Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, mise en en scène de Salomé Villiers

Le mois Molière à Versailles

Le Jeu de  l’amour et du hasard de Marivaux, mise en en scène de Salomé Villiers

le-jeu-de-l-amour-et-du-hasard-e1477250203169 copyUne histoire la fois, compliquée et finalement assez simple: Orgon voudrait marier sa fille Silvia à Dorante, fils d’un vieil ami. Elle accepte de le rencontrer, même si elle n’a guère envie de se marier. Rusée, elle va alors prendre le costume de Lisette, sa femme de chambre, pour pouvoir examiner cet inconnu d’elle. Mais  sans savoir qu’il il a eu la même idée!  Il arrive donc dans la livrée d’Arlequin, son domestique qu’il oblige à être Dorante mais en le surveillant de près. Orgon et son fils Mario, sont très gourmands, de la situation…            .

Dorante trouve vite à son goût cette fausse Lisette/vraie Silvia qui, elle-même, n’est pas insensible à ce distingué pseudo-valet, même si elle regrette la différence de classe sociale  Dorante préférerait aussi qu’elle ne soit pas une femme de chambre. (On ne se refait pas si vite dans la grande-bourgeoisie!) Et Silvia ne supporte pas non plus la vulgarité et le sans-gêne de cet Arlequin vrai valet/faux Dorante..
Silvia/Lisette, déjà amoureuse du faux  Arlequin/vrai Dorante voudrait bien que cette comédie s’arrête et trouve que Lisette va trop loin avec le faux Dorante. Lisette, elle, reproche  à Silvia  d’en faire autant avec celui qu’elles croient être le valet.

La machine va s’emballer avec un raffinement à la limite de la perversité! Silvia, perdue dans ces jeux de l’amour inattendus, ne veut plus voir ce faux Arlequin mais… quand il arrive, et lui dit même qu’elle l’aimerait, si c’était possible. Orgon et Mario observent cette situation dont ils n’ont pas prévu l’issue. Silvia en colère défend celui auquel elle tient, quand ils veulent le chasser. Puis, comme ils se moquent d’elle, elle demande aussi, de plus en perdue, qu’on le renvoie.

Mais Dorante reste évidemment… et demande en mariage Silvia qui lui avoue enfin la supercherie. Et, après cette parenthèse amoureuse, tout va rentrer dans l’ordre social: les domestiques se marieront entre eux, les maîtres aussi… Fin de cette fable un peu cynique, imaginée par ce grand scénariste et dialoguiste que reste Marivaux presque trois siècles après la création du Jeu. Les mœurs ont bien changé, mais les gens continuent à se marier ou à vivre en couple avec quelqu’un de leur milieu… Même et surtout après un petit détour hors piste. Les énarques des riches quartiers n’épousent jamais des filles d’agriculteurs du Cantal, et les jeunes industriels ou commerciaux friqués, jamais des caissières de super-marché surtout quand elles ont d’origine maghrébine ou africaine!
Sedaine et Beaumarchais sont déjà à l’horizon (Le Mariage de Figaro sera joué en 1784) et Arlequin très lucide, a le mot de la fin, quand il dit à Lisette: « Je n’y perds pas: avant notre reconnaissance, votre dot valait mieux que vous; à présent, vous valez mieux que votre dot. Allons, saute, marquis! »

Sur le plateau installé dans une des belles cours pavées  de la Grande Ecurie du Roi, construite sous la direction de l’architecte Jules Hardouin-Mansart, et achevée en 1682, une pelouse, quelques tables et chaises de jardin, deux transats et un parasol:  un cadre très contemporain et qui donne un air estival sous le chaud soleil de juin  à la célèbre comédie de Marivaux. Il y aussi un petit arbre ressemblant à un olivier et une colonne dorique blanche avec une vasque pleine de faux lierre : deux éléments assez laids qu’il vaut mieux oublier. Et derrière le plateau, juste une petite baraque noire pour abriter les coulisses.

Salomé Villiers a conçu une mise en scène tout à fait intelligente et très fine, sans à-coups et sait bien diriger ses  six comédiens et elle-même, puisqu’elle joue Silvia.  Elle  sait dire l’exacte mesure  de ce monde sans  morale religieuse où des jeunes gens, même empêtrés dans des histoire d’amour compliquées avec des désirs évidents de conquête, sont heureux de vivre… Sous le regard complice d’un père tout heureux de  revivre sa jeunesse par procuration.

 Très bonnes diction et gestuelle chez ces jeunes acteurs, surtout en plein air,  ce qui est assez rare et mérite d’être souligné et leur ex-professeur du Conservatoire du XI ème Philippe Perrussel  (excellent Orgon) a une belle complicité avec  eux. Et on entend comme rarement ce texte aux dialogues des plus savoureux qui font parfois penser à ceux des films d’Eric Rohmer
Au chapitre des bémols, une musique pop rock assez discrète entre les actes mais dont on ne voit pas bien l’intérêt.  Heureusement, on a échappé à la vidéo sans doute impossible dans cette belle cour et  sous le soleil “Je voulais créer, dit  Salomé Villiers, plusieurs espaces de jeu afin que le spectateur ait l’impression de complètement faire partie de cette maison de fous ! De cette manière, on ne quitte jamais vraiment les personnages, même quand ils ne sont pas sur scène.”  Quel intérêt? Et il faudrait  aussi revoir d’urgence le costume de Lisette –une mini-jupe verte! quand elle joue Silvia.

Mais enfin le spectacle parfaitement rodé- il a été joué plus de deux cent fois! – a de grandes qualités et a été chaleureusement applaudi par les quelque trois cent spectateurs (dont la plupart n’avaient jamais vu un Marivaux) disant à la sortie combien ils avaient été frappés par la qualité des dialogues et par le personnage de Silvia, déjà féministe.

François de Mazières, le directeur de ce Mois Molière a bien eu raison d’inviter cette jeune compagnie qui rejouera Le Jeu, dans un mois au festival d’Avignon.  Et beau cadeau pour les Versaillais et les autres: le spectacle était gratuit…

Philippe du Vignal
 
Spectacle vu le 3 juin, à la Grande Ecurie, Place des Armes, Versailles (Yvelines) T. : 01 30 2151 39

Théâtre du Roi René, 4 bis rue Grivolas,  Avignon ( Vaucluse) à 17h 55 du 6 au 26 juillet . T+33 (0)4 90 82 24 35 +33 (0)7 81 41 24 96

 

 


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