La Dispute d’Auguste Villiers de l’Isle-Adam, mise en scène de Charles Tordjman

La Dispute d’Auguste Villiers de l’Isle-Adam, mise en scène de Charles Tordjman

©Alain Leroy

©Alain Leroy

Cette pièce en un acte d’un jeune auteur (1838-1889) et dont le thème rappelle évidemment la célèbre Maison de Poupée d’Ibsen (1879). La pièce  fut  créée neuf ans avant celle-ci à Paris mais s’arrêta après quelques représentations…Radicale et trop moderne avec déjà des accents féministes, elle remettait en cause l’idéologie bourgeoise- famille, fric et  filiation- de la classe dominante qui n’apprécia pas du tout la leçon que lui donnait ce dramaturge de trente ans… Pas très souvent représentée, La Révolte avait été mise en scène il y a deux ans par Marc Paquien avec Anouk Grimberg et Hervé Briaud.

Cela se passe à Paris chez Félix, un riche banquier de quarante ans parle bilans, rentrées d’argent et investissements avec son épouse Elisabeth, vingt-sept ans. Ils sont mariés depuis quatre ans et parents d’une petite fille. Tout va bien pour lui car il a triplé sa fortune et en remercie chaleureusement Elisabeth qui a vite appris à la gérer au quotidien et avec efficacité.
  Mais Félix se revendique homme d’affaires cynique et n’a guère d’état d’âme pour faire expulser des locataires pauvres qui ne peuvent payer leur loyer. Et en même temps, il se réjouit d’emmener bientôt Elisabeth au théâtre… Goutte d’eau qui va faire déborder le vase: elle ne supporte plus la bonne conscience et l’égoïsme de son mari. Calme et lucide, elle va lui détailler l’état exact de ses comptes et lui annonce avec des mots cinglants qu’elle le quitte. Il y a aussi de la revanche dans l’air chez cette jeune femme qui paraissait au début si sage et si soumise. Triste, accablée de douleur par le néant qui l’entoure, elle a surtout besoin de parler et d’avoir une liberté… qu’elle n’a jamais non plus revendiquée,e enfermée qu’elle était dans la carcan moral bourgeois!

Indignation de ce riche banquier, sûr de lui et  qui la soupçonne d’avoir un amant- ce qu’elle nie- et qui la traite de mauvaise mère et de quasi-folle en proie à une grave maladie nerveuse. Félix l’infantilise, la tutoie alors qu’elle le vouvoie; il ne comprend rien à cette situation qu’il n’a jamais anticipée et joue au protecteur. Il se met à crier mais s’oppose mollement à sa décision et, dans un très long monologue, se persuade qu’elle n’aura pas le courage d’aller vivre seule dans une maison isolée.
Mais Elisabeth reviendra-t-elle? Oui, bien sûr, la ficelle est un peu grosse et pour des raisons pratiques, la pièce déjà courte (une heure et quelque) ne durerait plus que cinquante minutes! Il est quatre heures du matin  quand Elisabeth arrive le visage décomposé par la fatigue et la douleur. Et tout est dit dans les quelques phrases de la fin: « Tant qu’il y aura de la poésie sur la Terre, proclame Félix, les honnêtes gens n’auront pas la vie sauve ». Accablée et méprisante, elle répond juste: « Pauvre homme”.

Julie Parmentier et Olivier Cruveiller, avec une grande sensibilité et sans en rajouter, se sortent au mieux  de cette petite pièce souvent bavarde avec quelques tunnels interminables. La mise en scène est bien statique, même si Charles Tordjman fait le boulot, mais on a souvent l’impression qu’il aurait pu aller beaucoup plus loin, notamment en pratiquant quelques coupes. Que nous dit cette pièce aujourd’hui avec un thème si souvent traité depuis, que ce soit au théâtre comme au cinéma et quand on sait qu’ un mariage sur deux en région parisienne se finit par un divorce?

