Lettre à la ministre de la Culture

 

©Abaca

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Nous avons reçu cette lettre qui résume assez bien la très grande difficulté pour les compagnies  de spectacle  théâtre, danse, etc.) même connues comme celle de Pauline Bayle (voir Le Théâtre du Blog), de trouver une salle de répétition correcte, ailleurs qu’en lointaine banlieue, voire dans un théâtre en Avignon (en dehors, bien entendu, de la période du festival). Pourtant, Paris ne manque pas d’espaces qu’il serait facile d’aménager à un prix raisonnable. Ce qui serait nettement plus efficace sur le plan artistique: cela ferait gagner un temps considérable aux responsables de ces compagnies et économiserait aussi une part non négligeable des subventions publiques…

Quand nous nous étonnions de cette situation, il y a déjà bien longtemps auprès de Bernard Faivre d’Acier alors en responsabilités au Ministère de la Culture, il nous avait répondu: « Quand l’Etat veut louer ou acheter, les  prix montent en flèche!  » On veut bien mais le Ministère de la Culture n’a jamais, que l’on sache, fait beaucoup d’efforts de ce côté-là et par ailleurs, n’a pas hésité à vendre le bel hôtel particulier de la rue Saint-Dominique puis à le louer à son nouveau propriétaire, le temps que le bâtiment de la rue des Bons-Enfants (d’une laideur architecturale exceptionnelle!) soit habitable… Cherchez l’erreur!
Madame Françoise Nyssen, qu’on dit sur le départ lors du prochain remaniement ministériel, s’honorerait de trouver une solution à ce cruel manque d’espaces de travail pour les compagnies de théâtre et de danse. 

Philippe du Vignal 

Lettre ouverte à Madame Françoise Nyssen, Ministre de la Culture et de la Communication,

Paris, le 30 mai 2018

Madame la Ministre,

Nous, Olivier Augrond (collectif Les Apaches), Anne Barbot (compagnie NAR6), Pauline Bayle (compagnie À Tire d’Aile), Clément Bondu (compagnie Année Zéro) et Lorraine de Sagazan (compagnie La Brèche), sommes metteuses en scène, metteurs en scène, autrices, auteurs, comédiennes, comédiens, créatrices et créateurs actifs du spectacle vivant.
Nous vous écrivons aujourd’hui afin de vous lancer un appel, en espérant qu’il soit entendu par vous, madame la Ministre, et suivi par toutes les jeunes directrices et directeurs de compagnies qui le souhaiteront. Un appel à partager notre rêve de créer une Maison des Compagnies en Île-de-France, à Paris.
Les compagnies sont le moteur et le pilier de la création théâtrale française, et pourtant nous faisons l’amer et désolant constat qu’elles ne disposent pas à ce jour d’un espace qui leur soit propre. Il existe plusieurs centaines de compagnies en Île-de-France, mais celles-ci se trouvent dans la majorité des cas dépendantes des producteurs et des diffuseurs, dans une situation d’isolement et de précarité, livrées à la concurrence et aux effets de mode.
Aujourd’hui, une programmation dans un théâtre ne suffit plus à fournir des conditions décentes et pérennes de travail. Même après plusieurs créations, nous sommes souvent obligés de trouver de petits arrangements pour pouvoir répéter dans des lieux inadaptés, ou encore, nous résigner à louer à des prix exorbitants des salles de répétitions exiguës et non-chauffées.
Parce que le théâtre est un endroit de recherche et d’expérimentation, nous pensons qu’il a avant tout besoin d’un espace, d’une maison, d’une « chambre à soi » comme l’écrivait Virginia Woolf, un lieu pour s’imaginer lui-même, et durer.
Il est donc plus que jamais nécessaire d’inventer une Maison des Compagnies. Un lieu-
passerelle entre les compagnies, où elles pourraient tisser des liens, de façon autonome. Un lieu où la réflexion sur la création sera menée par la création elle-même et pas seulement par ceux qui la financent. Un lieu de rencontre et de mutualisation des compétences, un lieu de tentatives et de transmission, sans souci de programmation. Un lieu qui permettra aux compagnies de se structurer, de répéter, un lieu de pensée, d’effervescence, d’invention.
Nous savons que le projet de la Cité du Théâtre, qui verra bientôt le jour, laissera une partie du bâtiment du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique vacant. Nombreux sont ceux qui aujourd’hui s’interrogent sur son devenir, s’inquiétant du fait que ce lieu historique pourrait être vendu à des promoteurs privés, et bientôt se voir transformé en boutique, en restaurant ou en banque.

Nous ne pouvons pas croire, Madame La Ministre, que vous puissiez imaginer et laisser faire une telle chose. Parce que certains de nous connaissent bien ce bâtiment pour y avoir fait leurs études, nous pensons au contraire que celui-ci offrirait un espace idéal à la création d’une Maison des Compagnies en Île-de-France.
Quel magnifique symbole ce serait là pour vous, pour nous, que l’enceinte historique du Conservatoire, riche de tant de promesses, se pérennise à travers ce projet, conservant là sa vocation de transmission, d’épanouissement et de développement artistique.
«La mise en scène est une naissance» écrivait Louis Jouvet. Mais il ne suffit pas de naître, Madame la Ministre, encore faut-il pouvoir grandir et s’épanouir. Le Conservatoire, cette maison qui fût la sienne et aussi la nôtre, pourrait accueillir un nouveau projet, susceptible d’offrir des conditions de travail nécessaires à l’émancipation des compagnies aujourd’hui. Nous attirons donc votre attention, Madame la Ministre, sur la formidable opportunité qui vous est donnée de pouvoir offrir un outil d’importance à la création contemporaine en Île-de-France.
Nous sommes déterminés à défendre auprès de vous ce projet essentiel au paysage théâtral, et nous vous demandons de bien vouloir accepter de nous recevoir afin d’évoquer ensemble nos propositions.
Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de croire, Madame la Ministre, à l’expression de nos salutations distinguées.

Olivier Augrond, Anne Barbot, Pauline Bayle, Clément Bondu, Lorraine de Sagazan.

 


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