Solos et collectifs de clowns

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Solos et collectifs de clowns à l’école du Samovar

Franck Dinet a initié à Bagnolet, depuis une dizaine d’années une école de formation dans un joli local donnant sur une rue passante. Deux parties dans cette soirée dynamique, d’abord des solos, puis des scènes avec les dix-sept élèves qui ont suivi l’école pendant deux ans.
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Une fille s’extasie devant une cage, elle en sort un mulot : «T’es un cadeau, une surprise ! » Elle fracasse la cage, en sort une petite chemise, cajole le mulot, et est saisie de tremblements. Entrent un militaire et deux balayeuses. On apporte une table, une femme voilée entre à la sonnerie de cloches. Fluctuat nec mergitur, on pose un casque sur un cercueil. On débouche une bouteille de champagne. «Ite missa est ! ».

D’autres clowns entrent avec un Christ en croix. «Aujourd’hui nous allons voir, prière de ne pas stationner. Qui a volé le panneau de stationnement devant l’église? (…) Pour vous détendre, voici un petit intermède musical…» Une succession d’images insolites, affirmées par des interprètes décidés. Difficile de tout se remémorer mais c’est très efficace et le public rit beaucoup.

 En deuxième partie, dix-sept élèves jouent La Belle au bois dormant. Dix pleureuses autour du corps inanimé de la Belle. Le Prince arrive, l’embrasse et elle se réveille. On raconte l’histoire. La Reine cousait, elle finit par accoucher, on agite des rubans, puis elle mourut.La méchante Belle Mère n’est plus la plus belle, et elle enjoint le chasseur de tuer sa belle-fille et de lui rapporter son cœur. Mais Blanche Neige est protégée par les sept nains. Scène hilarante. Elle finit par triompher, et  la méchante reine doit chausser des chaussures brûlantes.

Une soirée régénérante qui nous fait espérer le meilleur, quant à l’avenir de ces jeunes élèves-comédiens sortis de l’Ecole du Samovar.

 Edith Rappoport

Le Samovar, 165 avenue Pasteur, Bagnolet (Seine-Saint-Denis). T. : 01 43 60 98 08.


Archive pour 7 juillet, 2018

Thyeste de Sénèque, mise en scène de Thomas Jolly

THYESTE

Photo Christophe Raynaud de Lage

Festival d’Avignon

Thyeste de Sénèque, traduction de Florence Dupont, mise en scène de Thomas Jolly

 C’est l’une des dix tragédies de Sénèque, le philosophe  (1er siècle après J. C.). Elle a pour thème, la violente rivalité entre deux frères, Atrée, roi de Mycènes et son frère jumeau, Thyeste, petits-fils comme lui, de ce Tantale qui avait offert aux Dieux, son fils Pélops… Bref, la violence et le meurtre… Une histoire de famille et de société. Donc Atrée a décidé de se venger de son frère, et mime une réconciliation avec, à la clé, un banquet un peu spécial. Il tue ses trois neveux, puis se livre à un travail méthodique de boucher, et pour finir, lui sert à son insu la chair de ses enfants à dîner, soit en grillades, soit en cocotte. Tout cela pour se venger cruellement: Thyeste avait séduit sa femme Europe et avait volé le bélier d’or, symbole de la royauté. Joie d’accomplir un meurtre d’un côté, et profonde douleur et dégoût de l’autre, quand Thyeste apprend par un messager le crime accompli par son frère.

Cela commence par un assez banal cocuage, puis continue par un vol important parce que symbolique, puis par un infanticide et finit par la préparation d’un repas façon cannibale! Cela fait beaucoup et cette série de crimes est si horrible qu’elle réussit à faire dévier le soleil de sa course et à causer de nombreuses victimes- on dirait aujourd’hui collatérales-qui en auront à subir les conséquences toute leur vie. Ce qui pose aussi la question des motivations profondes d’un homme capable d’une telle tragédie. Mais qui remet aussi en cause l’ordre humain, déjà si pénible à construire. Comme le rappelle Thomas Jolly, Sénèque dans De la Colère, l’écrivait avec une grande lucidité : «Nous sommes tous inconsidérés et imprévoyants, tous irrésolus, portés à la plainte, ambitieux. Pourquoi déguiser sous des termes adoucis la plaie universelle? Nous sommes tous méchants. Oui, quoi, qu’on blâme chez autrui, chacun le retrouve en son propre cœur. (….) La peste est chez tous. Soyons donc, entre nous, plus tolérants : mauvais, nous vivons parmi nos pareils. Une seule chose peut nous rendre la paix : c’est un traité d’indulgence mutuelle. »

