Bibi l’Ecorché par la compagnie de L’Oiseau Mouche, d’après le pamphlet contre la mort de Charles Pennequin, adaptation et mise en scène de Sylvain Maurice

Bibi l’Ecorché  par la compagnie de l’Oiseau Mouche, d’après Le Pamphlet contre la mort de Charles Pennequin, mise en scène et adaptation de Sylvain Maurice

© E. CARECCHIO

© E. CARECCHIO

Basée à Roubaix dans un ancien et très vaste garage, cette compagnie dont les acteurs sont handicapés, dispose d’un plateau, de salles de répétition, locaux techniques et bureaux… Et même d’un restaurant. Créée en 1978, donc il y a quarante ans la compagnie est professionnelle depuis 1981 et compte vingt-trois acteurs qui travaillent chaque jour  dans ce lieu, en répétant ou en jouant des spectacles, (voir Le Théâtre du Blog). On avait beaucoup apprécié il y a quelques années, un remarquable Sortir du corps de Valère Novarina sous la direction de Cédric Orain.

Sylvain Maurice, directeur du Centre dramatique national de Sartrouville, a mis en scène ce texte de Charles Pennequin, (cinquante-deux ans), poète et auteur de nombreuses performances, avec les acteurs de l’Oiseau Mouche. Entouré de ses copains, Bibi fête son anniversaire et raconte sa jeunesse : la famille, l’école, les premiers amours… Mais aussi la misère de son enfance misérable, des filles et il parle de son père, à la fois  aimé et tellement haï.

Jérôme Chaudière incarne avec force Bibi, ce garçon  qui rêve de devenir chanteur de rock. Il  a composé une chanson inspirée par  Guillaume Apollinaire et est accompagné  par Dayan Korolic à la guitare. Il essaye de chanter mais à cause d’une articulation difficile, peine à se faire entendre. L’écriture du spectacle évoque la violence des souvenirs et la nostalgie d’un monde disparu.   A quatorze ans, Bibi se regarde dans la glace: «Je suis beau comme ange rebelle dit-il, et interpelle son père : Papa, pourquoi tu t’es fait rétamer par la vie?». Et le père lui répond: «Tu as bien fait de partir avant tous les autres !  Faut vivre, il faut bien, à un moment donné, s’arrêter de braire».

Malgré toute l’énergie des acteurs: Jonathan Allart, Marie Claire Alpérine, Myriam Baïche, Jérôme Chaudière, Valérie Waroquier et Dayan Korolic, nous ne sommes pas arrivé à nous laisser emporter par le rêve de ce jeune homme. L’Oiseau Mouche nous a réservé autrefois de plus belles surprises…

Edith Rappoport

Spectacle vu le 9 et joué du 6 au 9 juin à la Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris XIème.


Archive pour 24 juin, 2018

Le Pays lointain, (un arrangement), d’après Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Christophe Rauck

 © Simon Gosselin

© Simon Gosselin

 

Le Pays lointain, (un arrangement), d’après Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Christophe Rauck

Juste un souvenir, Jean-Luc Lagarce était venu nous apporter une photo  pour un article sur La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco qu’il venait de remettre en scène. Nous le revoyons  terriblement maigre, très humble, sa photo à la main devant la porte du bureau de l’Ecole à Chaillot. Je lui proposais de boire un café mais il n’avait pas le temps et nous avons parlé un peu quand je l’ai raccompagné jusqu’à l’accueil du Théâtre. Mais grande tristesse, il mourrait du sida à trente-huit ans, juste après avoir fini d’écrire Le Pays lointain

La pièce est en fait très proche de Juste la Fin du monde (1990) qui a été plusieurs fois montée depuis la mort de Jean-Luc Lagarce et Xavier Dolan en a fait un film, il y a deux ans. Le spectacle est celui de la cinquième promotion de l’Ecole du Théâtre du Nord que dirige depuis 2014 Christophe Rauck, avec Peio Berterretche, Claire Catherine, Morgane El Ayoubi, Caroline Fouilhoux, Alexandra Gentil, Alexandre Goldinchtein, Victoire Goupil, Corentin Hot, Margot Madec, Mathilde Méry, Cyril Metzger, Adrien Rouyard, Étienne Toqué, Mathias Zakhar. Deux élèves auteurs,  Haïla Hessou et Lucas Samain, sous la direction de Christophe Pellet, ont conçu une adaptation à partir d’un très habile montage de textes de l’auteur. Vieux problème quand on veut tous les jeunes comédiens puissent avoir chacun un rôle mais ici bien traité. Ont donc été ajoutés le personnage de la sœur de J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne, la diva Madame Tschissik de Nous les Héros, et Jean-Luc Lagarce disant des extraits de son Journal.

