Festival des Ecoles de Théâtre du Théâtre public

 

 

Festival des Ecoles de théâtre du Théâtre public

Le théâtre bouge, vit, et prend hélas, très vite,  des habitudes. Les jeunes «collectifs » ont établi sans se concerter bien sûr, une grammaire commune, et les représentations se suivent et se ressemblent. Dans la liste des «passages obligés»: un chant choral pour commencer- plutôt beau, en général- et  la constitution d’un groupe ; une table, familiale, conviviale, sanglante, et la fête qui va avec, comme élément scénographique central… Un homme mis à nu, éventuellement. De la vidéo en option, un « stand-up» et/ou un discours au public, du cru des acteurs, et la participation des spectateurs…

Carillon et Scarabée, d’après Les Frères Karamazov de Dostoievski, de l’E.S.A.D. (Ecole supérieure d’art dramatique de Paris), travail dirigé par Jeanne Candel et Lionel Gonzalez

© Christophe Raynaud De Lage

© Christophe Raynaud De Lage

Encore un spectacle qui se construit «d’après», ce qui implique le plus souvent la réduction à un langage pauvre et relâché, à un  sous-texte, celui de nos premiers ateliers au lycée. Pour cette présentation de sortie d’école, Jeanne Candel et Lionel Gonzalez ont travaillé avec les élèves de l’E.S.A.D. (Ecole supérieure d’art dramatique de Paris). Un bon point, au moins avec ce titre Carillon et Scarabée: une fantaisie au moins clairement annoncée!

Mais cela reste «d’après», et de très loin ! Le prologue, avec chant funèbre et image forte (et drôle) du cadavre du père, trop grand pour le cercueil (il sera finalement enterré les pieds dehors, problème à jamais non résolu), est plutôt réussi. Des flots du roman, il reste juste de quoi tracer de grandes lignes (de conduite) et trois prénoms : Dimitri, l’exalté, Aliocha, le pieux, un peu naïf mais pas si bête, et un Ivan assez mal défini. Du côté des filles, c’est plus complexe et plus démonstratif: Katerina, la noble fiancée abandonnée par Dimitri, se révèle une sorcière ravageuse vêtue de rouge, c’est tout dire, et elle exhibe (longuement) sous sa robe, un sexe masculin postiche très satanique. Quant à Groucha, en vert (la Femme comme Nature ???), et au centre des tourments masculins, on la voit peu : un destin de femme ordinaire.

Les rôles ne sont pas indiqués sur la feuille de salle! Dommage! On ne citera donc pas les noms de ces élèves dont on aurait aimé faire la connaissance en particulier  ce jeune homme, très fille mais pas du tout efféminé, qui nous gratifie de ce “stand up“ à froid. Quand on ajoute de jolis moments de musique en amateurs, et cela donne un spectacle, drôle parfois, avec des trouvailles mais sans l’intensité du «théâtre précipité», annoncé par les metteurs en scène. Prêts à jouer? Oui, mais il leur faudra déjà sortir de l’habitude, et ne pas avoir peur des textes…

Platonov, ou les désillusions de la jeunesse, d’après Anton Tchekhov, par les élèves de trois promotions de l’E.S.C.A. (Ecole supérieure de comédiens par alternance d’Asnières)

© Miliana Bidault

© Miliana Bidault

Une autre adaptation d’un grande pièce, sous la direction de Paul Desveaux. Mêmes renoncements: le sous-texte monte à la surface et se substitue au texte, une méthode  usée pour attaquer  (c’est le cas de le dire) une écriture, et la ramener au connu d’une psychologie banale. Et cette présentation réunissait tous les ingrédients déjà usés,  et cités plus haut ! Les copains des  élèves riaient, sans complexe, des blagues sexistes et avinées des personnages, et applaudissaient en même temps la protestation féministe de la comédienne qui venait de jouer le rôle de Maria Grekova, la jeune fille naïve de vingt-ans. Il faut quelquefois se demander de quoi on rit (sachant qu’au théâtre, c’est généralement en bonne compagnie) : camaraderie mais mauvaise pente, l’indulgence: un cadeau empoisonné !

