Tout va bien se passer de Maïa Brami

Tout va bien se passer de Maïa Brami, mise en scène de Coralie Emilion-Languille et Bruno Fougnès

©Maïa BRAMI

En réalité, tout s’est mal passé au «pavillon des assistées à la procréation». Un jour de poisse pour la jeune femme qui espère, après un prélèvement d’ovocytes, avoir un enfant avec le sperme de son compagnon. L’œuf a mûri vingt jours mais la ponction se transforme en boucherie, et s’envolent alors les rêves de grossesse après plusieurs tentatives de procréation médicalement assistée.

L »éminent » professeur a loupé son coup et provoqué une hémorragie interne qui a conduit la nuit suivante la jeune femme aux urgences: incompétence, mauvaise organisation du travail? Et fatigue de  cette patiente qui, levée aux aurores, s’est fourvoyée toute la matinée dans les transports en commun avant d’atteindre l’hôpital paumé au milieu de nulle part, et où même les taxis se perdent ? Pire, insouciance générale des médecins et infirmiers vis-à-vis du corps des patients. Ici, de celui des femmes: «Je suis jambes écartées dans les étriers. Que reste-t-il de soi, les jambes écartées dans des étriers sous la lumière crue ? Que reste-t-il de la femme? »

Partie d’une expérience vécue, la romancière de Pour une vie refusée, déverse sa colère et sa tristesse. Mais son  texte, tout en retenue et d’une précision clinique, évite le pathos, et c’est le seul moyen pour elle de guérir de cette violence: la dire. Elle a adapté pour le théâtre son roman et a fait appel à Coralie Emilion-Languille qu’elle avait appréciée dans Valentina Tchernobyl de Svetlana Alexievitch (voir Le Théâtre du Blog).

Dirigée par Bruno Fougnès, la comédienne apporte une densité à ce règlement de compte factuel, et donne corps et sensibilité à ce témoignage. Elle introduit une certaine distance et parfois, de l’humour dans ce texte qui tourne un peu en rond. Contre-champ musical à ce récit, David Kpossou l’accompagne à la guitare, en dialogue avec le  texte  mais on aimerait qu’il affirme davantage sa belle présence.

Les mots auront-ils raison de la douleur charnelle infligée par un gynécologue, sans anesthésie? S’il semblait nécessaire à l’auteure de partager son expérience et ses déboires avec le corps médical, et bien qu’on puisse «  faire théâtre de tout » selon Antoine Vitez, nous restons un peu sur notre faim, faute d’une véritable dramaturgie. Malgré le talent des interprètes et la portée générale de ce témoignage, cette parole a du mal à nous parvenir.  Mais Tout va bien se passer témoigne d’une possible résilience, ce qui ne peut laisser personne indifférent.

Mireille Davidovici

 Théâtre de la Reine Blanche 2 bis passage Ruelle, Paris XVIIIème T. : 06 60 43 21 13, jusqu’au 23 juin.
 Pour une vie refusée est publié aux éditions de l’Ixcea (2012).

 

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