagnie Jolie Môme B.P. 22, 92235 Gennevilliers Cedex.

Le festival de Saint-Amant-Roche Savine (Puy-de-Dôme) aura lieu du 27 au 29 juillet.

Formosa par le Cloud Gate Dance theatre de Taïwan

Formosa par le Cloud Gate Dance theatre de Taïwan, (sur-titré en français et anglais)

Lin Hwai-Min, le directeur artistique de cette compagnie va prendre sa retraite en 2020 et présente probablement l’un de ses derniers spectacles grand format, dans le cadre de la programmation hors-les-murs du Théâtre de la Ville.

Après Rice (voir Le Théâtre du Blog), le chorégraphe continue de nous surprendre. Une très astucieuse projection de calligraphies chinoises en fond de scène et sur le sol constitue le  seul décor visuel, et une voix off dit un  texte en mandarin.  Les vingt-quatre interprètes évoquent par leur gestuelle, les situations quotidiennes, symboliques et imaginaires, de la vie sur l’île de Formose, ancien nom de Taïwan… Des femmes semblent reproduire les gestes quotidiens de la campagne comme dans le Sacre du Printemps,  et des groupes s’affrontent dans des combats stylisés. Une danse vive et délicate, inspirée des arts martiaux et du Qi Gong, gymnastique traditionnelle chinoise.

Le Théâtre de danse de la Porte des nuages, (traduction littérale du nom de la compagnie), créée en 1973 mérite bien son nom. Ce spectacle d’une heure dix, beau mais un peu abstrait, constitue un véritable voyage dans le temps et l’espace.  Et les images de la fin nous transportent en bord de mer, où l’océan semble tout emporter par son flux et son reflux, laissant le public dans un état de méditation  et de nostalgie.

Jean Couturier

Le spectacle a été joué à la Grande Halle de la Villette, Paris XIX ème, du 30 mai au 2 juin.

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Scènes ouvertes à l’insolite (suite):

 

Scènes ouvertes à l’insolite (suite):

 Médée La Petite, d’après Sénèque, texte, conception et mise en scène de Cécile Givernet et Vincent Munsch

images 11.31.45Marionnettes, ombres et son spatialisé, ce joli théâtre d’objets diffuse un mystère et invite au mariage inattendu entre une forme légère de cirque et le mythe tragique de Médée. Une petite roulotte d’antan  surgie d’ un songe d’enfance et sur une musique tantôt dansante, tantôt grave et méditative, des êtres oniriques surgissent formes rondes avec bras et jambes dansant dans l’espace, et annoncent la tragédie.

Jeu d’ombres et de lumières, scintillements ludiques  nocturnes, dessins et illustrations, placés sous l’aura brumeuse d’une lampe tracent  des images  d’une somptueuse  magie. Apparaissent ainsi, à côté de la voix de celle qui conte l’horreur à venir, Médée dont on apprend les sentiments et projets intimes, Jason l’infidèle, Créuse, la jeune épouse sacrifiée  et  Créon, le père égoïste. Mais aussi, le chœur de la Cité, incarné par un objet insolite, une sorte d’éventail de papier commentant l’histoire. Petits tableaux de genre et scènes en miniature, le public est ébloui par tant d’invention, entre fête foraine et passions.

visuels-site-slideshow-paperwork-soi201804 Paperwork, conception, scénographie et interprétation mise en scène d’Anna Verduin

 Présenté dans le cadre de la saison néerlandaise en France, Paperwork invite le public à pénétrer dans un refuge de papier – où pliage et collage minutieux donnent naissance à tout un monde imaginé d’après l’œuvre et le personnage de Frantz Kafka, employé de bureau écrivant la nuit pour échapper à la réalité oppressante du jour.  La correspondance administrative de la compagnie d’assurances où il travaillait et ses manuscrits composant ici une œuvre littéraire, et la feuille de papier est reine,  comme les cartonnages en tout genre. Des  doigts osseux de papier ouvrent un tiroir et des cahiers minuscules sont offerts au regard du public arpentant l’espace au gré de sa déambulation entre les diverses maquettes.

Erin Tjin A Ton et Gosia Kaczmarek ouvrent des dossiers qui laissent surgir le moment d’une pause,  des tasses  et une petite théière et  invitent leurs personnages à un goûter mérité. L’une se réfugie dans une immense enveloppe, souhaitant passer par un cheminement postal aléatoire, avant d’atteindre une destination intime souhaitée. L’autre porte un grand mannequin de papier, figure blanche anonyme derrière laquelle elle se cache et qu’elle fait bouger devant les spectateurs intrigués. Ce beau délicat théâtre donne le jour à une bureaucratie surréaliste d’un joli gris pâle souris et les froissements des feuillesde papier font se lever ou se coucher les mondes.

 La Place de l’Etranger-e, conception et interprétation d’Eléonore Latour

 etrangers1Danse et marionnette portée, un spectacle éloquent sur la situation des migrants. Un  africain est allongé sur une  plage; on entend le bruit des vagues et le cri des mouettes. Cette  poupée grandeur humaine au visage expressif  se relève peu à peu, manipulée par la marionnettiste dont surgit la chevelure, tandis que ses bras et jambes sont glissés dans la veste et le pantalon : l’une est l’autre, et l’autre est elle. Confusion des formes et des identités qui touchent à l’universel…

Un oiseau au cri sonore magnifique de solitude fait crisser le vaste firmament, et la marionnette lève la tête avec tristesse, le  regard  tendu vers les hauteurs d’un ciel qu’on devine bleu, la bouche ouverte de bonheur. Cette quête identitaire s’inspire du Cantique des oiseaux, recueil de poèmes médiévaux de Farid Od-dîn Attâr, un poète soufi. Rêver d’être un oiseau libre est la belle métaphore d’une quête existentielle que la danse et la manipulation subtile d’Eléonore Latour magnifient en éveillant à la fois à la conscience de l’autre et à la conscience de soi.

Véronique Hotte

Scènes ouvertes à l’insolite :
Mouffetard-Théâtre des arts de la marionnette, rue Mouffetard, Paris V ème; Théâtre Paris-Villette,  Paris XIX ème et Théâtre aux Mains Nues,  43 rue du Clos, Paris XX ème du 29 mai au 3 juin. T.: 01 84 79 44 44.

 

 

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