Ce qui nous gêne ici: le théâtre est traité par le bas. Quand on monte sur une scène, y compris pour faire rire, ce doit être le signe d’une haute exigence. Mais le public a le droit, lui aussi, de découvrir  la pièce de Tchekhov. Qu’est-ce qui fait un grand texte ? Que son interprétation soit sans fin, et qu’il parle successivement aux différentes générations. Nous n’avons pas besoin que des élèves-comédiens nous exposent en sous-texte ce qu’ils en ont retenu ! Les tourments de la jeunesse, nous les avons à la maison… Mais nous avons besoin de leur lecture, de leur interprétation, grandie, parce qu’ils auront eu à surmonter les difficultés de la pièce…

Bien sûr, Platonov parle à la jeunesse d’aujourd’hui. Bien sûr,  on a le droit de couper largement dans les russitudes qui l’encombrent, pour aller droit au but, existentiel. Le public est intelligent, mais à condition, qu’on s’adresse à son intelligence et à sa sensibilité. La pièce en dit assez avec la brutalité et la clarté nécessaires, sur la domination masculine, et on n’a pas besoin d’un petit sermon adventice sur la question. Ces jeunes gens, doués et motivés, doivent faire le point sur leur désir de théâtre. Auraient-ils peur de l’ambition d’être un grand acteur, une grande actrice ? Sur cette voie-là, ils n’ont aucune chance de laisser des traces dans la mémoire du théâtre. Ce qui rend un texte accessible à tous, ce n’est pas la vulgarité mais la sincérité, la profondeur. On nous dira que ces jeunes commencent, qu’ils ont la vie devant eux pour devenir grands. Faux. Ils ont besoin de commencer haut, et non d’adapter les chefs-d’œuvre à la sauce quotidienne, et de les débiter à la vitesse des mentions obligatoires de la publicité radiophonique.

Deux proverbes, à méditer pour ceux qui entrent dans la carrière : «Au théâtre, on n’a pas d’excuses» et «Le devoir de tout artiste est de faire de l’art». Pas moins, s’il vous plaît. De même, Che Guevara disait: «Le devoir de tout révolutionnaire est de faire la révolution», ou encore, Simone Veil : «Travaillez, et ne soyez jamais modeste». Au sens d’une grande ambition, cela va de soi.

Christine Friedel

Présentations vues au Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes,  les 27 et 28 juin.


Archive pour 2 juillet, 2018

On aura pas le temps de tout dire, portrait d’acteur#1

On aura pas le temps de tout dire, portrait d’acteur#1, conception/adaptation d’Eva Vallejo/Bruno Soulier, acteur/textes de Gilles Defacques

20180621_pasletempsdetoutdire_0040Il s’agit sans doute officiellement du seul Théâtre International de quartier : le théâtre du Prato, à Lille, qui est aussi pôle national cirque. Ce genre d’appellation contrôlée donne un peu le vertige, comme si on était en train de se balancer en haut d’un mât chinois. Pour arriver au Prato, dans le quartier populaire des Moulins, on prend le métro, par exemple, à la gare Lille-Flandres ; on survole les quartiers, les rues, les friches urbaines, et la majesté des constructions industrielles vides comme des coquilles, et belles de leur gloire pas si ancienne.

Et on arrive à ce qui fut une filature. Mais ici l’on file la métaphore, la gestuelle, les mots, la musique, sous la haute bienveillance de Gilles Defacque, l’un des fondateurs (1973) d’une maison où sont passés les clowns de tous les pays, Ronny Couteure, la Compagnie de l’Oiseau-Mouche, et les textes de Samuel Beckett. Mais n’oublions pas le titre du spectacle que vous allez voir : On aura pas le temps de tout dire.

Donc, Gilles Defacque a été professeur de lettres, et puis les lettres, tout en finesse, pointues, pleines d’esprit, l’ont aspiré corps et biens, ce qui fait qu’il est devenu clown, acteur, arpenteur de plateaux et piéton de cirques. Ce Portrait d’acteur#1 (sous-titre du spectacle) s’est construit – on a envie de dire, comme pour une plante, «a poussé», en symbiose parfaite entre l’acteur-clown, Eva Vallejo qui l’a mis en scène avec le compositeur Bruno Soulier qui sur le plateau, l’accompagne, l’environne, le guide, le surprend, l’écoute.