Christophe Rauck a bien réussi son coup et François Berreur, le directeur des éditions Les Solitaires Intempestifs donna son accord à la condition de compléter la pièce par des extraits de textes de l’auteur. On a donc affaire ici un sorte de récit subtilement tissé où Louis, un homme encore jeune mais qui se sait condamné à brève échéance, retourne voir sa famille pour lui annoncer qu’il va mourir, et en somme régler ses comptes une fois pour toutes, car il n’y aura jamais de second voyage. Mais il ne dira rien, et repartira… Et cette histoire familiale sur fond d’amour et de conflits dans la fratrie est pour Jean-Luc Lagarce le récit d’un échec. « La douleur, mais encore, peut-être la sérénité de l’apaisement, le regard porté sur soi-même au bout du compte »

Avec des personnages comme Louis, sa mère, sa sœur Suzanne,  son frère Antoine et sa femme Catherine mais aussi de disparus à jamais : le Père mort et l’Amant mort.  En quelque sorte, les familles, celle, disons biologique comme on dit maintenant, de l’enfant que fut Louis et où il a grandi dans sa petite ville, et celle qu’il s’est faite, adulte, au hasard de rencontres: Hélène, la maîtresse de Longue Date, et deux personnages secondaires: « Le Garçon, tous les garçons », et «Le Guerrier, tous les guerriers ». Louis le héros central du Pays lointain, désemparé mais lucide n’arrive pas à dire dans cette pièce proche de l’autobiographie qu’il va mourir: « Je ne risque rien et c’est ainsi que je me retrouverai (…) Ce que je pense, et c’est cela que je voulais dire, c’est que je devrais pousser un grand et beau cri, un long et joyeux cri qui résonnerait dans toute la vallée, que c’est ce bonheur-là que je devrais m’offrir, hurler une bonne fois, mais je ne le fais pas, je ne l’ai pas fait. »

Bref, un bilan désastreux pour ces retrouvailles, avec une communication à la limite de l’impossible entre gens qui ont été très proches mais qui n’ont plus grand chose à se dire. Les malentendus, rivalités, non-dits se succèdent; jamais vraiment exprimés par les personnages.  Même s’ils ont une certaine tendresse malgré tout, les uns envers les autres.

Un grand plateau avec- vieux procédé- de chaque côté du plateau, des rangées d’anciens sièges de théâtre ou cinéma, en bois ou tapissés de velours où s’assoient les acteurs quand ils ne jouent pas.  Une petite table avec une machine à écrire, un fauteuil et sept châssis blancs dans le fond pour dire l’espace d’une  pièce ou d’un paysage. Et où  sont projetées en vidéo des dessins  en noir et blanc réalisés par Carlos Franklin de la toute proche Ecole du Fresnoy. Et il y a une intéressante bande-son en fond sonore, avec des thèmes d’œuvres classiques et des chansons dAlain Bashung.

Ce qui frappe dans cette interprétation : une grande compréhension du texte et des intentions de Jean-Luc Lagarce. (Cela suppose donc une dramaturgie pointue). Un jeu efficace mais d’une grande humilité sans aucune criaillerie à la diction et à la gestuelle impeccables. Les enseignants de l’Ecole, cela se voit, ont fait un excellent boulot de formation et ici, pas comme dans certaines écoles supérieures que nous ne citerons pas, les élèves ne se la jouent jamais  perso et/ou avec une certaine emphase pour attirer le regard…

Il y a à Lille une grande humilité et étonnante intelligence de l’humour et de la sensibilité propres aux textes pourtant parfois difficiles de Jean-Luc Lagarce. Nous avons spécialement remarqué Etienne Toqué (Louis) et Margot Madec (Mademe Tschissik)  mais il y a une grande concentration et une unité de jeu chez tous ces jeunes comédiens… qui, visiblement, n’ont eu aucune peine à se retrouver dans les thèmes traités par Jean-Luc Lagarce qui aurait aujourd’hui soixante ans : difficultés dans les relations familiales, amour des vivants, forte connivence avec les morts, recherche d’une identité, questionnements métaphysiques…

Certains moments pourraient être un peu resserrés et mieux vaut parfois connaître le théâtre de Jean-Luc Lagarce, mais c’est un grand bonheur de voir ce travail d’élèves bien dirigés par Christophe Rauck qui a su prendre la juste dimension de ces textes. Un travail qui  devenait déjà, le soir de la première! un véritable spectacle. Exceptionnel et qui mérite d’être souligné. Et ce Pays lointain a été chaleureusement applaudi par le public lillois. Ces jeunes comédiens recevront sans aucun doute le même accueil à Avignon.

Philippe du Vignal

Le spectacle s’est joué du 19 au 23 juin au Théâtre du Nord, Grand Place, Lille.

Festival d’Avignon du 20 au 23 juillet, salle Benoît XII, rue des Lices. Durée : 3h30 (entracte compris). T. : 04 90 14 14 14.

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