Le Bord d’Edward Bond, traduction et mise en scène de Jérôme Hankins

 

Le Bord d’Edward Bond, traduction et mise en scène de Jérôme Hankins

 

le Bord

le Bord

«Je n’écris pas pour les jeunes en tant que jeunes, mais pour les jeunes en tant qu’adultes : les adultes qu’ils deviendront un jour, dit Edward Bond. Je crois que pour les jeunes, j’écris au cœur de la radicalité de l’innocence. Pour les adultes, il est nécessaire au préalable, de mettre à découvert ou de ressusciter cette innocence. »

Poète engagé, né en 1934, le célèbre dramaturge britannique, fils d’ouvriers,  a passé son enfance sous les bombardements du Blitz. Il considère le théâtre comme un outil de réflexion, où il analyse les phénomènes sociaux et politiques face aux catastrophes actuelles. Il dédie depuis quelques années à la jeunesse un répertoire destiné à être joué par, et pour des enfants et des adolescents. Il y développe une réflexion sur les rapports humains et sociaux pour permettre aux jeunes de comprendre le monde dans sa complexité. Et si, comme dans Le Bord, l’ombre de la tragédie plane sur ses pièces  jeune public, il veille à une fin ouverte: « Les contes des frères Grimm  commencent dans le tragique et finissent dans la liberté. Je crois que c’est ce que font mes pièces pour jeune public… »

 Le Bord, écrit en 2013, fait partie de ses drames pour l’école (Theatre-in-Education). Avec de multiples rebondissements et renversements de situation, la pièce analyse les ressorts contradictoires qui dictent les conduites et les sentiments des individus entre eux. Au bord d’une nouvelle vie, en partance pour « l’autre bout du monde », un jeune homme trébuche sur le corps d’un vieillard, couché dans la rue. Il tente de lui porter secours, mais son geste, de manière inattendue, se retournera plus tard contre lui.

C’est la dernière nuit avant son départ et, rentré chez lui, il doit affronter la tristesse de sa mère. Le vieil homme fait irruption dans l’appartement familial et la situation bascule. Ron se trouve pris au piège d’une relation conflictuelle avec sa mère. Des tensions resurgissent, remontant à la mort du père sur un chantier et s’enveniment rapidement. Puis un jeu du chat et de la souris s’instaure entre lui et l’intrus qui l’accuse d’avoir volé son portefeuille, et par extension, accable la jeunesse de tous les maux dont souffre la vieillesse : «Vous les jeunes vous nous prenez tout (…) ils prennent tes cheveux et te les collent sur le corps. Ils prennent tes yeux (…) ils ont les yeux qui pétillent… etc. ».  La mère ne sait plus sur quel pied danser. On se trouve toujours au bord d’une situation explosive.

 Cette sorte de conte moral d’une heure n’a rien de didactique mais trouve son sens dans les antagonismes entre les personnages dont les points de vue diffèrent selon leur position sociale ou générationnelle. Elle laisse chaque spectateur libre de se faire une opinion face aux comportements paradoxaux et contradictoires des protagonistes.

Proche d’Edward Bond, Jérôme Hankins, traducteur et metteur en scène, s’est emparé, avec  sa compagnie l’Outil, de l’œuvre pour jeune public du dramaturge ( les EnfantsLa Flûte, Le Numéro d’équilibre…La pièce a été créée en 2016  à la Maison du théâtre d’Amiens dans le cadre des Rencontres européennes Edward Bond et la mise en scène de Jérôme Hankins, très scrupuleuse, fait bien entendre ce texte d’une économie modeste et d’une concision efficace. Dialogues secs, phrases saccadées, renversements rapides de situation, et pour finir, retour des personnages sur eux-mêmes. Le décor réalisé pour des représentations un peu partout, notamment dans les écoles, reste sommaire et permet les entrées et sorties fréquentes de Ron, correspondant au caractère impulsif du garçon en colère… Hermès Landu, dont c’est la première apparition professionnelle, interprète un jeune homme naïf et nerveux, face à Yves Gourvil qui compose un personnage fêlé, inquiétant et clownesque. Il apporte un peu d’humour à ce trio étouffant. Ce spectacle sans prétention nous fait découvrir un Edward Bond pour qui : «La jeunesse est devenue un nouveau continent, et le théâtre ne peut pas prétendre à un objectif humain s’il ne parvient pas s’y engager et à l’explorer ».  

 Mireille Davidovici

 Théâtre de l’Épée-de-bois, Cartoucherie de Vincennes, route de Champ de manœuvre. T. : 01 48 08 39 74, jusqu’au 30 juin.

 

 


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