Presque rien sur le plateau, sinon l’indispensable laboratoire musical, quatre ou cinq chaises  de différentes tailles héritées de spectacles précédents, des micros pas toujours commodes –mais ça, c’est le destin du clown-, et des lumières suggestives. L’acteur peut entrer, tout replié sur son concertina, l’emblème du clown. Gilles Defacque nous offre un Auguste discret, souffrant à peine de l’ironie de son nom. L’Auguste n’est jamais à sa place, il ne tient pas debout, du moins il est en perpétuel déséquilibre, ce qui le met sans cesse en mouvement, du coup il a inventé le mouvement perpétuel. Aaah, trouvaille, hein ? Le clown est inquiet, d’autres diraient intranquille. C’est avec ça que se raconte une vie d’acteur, tantôt du côté du journal intime, partagé, telle la première aventure dans le off Avignon, tantôt du côté de la métaphysique, l’âme même du théâtre : être ou ne pas être, là est bien la question. Le Gilles que vous aurez devant vous se la pose sans fausses pudeurs, sans le moindre cabotinage. Sans complaisance, non plus. Il parcourt sa vie d’artiste avec une nostalgie légère, un humour délicat, bref avec une grande élégance et une vraie poésie.
On pourrait citer des extraits de son écriture, mais elle est née d’abord de la parole et du geste, sur le plateau (même si on peut la lire : Parlures 1 et 2,  éditions Invenit/Muba, La Rentrée littéraire, éditions La Contre-allée, entre autres, ou dans les très beaux cahiers édités par le Prato). Pas moyen de faire autrement : il faut aller l’écouter-voir.

Christine Friedel

Spectacle vu au Théâtre du Prato, production L’Interlude T/O..
A 14 h30 à la Manufacture (patinoire) à Avignon, du 6 au 26 juillet. T. : 04 90 85 12 71

 

Kiz-Zhibek et Korkut “ par les acteurs-chanteurs et danseurs du Kazakhstan “

 

Kiz-Zhibek et Korkut par  les acteurs-chanteurs et danseurs du Kazakhstan

Le deuxième festival mondial de théâtre d’Astana, une ville futuriste plantée au beau milieu de la steppe, vient juste de se terminer. Après le toujours enchanteur Arlequin serviteur de deux maîtres de Giorgio Strehler, le programme offrait les récentes créations du Russe Iouri  Boutoussov (un formidable Oncle Vania récompensé au Festival de Moscou par un Masque d’or), du Géorgien Robert Stouroua, du Lituanien Eimuntas  Nekrochius, du Polonais  Grzegorz Jarzyna, et des spectacles kazakhs, ouzbeks , kirghizes, japonais et chinois… Nous y reviendrons plus longuement.

Pour fêter les vingt ans de sa capitale Astana, la jeune nation indépendante qu’on connaît mal, s’invite en Avignon avec deux spectacles :  Kiz-Zhibek  et Korkut. Le Kazaksthan est un pays cinq fois grand comme la France, aux rudes hivers (jusqu’à moins 40°!),  avec cent vingt-sept ethnies, deux langues (le russe, langue officielle et le kazakh, nationale) et  où cohabitent dix-huit confessions, à dominante musulmane mais qui s’affirme obstinément laïque et n’autorise pas le port du foulard dans les établissements scolaires. Très éloigné de  Moscou, le Kazaksthan a su et pu, au temps de l’U.R.S.S. garder ses musiques, ses contes et épopées traditionnels et il y puise largement aujourd’hui.

