Kiz-Zhibek et Korkut “ par les acteurs-chanteurs et danseurs du Kazakhstan “

 

Kiz-Zhibek et Korkut par  les acteurs-chanteurs et danseurs du Kazakhstan

Le deuxième festival mondial de théâtre d’Astana, une ville futuriste plantée au beau milieu de la steppe, vient juste de se terminer. Après le toujours enchanteur Arlequin serviteur de deux maîtres de Giorgio Strehler, le programme offrait les récentes créations du Russe Iouri  Boutoussov (un formidable Oncle Vania récompensé au Festival de Moscou par un Masque d’or), du Géorgien Robert Stouroua, du Lituanien Eimuntas  Nekrochius, du Polonais  Grzegorz Jarzyna, et des spectacles kazakhs, ouzbeks , kirghizes, japonais et chinois… Nous y reviendrons plus longuement.

Pour fêter les vingt ans de sa capitale Astana, la jeune nation indépendante qu’on connaît mal, s’invite en Avignon avec deux spectacles :  Kiz-Zhibek  et Korkut. Le Kazaksthan est un pays cinq fois grand comme la France, aux rudes hivers (jusqu’à moins 40°!),  avec cent vingt-sept ethnies, deux langues (le russe, langue officielle et le kazakh, nationale) et  où cohabitent dix-huit confessions, à dominante musulmane mais qui s’affirme obstinément laïque et n’autorise pas le port du foulard dans les établissements scolaires. Très éloigné de  Moscou, le Kazaksthan a su et pu, au temps de l’U.R.S.S. garder ses musiques, ses contes et épopées traditionnels et il y puise largement aujourd’hui.

Kiz-Zhibek 

IMG_9366Ce titre (on pourrait traduire par Fille de soie) est celui d’une comédie musicale dite « ethno-folklorique ». Mais il est plus que cela : il s’agit d’une épopée poétique et lyrique, rédigée seulement au  XIX ème siècle et qui  a connu par la suite de nombreuses versions écrites. Une sorte de Roméo et Juliette des steppes, lorsqu’au seizième siècle, le pays est déchiré par les invasions et guerres claniques. En 1934, Evgueni Broussilovski, compositeur russe qui fit toute sa carrière à Almaty, l’ancienne capitale du Kazakstan, en fit un opéra, rassemblant pour cela de nombreux «quiu» (morceaux transmis puis écrits pour le «dombra», un instrument à deux cordes capable d’exprimer une multitude de sentiments),  et des chants populaires. Cette œuvre fut présentée l’année dernière à l’Opéra d’Astana construit par un architecte italien et qui depuis 2013, rivalise par des dimensions et son équipement avec le Bolchoï de Moscou !

Pour donner une idée de l‘importance de Kiz-Zhibek dans la culture kazakhe, il faut aussi évoquer le  film éponyme tourné en 1970 par Sultan Akhmet Khodjikov dont le succès court jusqu’à aujourd’hui, et dont les deux acteurs principaux Maruert Utekesheva et Asanali Achimov sont vénérés comme  »trésors nationaux ». Quarante-cinq jeunes comédiens et chanteurs du Théâtre du Music-hall d’Astana interprètent le spectacle sous la direction d‘Askat Maemirov, avec la musique de Broussilovski. Il y a dans Kiz-Zhibek des éléments du livret de l’opéra, du à Gabit Mousrepov. C’est une étape moderne du long travail du temps et des hommes sur la tradition orale…

Korkut

2018-04-16-PHOTO-00000115Ce spectacle, par le Théâtre du drame M. Aouedov d’Almaty, est monté par Ionas Vaïtkus, grand metteur en scène lituanien, le maître d’Oskaras Korsunovas qui présente Tartuffe  dans le in. Etonnante coïncidence… Ecrite par le poète Iran Gayip, la pièce porte pour titre, le nom d’un sage-musicien, auquel les Kazakhs attribuent l’invention d’un autre de leurs instruments de musique:  le kobyz. Korkut, un personnage légendaire et mystérieux, est à la recherche de son identité au temps des conflits entre le tengrisme, religion des populations nomades turques et mongoles, aux confins du chamanisme et de l’animisme, et de l’Islam nouvellement arrivé dans les steppes. A l’intérêt de la découverte de cette culture encore si peu connue tant sur le plan littéraire, spirituel que musical, s’ajoute celle du regard qu’un artiste lituanien porte sur une autre culture que la sienne. Ce spectacle s’inscrit dans un mouvement plus large où les artistes de l’ancienne Union soviétique cherchent aujourd’hui à travers le théâtre, à reconstruire les liens fraternels et multiculturels qui existaient entre eux, et que la chute de l’U.R.S.S. avait brisé net .

Béatrice Picon-Vallin

Kyz-Zhibek, Collège de la Salle, du 19 au 25 juillet, à 21 h 45 (sur-titré en français) et Korkut, du 13 au 17 juillet, à 21 h 45. (sur-titré en français).

 


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