Tout ici est sans doute bien fait mais trop sage, et on s’ennuie un peu. Et la scénographie pléonastique avec une sorte de tablette étroite suspendue qui coupe en deux un plateau déjà petit avec un époux de chaque côté, n’arrange pas les choses. En tout cas, la pièce n’attire guère les jeunes de l’âge d’Elisabeth…On se dit que Thomas Ostermeier qui avait monté Maison de poupée avec une rare élégance et en resituant la pièce de nos jours, aurait sûrement mieux réussi son coup. Dommage…

Philippe du Vignal

Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, Paris VIème. T. : 01 45 44 50 21


Archive pour 7 juin, 2018

June Events 2018

 

June Events 2018 :

BSRD de Katerina Andreou et Autoctonos d’Ayelen Parolin

Trente compagnies avec plus de cent artistes, quarante rendez-vous et seize créations dans une trentaine de lieux, annonce l’Atelier de Paris pour la douzième édition de ce festival. Ce lieu de création et de transmission, fondé par Carolyn Carlson en 1999, présente la danse dans tous ses états pendant vingt jours. Avec surtout des jeunes compagnies et, en avant-première, des maquettes de spectacles à venir. La soirée inaugurale était placée sous le signe du beat et de la ténacité physique,  avec un solo de  la grecque Katerina Andreou et un quatuor  chorégraphié par l’Argentine Ayelen Parolin. Ces deux artistes s’interrogent, chacune à sa manière, sur les frontières de l’ancrage social et de la liberté.

 BSRD chorégraphie et interprétation de Katerina Andreou

Lire «bastard» dans cette graphie sans voyelles utilisée sur les réseaux sociaux pour communiquer plus vite. Cette notion de bâtardise évoque, pour Katerina Andreou «l’impureté identitaire», le conflit chez elle entre: vouloir appartenir, et exercer sa liberté. Ce à quoi tendent ces quarante minutes de danse effrénée, contrainte par une musique « House » à un rythme impérieux. Le corps répond à ces nappes sonores ininterrompues martelées par des percussions répétitives. L’artiste tente parfois de descendre du praticable carré surélevé ou s’arrête, à bout de souffle, pour boire, ôter T-shirt sur  T-shirt, et se remettre du rouge à lèvres. Mais elle doit obéir à l’injonction : go ! du disque vinyle, pressé pour l’occasion. La platine posée dans un coin est le seul objet présent, et la danseuse réalise des sauts et frappe des talons sous une batterie de projecteurs éblouissant jusqu’à la salle.

Au-delà de la performance sportive, entre effort acharné et plaisir du mouvement, Katerina Andreou recherche une grammaire gestuelle : « J’ai un bagage de mouvements mais c’est très free style». (…) «Je plonge dedans et me contente de quelques rendez-vous pour des actions». Mais elle n’improvise pas : la pièce est structurée par des variations de rythme, de lumières, des pauses et des silences. Bastard  se déroule  dans un entre-deux: le public semble partagé entre adhésion et rejet de cette forme radicale assez agressive.

 Autoctnos ll chorégraphie d’Ayelen Parolin

Quatre danseurs en groupe compact se déplacent en tournant d’un pas identique, talons légèrement levés, glissent sur le tapis blanc et tournent inlassablement, les bras ballants.  Avec des gestes mécaniques soutenus par la musique percussive d’un piano droit arrangé, le petit troupeau humain reste soudé. Stabilité, ordre et uniformisation ; un point de départ pour cette pièce qui évolue vers un relâchement progressif de la cohésion et vers des gestes parfois intempestifs. Petit trouble dans la communauté grégaire! 

La compositrice Léa Petra, partie prenante de la chorégraphie, a bricolé son  piano de façon à laisser quelques touches libres et alterne ainsi sons métalliques et notes naturelles. Ses pieds se promènent de manière spectaculaire le long des cordes afin de les bloquer, pour altérer ou non les sonorités. Avec elle, on quitte l’atmosphère feutrée d’une danse épurée et le quatuor devient quintette de corps  explosifs…

La chorégraphe, née à Buenos Aires et travaillant en Belgique, renvoie, avec ce terme d’autochtones, à «l’appartenance non plus à un lieu mais à une époque… » Cette deuxième pièce, créée au festival Charleroi danse, demande aux interprètes rigueur et endurance physique et à force de tension, se dégage une énergie libératoire ou une violence guerrière. La question reste ouverte.

A suivre…

Mireille Davidovici

June Events Ateliers- de Paris, Cartoucherie de Vincennes. T. 01 41 74 17 07 jusqu’au 12 juin.

Bstrd le 23 novembre Next festival, Buda Kortrijk (Belgique) ; en décembre, BNMFest, Ballet de Marseille.

Autoctonos : les 28 et 29 juin, Theater Freiburg (Allemagne);  du 19 au 27 août, Fringe Festival Edimbourg (Royaume-Uni) ; le 11 octobre, Termes de Dioclétien Rome; 27 septembre, Cango Vigilio Sieni Florence  et du 21 au 24 novembre,  Théâtre de Liège (Belgique) 

 

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