Kiz-Zhibek 

IMG_9366Ce titre (on pourrait traduire par Fille de soie) est celui d’une comédie musicale dite « ethno-folklorique ». Mais il est plus que cela : il s’agit d’une épopée poétique et lyrique, rédigée seulement au  XIX ème siècle et qui  a connu par la suite de nombreuses versions écrites. Une sorte de Roméo et Juliette des steppes, lorsqu’au seizième siècle, le pays est déchiré par les invasions et guerres claniques. En 1934, Evgueni Broussilovski, compositeur russe qui fit toute sa carrière à Almaty, l’ancienne capitale du Kazakstan, en fit un opéra, rassemblant pour cela de nombreux «quiu» (morceaux transmis puis écrits pour le «dombra», un instrument à deux cordes capable d’exprimer une multitude de sentiments),  et des chants populaires. Cette œuvre fut présentée l’année dernière à l’Opéra d’Astana construit par un architecte italien et qui depuis 2013, rivalise par des dimensions et son équipement avec le Bolchoï de Moscou !

Pour donner une idée de l‘importance de Kiz-Zhibek dans la culture kazakhe, il faut aussi évoquer le  film éponyme tourné en 1970 par Sultan Akhmet Khodjikov dont le succès court jusqu’à aujourd’hui, et dont les deux acteurs principaux Maruert Utekesheva et Asanali Achimov sont vénérés comme  »trésors nationaux ». Quarante-cinq jeunes comédiens et chanteurs du Théâtre du Music-hall d’Astana interprètent le spectacle sous la direction d‘Askat Maemirov, avec la musique de Broussilovski. Il y a dans Kiz-Zhibek des éléments du livret de l’opéra, du à Gabit Mousrepov. C’est une étape moderne du long travail du temps et des hommes sur la tradition orale…

Korkut

2018-04-16-PHOTO-00000115Ce spectacle, par le Théâtre du drame M. Aouedov d’Almaty, est monté par Ionas Vaïtkus, grand metteur en scène lituanien, le maître d’Oskaras Korsunovas qui présente Tartuffe  dans le in. Etonnante coïncidence… Ecrite par le poète Iran Gayip, la pièce porte pour titre, le nom d’un sage-musicien, auquel les Kazakhs attribuent l’invention d’un autre de leurs instruments de musique:  le kobyz. Korkut, un personnage légendaire et mystérieux, est à la recherche de son identité au temps des conflits entre le tengrisme, religion des populations nomades turques et mongoles, aux confins du chamanisme et de l’animisme, et de l’Islam nouvellement arrivé dans les steppes. A l’intérêt de la découverte de cette culture encore si peu connue tant sur le plan littéraire, spirituel que musical, s’ajoute celle du regard qu’un artiste lituanien porte sur une autre culture que la sienne. Ce spectacle s’inscrit dans un mouvement plus large où les artistes de l’ancienne Union soviétique cherchent aujourd’hui à travers le théâtre, à reconstruire les liens fraternels et multiculturels qui existaient entre eux, et que la chute de l’U.R.S.S. avait brisé net .

Béatrice Picon-Vallin

Kyz-Zhibek, Collège de la Salle, du 19 au 25 juillet, à 21 h 45 (sur-titré en français) et Korkut, du 13 au 17 juillet, à 21 h 45. (sur-titré en français).

Festival de danse de Marseille (suite)

Festival de Marseille (suite)

Kirina, conception et chorégraphie de Serge Aimé Coulibaly,  direction et création musicale de  Rokia  Traoré, livret de Felwine Sarr

 

©philippe-magoni

©philippe-magoni

Après Kalakuta Républik, salué par la critique au dernier festival d’Avignon, le chorégraphe belgo-burkinabé se lance, avec sa compagnie Faso Danse, fondée en 2002, dans l’évocation de la bataille de Kirina qui, en 1.235 , a vu la victoire de Sundjata Keita  sur le tyran Soumahoro Kanté, oppresseur du peuple mandingue et marque l’avènement de l’Empire du Mali qui domina l’Afrique de l’Ouest pendant plusieurs siècles…. Kirina évoque la geste du premier empereur, né infirme. On assiste à sa mue en héros, à la coalition qu’il suscite, puis aux combats qu’il mène et au terrassement des ennemis.

