Lettres à Felice de Franz Kafka, adaptation et mise en lecture de Bertrand Marcos

 

Lettres à Felice de Franz Kafka, adaptation et mise en lecture de Bertrand Marcos

 

©Pascal Victor /ArtcomPress

©Pascal Victor /ArtcomPress

Son Journal, ses écrits autobiographiques et son imposante Correspondance dont ces lettres  écrites de 1912  à 1917 à Felice Bauer, une jeune fille à laquelle il se fiança deux fois sans jamais l’épouser, révèlent chez leur auteur une inquiétude existentielle profonde. Conscient, le jeune homme se plaint d’une éducation rigide, du conflit qui l’oppose à son père, d’une constitution nerveuse et de la sourde violence d’un combat intérieur. La vie quotidienne n’est pour lui qu’une suite de drames successifs, intenses et irréversibles.  A l’image de l’état conflictuel que connaît historiquement sa Prague natale dans l’ancienne Autriche-Hongrie.

Franz Kafka rencontra Felice Bauer en 1912, et une correspondance amoureuse s’ensuit ; ils se rencontrèrent à nouveau à quelques reprises, se fiancent mais sans projeter nul mariage. Il vit à Prague avec les siens, et elle, de même, à Berlin. Seule la correspondance peut les rapprocher et ils s’écrivent régulièrement et parfois même plusieurs fois par jour. Franz Kafka travaille dans une compagnie d’assurances le jour, et compose la nuit de grandes œuvres comme La Métamorphose. Mais cette charge de travail met à mal son élan créateur  et sa santé.

Ces lettres témoignent d’une lutte personnelle. Désireux d’aimer mais craignant d’être abandonné et sa dévalorisation, l’écrivain ne sait pas goûter au bonheur. Inaptitude à vivre, dénigrement de soi et grande humilité, bref, il fraie avec le pessimisme. Le conflit devient aigu quand il rencontre Felice.  Franz Kafka devra faire le choix décisif de sa vie et cinq ans passent  avec un contretemps récurrent: s’il se marie, il devra travailler pour faire vivre sa famille et il en finira donc avec l’écriture: ce serait une renonciation douloureuse et un consentement à ne plus exister. Il restera donc  seul avec l’ascétisme, la rigueur et le sacrifice dû à l’œuvre en cours.

Mais en 1917 une maladie pulmonaire exile l’écrivain hors du monde et lui offre la solitude, sans qu’il l’ait vraiment choisie.  Et il est écartelé entre l’art et la vie ;  la littérature est victorieuse avant d’être elle-même balayée sans recours par la mort.

Dominique Pinon interprète  l’écrivain à sa table qui, nerveux, exigeant, plaintif, conscient d’être enclin à la lamentation, attend en amoureux impatient les  lettres de Felice. Distant, il joue avec lui-même et connaît à fond sa propension à goûter au malheur. Isabelle Carré, longue robe et chignon bas, incarne une jeune fille touchée par des sentiments sincères. Elle a une écoute attentive et accorde à l’épistolier tyrannique des preuves d’amour. 

Un échange scénique délicat dont le feu vif passe par les mots de Franz Kafka.

Véronique Hotte

Théâtre de l’Atelier, Place Charles Dullin, Paris XVIII ème, T. : 01 46 06 49 24 jusqu’au 1er juillet

La Correspondance de Franz Kafka est publiée aux Editions Gallimard. 

 


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