En cinq actes mais assez courte (un peu plus de mille vers) avec prologue, chants du chœur, scènes  violentes entre protagonistes, récit du messager, la pièce s’inspire des tragédies grecques de Sophocle, Eschyle, Euripide qui ont traité ce même thème, mais aussi d’auteurs latins, et que l’on retrouvera chez Shakespeare avec Titus Andronicus. Pour Thomas Jolly, cette tragédie est un attentat à l’humanité avec un réplique-clé tout à fait étonnante, de cette œuvre est  : « Mets-toi bien dans l’esprit que faire du mal à son frère Même si c’est un mauvais frère, c’est attenter à l’humanité. »

Photo Christophe Raynaud de Lage

Photo Christophe Raynaud de Lage

Cela dit, comment réactiver aujourd’hui ce conflit tragique qui est à la base de Thyeste, une pièce rarement jouée,  et la créer sur un aussi grand plateau que celui de la Cour d’honneur ? Côté cour, un grosse tête humaine couchée sur le côté avec en haut, une sorte de balconnet en fer, et côté cour, une main gauche humaine avec l’index et le majeur levés. Soit sans doute, le symbole de la pensée et de l’action,  tout aussi nocifs d’un homme qui va se transformer en monstre. Cette scénographie, assez réussie sur le plan visuel mais pas très originale- on l’a vue un peu partout  et à part la verrue en ferraille au-dessus de la tête, elle ressemble à une sorte de sculpture qui sert finalement très peu. Et la mise en scène ? Vraiment pas très fameuse, plus proche d’effets faciles, genre mauvais music-hall, avec lumières clignotantes, rayon vert traversant toute la cour, couronnes des deux rois posées sur une autre rayon vert, vapeurs sortant du sol, projections de fragments de texte sur le grand mur du Palais- la manie actuelle- costumes et accessoires sans unité et assez laids. Et, du côté jeu et direction d’acteurs, cela ne vaut guère mieux: les acteurs criaillent sans arrêt sur fond musical et, comme le son est démesurément amplifié, on sature vite devant cette avalanche de signes qui parasitent un texte très noir, souvent passionnant mais qui aurait mérité un vrai travail sur l’interprétation. Et cette mise en scène, sèche comme un coup de trique, ne dégage pas la moindre émotion…Mais peut-être est-ce la volonté de Thomas Jolly?

Seule, Lamya Regragui, dans le rôle du Messager, simple et efficace, arrive à nous convaincre. Le spectacle dure deux heures et demi, et c’est terriblement ennuyeux ! Alors que le texte, souvent d’une violence et d’une beauté virulentes, aurait mérité mieux que cette mise en scène approximative et qui a dû coûter fort cher. Dès les premières minutes, on a bien senti que les choses n’allaient pas fonctionner surtout sur cet immense plateau: jouer dans la Cour d’Honneur est un cadeau que tout metteur en scène rêve un jour de recevoir pour son petit Noël, mais… elle ne fait justement aucun cadeau!

 Cette Cour d’honneur qui en a vu d’autres et le festival s’en remettront ! Mais pour le spectacle d’ouverture, on aurait aimé voir autre chose de plus solide! Le public, assez âgé comme d’habitude, sommeillait un peu ou regardait son portable comme ce metteur en scène bien connu qui, lui, écoutait ses messages avec une oreillette. (Il faut bien s’occuper !) Mais peu de gens se sont enfuis. Les inconditionnels de Thomas Jolly ont applaudi, les autres peu, et pas longtemps. Que sauver de ce pauvre ovni ? Quelques belles images mais quand on a des moyens aussi considérables, c’est disons, le minimum syndical… Comme celle de la scène où les frères ennemis sont chacun à un bout d’un belle et très longue table du festin nappée de blanc (on l’a vue un peu partout mais cela fait toujours plaisir, et merci au passage à Tadeusz Kantor qui en eut l’idée, il y a … quelque quarante ans!), la disparition de la course du soleil avec l’obscurité totale dans la Cour : impressionnant.

Photo Christophe Raynaud de Lage

Photo Christophe Raynaud de Lage

Tout comme la chorale d’enfants à la fin… Mais ces quelques rares moments ne font pas un spectacle réussi et on est ici beaucoup trop loin du compte. Thomas Jolly est un jeune metteur en scène doué, et il l’a prouvé avec ses Shakespeare. Mais là, il s’est vraiment planté, et on ne vous conseille pas d’y aller voir, que ce soit maintenant, ou en novembre dans une salle… Vous pourrez en regarder quelques minutes le 10 juillet sur France 2 : cela vous suffira amplement pour constater les dégâts… En tout cas ici, on a la nette impression que le metteur en scène s’est surtout fait plaisir, et cela donne une image de marque assez branchouille du festival. Dommage!

Philippe du Vignal

Cour d’Honneur du Palais de papes, Avignon, les 7, 8, 9, 10, 12, 13, 14 et 15 juillet à 21h 30. Diffusion en direct sur France 2 le 10 juillet.

Tournée en France.

 

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