La scénographe Catherine Cosme a imaginé des piles de tissus en hautes colonnes mobiles, baignées dans  une lumière rouge. Neuf  interprètes, vêtus du blanc au grège se déploient avec des mimiques expressives. Ils virevoltent, s’élancent dans les airs, chancellent, tombent et se relèvent, habités par une énergie vitale.  En contrepoint dans la pénombre, puis de plus en plus présents, défilent calmement une quarantaine d’amateurs marseillais, procession figurant les éternelles migrations des peuples.  Serge-Aimé Coulibaly dit avoir travaillé sur plusieurs pistes à partir du livret de Felwine Sarr. Pour l’écrivain sénégalais, chantre de l’émancipation africaine  : “La lutte est une ordalie. Elle libère les peuples des jougs sous lesquels ils ploient.”

Lâchant souvent un fil narratif peu évident, le chorégraphe a développé des séquences d’une grande énergie, commentées par un conteur et soutenues par la musique et le chant.  Aly Keita, Youssouf Keïta au  balafon,  Saidou Ilboudo à la batterie, Mohamed Kanté à la base  et Yohann Le Ferrand à la guitare, mêlent avec excellence les sonorités africaines aux riffs jazzy. Naba Aminata Traoré et Marie-Virginie Dembelé chantent magnifiquement les épisodes de cette épopée. On regrette seulement le manque de surtitres pour éclairer le sens de cette histoire mythique et fondatrice. Mais le chorégraphe estime qu’il appartient à chaque spectateur de décrypter et de trouver son chemin dans cette œuvre.

 Restent d’impressionnants passages dansés comme le duel interprété par Issa Sanou  et Ahmed Soura, la gestuelle saccadée (et un peu forcée) de Marion Alzieu se débattant face à des jets continus d’étoffes rouges arrachées au décor. Sauouba Sigué clôt la pièce avec un impressionnant solo : renaissant d’entre les morts qui jonchent le champ de bataille, il se livre à une danse féline, héros redoutable ou monstre de l’Enfer.

Entré dès le début dans la compagnie de Serge Aimé Coulibaly, ce danseur mène parallèlement une carrière de chorégraphe avec sa troupe lyonnaise, et commence une résidence à Hambourg. Malgré l’excellence des musiciens et des interprètes -qui forcent parfois un peu trop le trait-  le public se sent frustré de n’avoir perçu qu’en filigrane, cette chanson de geste, annoncée comme équivalent des grandes sagas orientales, bibliques et africaines, avec leurs  batailles, leurs héros et leurs sacrifices…

 

Domo de Europa Historio en Ekzilo (Maison de l’histoire européenne en exil) /Vivo en la eksa Europa Unio (La Vie dans l’ancienne Union Européenne), concept et réalisation de Thomas Bellinck, dramaturgie de Sébastien Hendrickx

 FdM2018_DomoDeEuropaHistorioEnEkzilo_Thomas Bellinck©stefstessel-2Avec cette exposition au MUCEM, dans le cadre du Festival de Marseille, Thomas Bellinck poursuit sa réflexion sur le devenir de l’Europe. À la croisée du théâtre, de la performance, des arts visuels et du cinéma, l’artiste belge a déjà réalisé plusieurs « événements » : avec des immigrants sans-papiers menant une grève de la faim, des détenus de la prison de Louvain, des patients d’un hôpital psychiatrique…. Il développe actuellement le projet Simple as ABC qui traite de la «machine migratoire en Europe de l’Ouest».

Dans la lignée de ses actions avec Domo de Eŭropa Historio en Ekzilo, créé en 2013, à Bruxelles,il imagine qu’une catastrophe a mis fin à l’Union Européenne et analyse la faillite de cette utopie. Cinq ans plus tard, à Marseille, ce qui n’était encore que de la politique-fiction rejoint la réalité et Thomas Bellinck a dû réadapter son panorama historique : Vivo en la eksa Europa Unio présenté par les «Amis de l’Europe réunifiée » (La Amikoj de Kunvenitaj Europo). «Avec le Brexit ou la crise ukrainienne, il y a beaucoup trop de réalité dans l’exposition. Je dois maintenant imaginer de nouvelles fictions, de nouveaux points d’ancrage »…

