La Fabrique des Monstres, conception de Jean-François Peyret

La Fabrique des Monstres ou Démesure pour mesure d’après Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley, conception de Jean-François Peyret

 

©Mathilda Olmi

©Mathilda Olmi

Noirceur et terreur, de la fin du XVIIIème siècle révolutionnaire et de l’orée romantique du XIX ème siècle (1764-1820), le roman gothique surgit de l’amour des ruines et des cimetières, de la violence médiévale des passions shakespeariennes et de la tradition allemande des contes de fées et récits de fantômes.

Le mythe de Frankenstein voit le jour avec le récit de Mary Shelley en 1818 : le savant Frankenstein tente de créer un homme et cette créature provoque l’horreur : un monstre abhorré par son créateur et condamné à la solitude, à la vengeance et à l’anéantissement final dans les glaces. Ce roman composite, nourri de références philosophiques, littéraires, et scientifiques dont le galvanisme : contraction d’un muscle stimulé par un courant électrique, naît des conversations de Mary avec son époux Shelley et Byron.

 Victor Frankenstein crée un monstre à partir de morceaux de cadavres : invention d’un double démoniaque et persécuteur, visions macabres, innocents sacrifiés, plongée dans la folie, la terreur et un onirisme cauchemardesque. L’inventeur est attiré par la quête transgressive d’un savoir supérieur qui le pousse à violer les lois naturelles et divines.Par déplacement, le savant et le monstre, le créateur et sa créature, sont confondus, l’humain échappant au contrôle. Le mythe prométhéen se dédouble : à la fois, le désir du savant d’égaler un dieu créateur, et le désir du monstre d’égaler l’homme.

 La créature répond à une image négative de laideur morale et physique, terrifiante et humaine : le monstre est capable de conscience morale et de sensibilité délicate. Un récit  fondé sur la pérégrination des protagonistes qui  vont aller de Suisse, en Angleterre jusqu’en Écosse et Russie pour se conclure au pôle Nord. Le projet de Robert Walton dont le récit introduit et clôt le roman annonce celui de Frankenstein. L’exploration de l’Arctique est une métaphore de la quête du savoir de Frankenstein. Elizabeth, la fiancée de Victor, ultime victime de la créature, jouera un rôle épisodique. 

Jean-François Peyret « enferme » ses comédiens sur un plateau de théâtre, à la façon de Mary Shelley, son mari et Byron, sur le bord du Lac Léman en 1816, quand les amis s’inventent des histoires à se faire peur, alors que sur la Suisse, tombent des particules issues de l’éruption d’un volcan indonésien.

Sur le plateau donc, de la poussière de cendres, quelques poubelles beckettiennes en souvenir de Fin de partie, un lit qu’on avance ou éloigne, un fauteuil à roulettes ; le fantôme de Mary Shelley passe en robe et chapeau d’époque, Elizabeth, la fiancée de Victor, et  toutes les femmes  incarnées par  la nonchalante et facétieuse Jeanne Balibar.

Un poète de scène et un bouffon de sagesse, Jacques Bonnaffé joue Robert Walton, le narrateur de l’aventure insolite de Frankenstein, un loup de mer poétique entre Coleridge et Conrad, au bonnet de marin sur la tête et en ciré contre vents et marées. Victor Frankenstein est interprété par l’inquiet Victor Lenoble, dépassé par sa créature engoncée dans un imperméable.

Sur l’immense plateau vide, paraît et disparaît un mur de fenêtres éclairées derrière lesquelles passent les personnages. L’espace est habillé au lointain par des toiles de Nicky Rieti, avec paysages d’hiver, monts enneigés, souvenirs du du Pôle Nord. Le marin fait monter dans son embarcation un Frankenstein malade et dépressif.

La représentation est à l’image de la scène : un capharnaüm indéfinissable :bribes de littérature et de poésie, extraits de découvertes scientifiques du temps. Une épopée généreuse ; face à la Femme et à ses discours féministes, à l’inventeur dépressif et au monstre créé malgré lui, le narrateur s’amuse paisiblement… Les spectateurs eux, s’amusent beaucoup moins face à cette angoisse de l’Homme et à sa révolte désespérée. Et ce spectacle exigerait vraiment plus de concision et moins de complaisance !

 Véronique Hotte

Spectacle vu à la MC 93 Maison de la Culture de Bobigny (Seine-Saint-Denis)

Manifeste-2018 Festival de l’Ircam-Centre Georges Pompidou, du 8 au 13 juin. T : 01 41 60 72 72

 

 


Répondre

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...