On aura pas le temps de tout dire, portrait d’acteur#1

On aura pas le temps de tout dire, portrait d’acteur#1, conception/adaptation d’Eva Vallejo/Bruno Soulier, acteur/textes de Gilles Defacques

20180621_pasletempsdetoutdire_0040Il s’agit sans doute officiellement du seul Théâtre International de quartier : le théâtre du Prato, à Lille, qui est aussi pôle national cirque. Ce genre d’appellation contrôlée donne un peu le vertige, comme si on était en train de se balancer en haut d’un mât chinois. Pour arriver au Prato, dans le quartier populaire des Moulins, on prend le métro, par exemple, à la gare Lille-Flandres ; on survole les quartiers, les rues, les friches urbaines, et la majesté des constructions industrielles vides comme des coquilles, et belles de leur gloire pas si ancienne.

Et on arrive à ce qui fut une filature. Mais ici l’on file la métaphore, la gestuelle, les mots, la musique, sous la haute bienveillance de Gilles Defacque, l’un des fondateurs (1973) d’une maison où sont passés les clowns de tous les pays, Ronny Couteure, la Compagnie de l’Oiseau-Mouche, et les textes de Samuel Beckett. Mais n’oublions pas le titre du spectacle que vous allez voir : On aura pas le temps de tout dire.

Donc, Gilles Defacque a été professeur de lettres, et puis les lettres, tout en finesse, pointues, pleines d’esprit, l’ont aspiré corps et biens, ce qui fait qu’il est devenu clown, acteur, arpenteur de plateaux et piéton de cirques. Ce Portrait d’acteur#1 (sous-titre du spectacle) s’est construit – on a envie de dire, comme pour une plante, «a poussé», en symbiose parfaite entre l’acteur-clown, Eva Vallejo qui l’a mis en scène avec le compositeur Bruno Soulier qui sur le plateau, l’accompagne, l’environne, le guide, le surprend, l’écoute.

Presque rien sur le plateau, sinon l’indispensable laboratoire musical, quatre ou cinq chaises  de différentes tailles héritées de spectacles précédents, des micros pas toujours commodes –mais ça, c’est le destin du clown-, et des lumières suggestives. L’acteur peut entrer, tout replié sur son concertina, l’emblème du clown. Gilles Defacque nous offre un Auguste discret, souffrant à peine de l’ironie de son nom. L’Auguste n’est jamais à sa place, il ne tient pas debout, du moins il est en perpétuel déséquilibre, ce qui le met sans cesse en mouvement, du coup il a inventé le mouvement perpétuel. Aaah, trouvaille, hein ? Le clown est inquiet, d’autres diraient intranquille. C’est avec ça que se raconte une vie d’acteur, tantôt du côté du journal intime, partagé, telle la première aventure dans le off Avignon, tantôt du côté de la métaphysique, l’âme même du théâtre : être ou ne pas être, là est bien la question. Le Gilles que vous aurez devant vous se la pose sans fausses pudeurs, sans le moindre cabotinage. Sans complaisance, non plus. Il parcourt sa vie d’artiste avec une nostalgie légère, un humour délicat, bref avec une grande élégance et une vraie poésie.
On pourrait citer des extraits de son écriture, mais elle est née d’abord de la parole et du geste, sur le plateau (même si on peut la lire : Parlures 1 et 2,  éditions Invenit/Muba, La Rentrée littéraire, éditions La Contre-allée, entre autres, ou dans les très beaux cahiers édités par le Prato). Pas moyen de faire autrement : il faut aller l’écouter-voir.

Christine Friedel

Spectacle vu au Théâtre du Prato, production L’Interlude T/O..
A 14 h30 à la Manufacture (patinoire) à Avignon, du 6 au 26 juillet. T. : 04 90 85 12 71

 

 


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