 Le scénographe Stef Stessel a reconstitué un musée désaffecté, labyrinthe poussiéreux abritant les vestiges d’une union européenne désormais défunte, que le visiteur va parcourir en solitaire. Dans l’antichambre où on attend son tour avant d’entrer, il y a une grande carte d’Europe : la France, l’Italie, l’Angleterre, la Belgique sont sorties de l’Union alors que de petits Etats l’ont rejointe en 2023 comme le Montenegro, l’Ecosse et la Serbie… L’itinéraire, balisé en espéranto (comme le titre de l’exposition), langue aussi artificielle et moribonde que l’idée d’Europe-Unie, comporte douze stations.
 
Nous remontons à l’orée de l’an 2000 plus de cinquante ans avant la crise. D’abord la réserve où s’entasse un bric-à-brac de souvenirs, du portrait de Lénine à des drapeaux défraîchis. Des archives réelles ou fabriquées, sont présentées dans des vitrines ou sur de grands panneaux, salle après salle, et on va revoir les étapes de ce projet de paix et de progrès. Des morceaux du mur de Berlin, des maquettes de billets de banque : de l’écu à l’euro, des tonnes de paperasses administratives : «Aux heures les plus florissantes de l’Union, 80 % des décisions en matière de règlements des États membres se prenaient au niveau européen ». Des centaines de cartes de visite de lobbyistes …. Mais La Longue Paix (Longan Pacon) fait place à la Grande Récession (Granda Recesio) puis à la montée des populismes et au repli identitaire : drapeaux noirs et insignes fascistes s’exhibent… : «L’Europe replongea et redevint ce qu’elle avait toujours été, un continent divisé politiquement», concluent les Amis de l’Europe réunifiée.

 Malgré l’atmosphère volontairement étouffante et délétère de ce lieu, catacombe ou tombeau où s’entassent des reliques oubliées, nous sommes séduits par l’humour qu’introduit cette dystopie. Thomas Bellinck met à distance avec intelligence et malice l’histoire en train de se faire sous nos yeux. Ce parcours sensible et raisonné nous invite à regarder la réalité en face, même si certains eurosceptiques risquent de prendre cette installation au pied de la lettre.

 Mireille Davidovici

Création le 29 juin à la Friche de la Belle de Mai Marseille

 Et les 18, 19, 22, et 23 août, Ruhrtriennale (Allemagne); les  19 et 20 septembre Romaeuropa Rome (Italie);  les 28 et 29 septembre/Divadelná,  Nitra (TBC).
Le 19 octobre, De Grote Post, Oostende . les 22 et 24 octobre, Théâtre de Namur (Belgique) ; le  29 octobre et 2 novembre Les Récréatrales,  Ouagadougou (Burkina Faso).
Les  6 et 7 novembre, Mars, Mons et les 8 et 9 novembre, Vooruit, Gand (Belgique). Et Le 5 novembre, Espace des Arts, Chalon-sur-Saône

Le calendrier de tournée des spectacles programmés pendant le Festival est régulièrement mis à jour et consultable sur bit.ly/2kyejvr

 

Domo de Europa Historio en Ekzilo/ Vivo en la eksa Europa Unio, jusqu’au 31 août Mucem/Fort Saint-Jean, Marseille T. : 04 84 35 13 13

 Festival de Marseille,  du 15 juin au 8 juillet, 23, rue de la République, Marseille  IIème  (Bouches-du-Rhône). T. :04 91 99 02 50

Kirina fait partie des trois spectacles soutenus en 2018 par L’ExtraPôle (avec Thyeste de Thomas Jolly  et Épouse-moi de Christelle Harbonn) » Ce dispositif,  mis en place par la Région Sud (PACA), territoire des festivals par excellence, est piloté par La Friche La Belle de Mai à Marseille et inclut de grandes structures régionales. L’ExtraPôle sera présenté au festival d’Avignon, parmi d’autres débats du 9 au 14 juillet sur la Péniche de la Région PACA, Porte de la Ligne Avignon (Vaucluse)

 

 

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